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Barry R;Uran,



Le ventre de "une"
Ce plagiat britannique qui conforte les opposants à la guerre en Irak
Lundi 10 février 2003
(LE MONDE)

Londres de notre correspondant

A trop vouloir prouver les vices de Saddam Hussein, le gouvernement britannique a été pris en flagrant délit de... plagiat. Le 5 février, à la tribune du Conseil de sécurité, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, avait attiré l'attention de son auditoire sur l'"excellent dossier présenté par le Royaume-Uni qui décrit en détail les activités de dissimulation irakiennes". Ce document avait été publié deux jours plus tôt sur le site web du 10 Downing Street.

Quelle ne fut pas la surprise d'un chercheur américain, Ibrahim Al-Marashi, en découvrant que 4 des 19 pages de ce document reproduisaient mot pour mot des extraits de sa thèse de troisième cycle. "On a même recopié mes erreurs de grammaire et mes fautes d'orthographe !", a déclaré l'intéressé au San Francisco Chronicle. Ce travail universitaire, dont un résumé a été édité en septembre 2002 dans une revue spécialisée, ne contient, bien sûr, aucune révélation, ni même aucun indice récent sur les activités illégales du régime de Saddam Hussein. Il se fonde sur des informations vieilles de douze ans, contenues dans des dossiers abandonnés par les Irakiens en 1991 après leur fuite du Koweït et dans des documents saisis par des rebelles kurdes dans le nord du pays. Rien à voir donc avec l'a! ctuelle dissimulation d'armes de destruction massive dénoncée par le "dossier" britannique.

Ce texte, présenté à Londres comme émanant en partie des "services d'espionnage", contient d'ailleurs d'autres emprunts. Selon Glen Rangwala, professeur à Cambridge, 11 pages au total ont été "entièrement puisées dans des documents universitaires". Pris la main dans le sac, les services de Tony Blair ont dû faire amende honorable. "Nous aurions dû, pour lever toute confusion, faire connaître quelles parties du dossier provenaient de sources publiques, et quelles autres provenaient d'autres sources", a reconnu, penaud, vendredi 7 février, le porte-parole du premier ministre. Avant d'ajouter que, dans sa substance, ce texte était "solide" et "exact".

Le recours, de la part d'un gouvernement démocratique, à une méthode de propagande aussi grossière a conforté tous les opposants à la guerre en Irak. Beaucoup y ont vu un nouveau dérapage des spin doctors (conseillers en communication) de Downing Street, ces experts en manipulation de l'information qui veillent - avec beaucoup trop de zèle - à "vendre" l'image de Tony Blair. L'ancienne actrice - et actuelle députée travailliste - Glenda Jackson s'est indignée : "Voilà un nouvel exemple de la façon dont le gouvernement tente de tromper le public et le Parlement à propos d'une guerre éventuelle en Irak."

Jean-Pierre Langellier