Following is an Op-Ed article by Barry Rubin. It is a response to the British Government's plagiarism of a MERIA Journal article.  
Translation: Caroline Taillandier

Lorsque j’ai demandé, il y a quelques mois, à Ibrahim Marashi d’écrire une étude sur les services de renseignements et les mesures sécuritaires irakiens, il était impossible de prédire que cette démarche soulèverait une polémique mondiale. C’est cependant ce qui s’est passé quand des membres haut placés du cabinet du Premier Ministre Tony Blair ont volé l’article, en ont violé le copyright et l’ont signé de leurs noms.

Il est vrai que ces représentants du gouvernement britannique se sont comportés d’une manière à la fois incompétente et contraire à la déontologie. Cependant l’origine du problème ne provient pas d’une mauvaise appréciation des faits concernant l’Irak, mais d’un jugement moral douteux et d’une arrogante imprudence. Et une fois l’affaire dévoilée, le comportement de chaque camp n’a pas été particulièrement louable, chacun essayant de tourner la controverse à son avantage.

Le fait est que le cabinet du Premier Ministre s’est approprié notre article—qui  est par ailleurs ma propriété personnelle, étant le propriétaire de la revue—et ceux de la revue Jane’s—parce que ces articles étaient fidèles à la réalité. Ils décrivent un immense système étatique irakien, répressif et sans pitié, conçu pour maintenir le Président Saddam Hussein au pouvoir. Ne faisant aucune confiance à ses lieutenants, le dirigeant irakien a délibérément mis en place un système où chaque organisme espionne les autres, ainsi que la population irakienne.

            Le Dr. Ibrahim Marashi, chercheur sérieux, membre d’une prestigieuse institution, et non pas un jeune étudiant fraîchement diplômé, étudie ce sujet depuis des années. Il faut lui attribuer le mérite d’avoir utilisé des documents irakiens saisis en 1991—excellentes sources que l’on souhaiterait voir utilisées plus souvent par ceux qui s’expriment si facilement au sujet de l’Irak—archives qu’il a mises à jour en s’appuyant sur d’autres sources et sur ses connaissances personnelles. Nous sommes convaincus que son travail rend compte avec exactitude du système repressif irakien tel qu’il existe aujourd’hui.

            Lorsque l’article a été publié, j’étais persuadé que nombre de nos 18 000 lecteurs le trouveraient utile pour comprendre la crise croissante autour de l’Irak. Beaucoup sont des fonctionnaires, journalistes et universitaires du monde entier. L’idée était qu’ils pourraient s’en servir comme document de référence pour leurs propres travaux, et qu’ils en attribueraient le mérite à qui de droit.

            Le plagiat était particulièrement irresponsable pour deux raisons. D’abord, les plagiaires auraient pu appliquer la méthode “respectable” qui consiste à réécrire les documents sans effort ni production originale et sans citer leurs sources. Cette méthode se pratique dans les milieux gouvernementaux et journalistiques, laissant aux vrais auteurs soit la satisfaction d’avoir pu influencer décisionnaires et lecteurs, soit le désagrément d’avoir vu leur travail volé.

Ironiquement, dans une affaire concernant l’appropriation illicite de documents sans en citer les sources, la plupart des médias qui en rendaient compte, à l’instar du gouvernement britannique qu’ils critiquaient, n’ont pas mentionné la revue MERIA.  On peut y voir un soupçon d’anti-intellectualisme, comme si une revue universitaire ne méritait pas le respect de la télévision ou des journaux.

Deuxièmement, précisément parce que la Middle East Review of International Affairs (MERIA) est si largement lue, on ne pouvait plus mal choisir pour plagier. Cette découverte par un de nos lecteurs particulièrement attentifs fut saluée publiquement, tandis que nous étions innondés de rapports similaires.

Du point de vue du cabinet du Premier Ministre, l’article était précisément ce dont il avait besoin pour décrire le fonctionnement interne du gouvernement irakien. Cependant, en dehors de toute question de plagiat, ils se sont attirés des ennuis en voulant utiliser le document pour appuyer leur position: la nécessité d’une guerre contre l’Irak.

Alors que cet argument peut se défendre, leur dossier n’y est pas parvenu. Il a seulement montré combien l’Irak est un régime brutalement répressif ayant des liens avec le terrorisme et dont les forces de sécurité contribuent à cacher des armes de destruction massive aux inspecteurs.  Tout en reflétant la réalité, cet argument n’est pas de nature à convaincre le public britannique que le régime de Saddam Hussein doit être renversé au plus tôt.

Or, par la suite, les opposants à la politique britannique ont tenté de tourner l’affaire à leur avantage en affirmant que le plagiat prouvait que la position du gouvernement Blair était erronée et la guerre contre l’Irak non justifiée. Cet argument n’a que peu à voir avec le contenu du rapport. La politique Bush-Blair repose largement sur les preuves fournies par le Secrétaire d’Etat Colin Powell dans son discours à l’ONU concernant la dissimulation des armes irakiennes et la participation de l’Irak au terrorisme, doublées de l’incapacité ou du manque de volonté de la communauté internationale pour prendre des mesures efficaces.

Ceux qui s’opposent à cette politique doivent assumer le fait qu’ils défendent l’une des plus terribles dictatures, même s’ils peuvent avancer un certain nombre de contre-arguments. L’important ici n’est pas de prendre position mais d’indiquer que des informations précises et fondamentales ne doivent pas être écartées afin de faire valoir un point de vue.

Il y a une leçon à tirer de cette sordide affaire qui est, malheureusement, loin d’être la première. Lorsque des positions politiques passionnées s’affrontent, la vérité est souvent malmenée. Il y a cependant toujours place pour ceux qui s’efforcent de faire abstraction de leurs propres opinions politiques pour analyser et comprendre des situations complexes.

Je me dis souvent qu’un travail rigoureux doit s’efforcer d’informer, de convaincre, et doit même pouvoir être utilisé de manière constructive par les camps opposés au cours d’un débat politique. Malheureusement, la crise autour du dossier britannique et de l’article de la revue MERIA semble avoir révélé comment une analyse politique sérieuse peut être exploitée de la pire façon.

                                                                                                Barry Rubin

Barry Rubin est l'éditeur du journal Middle East Review of International Affairs (MERIA) et directeur du Global Research in International Affairs (GLORIA) Center, Centre Interdisciplinaire (IDC). Auteur de nombreux livres sur le Moyen-Orient, la politique étrangere américaine et les relations internationales, ses derniers ouvrages sont: "The Tragedy of the Middle East", publié par Cambridge University Press, ainsi que "Anti-American Terrorism and the Middle East", publié par Oxford University Press. Ces deux livres sont disponibles en librairies et peuvent etre commandés auprès des maisons d'édition. Il travaille actuellement une biographie de Yasser Arafat.

Caroline Taillandier est présentement étudiante en Premier Cycle de Sciences-Politiques et d'Economie l'université de Tel-Aviv et assistante en recherches au GLORIA Center.


[MERIA HOMEPAGE]