Par M. Aziz Enhaili and Mme Oumelkheir Adda
Chacun des trois États du Maghreb—l’Algérie, la Tunisie et le Maroc—a géré différemment les mouvements islamistes. Dans cette étude, nous voulons montrer que ces différences sont liées à trois facteurs: le cadre politique particulier à chaque État, le contexte historique de leur formation; et le niveau de développement de leurs sociétés civiles respectives. Dans ce contexte, chacun de ces États a développé son propre modèle de gestion de l’islamisme et chaque mouvement y a réagi et s'est exprimé différemment.
CONTEXTE HISTORIQUE DE FORMATION DES ÉTATS
Durant plusieurs siècles, l'Algérie était gouverné par d'autres puissances et après une longue période de domination Ottomane, elle a été conquise par la France en 1830. Contrairement au Maroc et à la Tunisie où les autorités coloniales n'avaient pas entrepris de changements radicaux des structures socioculturelles et politiques, la situation était autre en Algérie déclarée «département français». Au cours des 125 ans qui ont suivi, et intensifié par une guerre féroce menée contre la résistance algérienne entre 1954 et 1962, la France avait déstructuré les structures sociologiques de la société. Mais dans les deux pays voisins, la métropole a préservé les structures traditionnelles, utilisant une structure administrative centralisée s'appuyant sur des notables traditionalistes pour pouvoir contrôler le pays à peu de frais.
Comme la déculturation linguistique des élites en Algérie a été quasi avancée, la référence islamique a été instrumentalisée comme valeur refuge pour la résistance culturelle à la colonisation. Si l'émancipation de l'Algérie a été acquise à un coût humain très élevé (un million de morts, la généralisation de la torture…), l'indépendance des deux autres pays a été le fruit d'un compromis négocié entre la métropole et des mouvements nationalistes (en plus de la monarchie pour le Maroc) pour éviter l'éventuelle radicalisation des mouvements de libération.
Dans ce contexte, la situation de l'Algérie et sa mémoire politique collective ont été marquées par une rupture avec le passé et ses nouveaux entrepreneurs politiques et culturels ont essayé de construire une conscience nationale principalement basée sur la brève histoire de la période révolutionnaire. Au lieu d'être construit sur les fondations de la tradition et de l'histoire pré-coloniale, l'État s'est basé sur des structures plus fragiles et sur l'utilisation d'un contrôle autoritaire de la violence pour maintenir sa souveraineté. Une action autonome d'autres forces à l'intérieur de la société est souvent vue par l'élite en place comme un défi qui doit être géré par la répression. L'armée est l'institution qui a reçu la souveraineté suprême et qui—grâce à la guerre d'indépendance—est considérée comme le dépositaire de la souveraineté. Elle est prête à éliminer tout autre candidat au pouvoir.
Parmi les anciennes structures qui ont été affaiblies et contrôlées se trouvent les institutions religieuses. Les oulémas, représentants de l'Islam, sont devenus des fonctionnaires qui ont contribué à renforcer l'État et à suivre ses politiques. N'ayant pas joué un rôle majeur dans le mouvement indépendant, le leadership religieux a été quelque peu discrédité. L'Algérie était dominée par l'armée sous le couvert du Front National de Libération (FLN), parti unique jusqu'à la fin des années 1980. Pendant cette période, trois régimes se sont succédés: celui de Ahmed Ben Bella, celui de Houari Boumedienne et celui de Chadli Benjedid.
Par contraste, il y a eu en Tunisie une plus grande continuité. Les origines de l'État remontent aussi loin que la période carthaginoise. Ce qui est aujourd'hui la Tunisie a été dominée par des conquérants étrangers, mais a également souvent joui de son autonomie. La dynastie Husseinite y voit le jour au XVIIe siècle. Après la longue parenthèse ottomane, elle a été occupée par la France. Mais contrairement à l'Algérie, la domination Française n'a commencé qu'au début des années 1880. Les autorités coloniales y ont préservé les structures traditionnelles. L'indépendance du pays a donc été acquise dans des conditions moins "traumatiques" qu'en Algérie. Même si la Tunisie indépendante était, comme en Algérie, dirigée par un pouvoir autoritaire, le régime en place était plus modéré et moins dépendant de l'armée que dans le cas de l'Algérie.
Cependant, tout comme en Algérie, le nouveau régime voulait briser les structures anciennes et exproprier politiquement et idéologiquement la société. Là aussi les oulémas n'ont pas été jugés suffisamment nationalistes et ont été marginalisés. Habib Bourguiba, le "Combattant suprême" de la guerre d'indépendance et chef du parti Néo-Destour, va en juillet 1957 instaurer la république et mettre ainsi un terme au règne de la dynastie Husseinite.
Comparé aux deux autres États, le Maroc a bénéficié de la plus grande continuité. Il a hérité d'une longue tradition étatique "centralisée" et a été le seul pays du Maghreb qui a échappé à l'emprise ottomane. Il a fallu attendre l'année 1912, plus tard que les deux autres États, pour voir ce pays devenir une colonie franco-espagnole. Les autorités coloniales n'y ont pas entrepris de changements radicaux des structures socioculturelles et politiques. Alors que les structures traditionnelles y ont été préservées, une structure administrative centralisée a été établie, appuyée sur des notables traditionalistes pour pouvoir contrôler le pays à peu de frais.
La dynastie Alaouite regagna sa légitimité, aux côtés du puissant Parti d'Istiqlal (PI), par son alignement sur la revendication nationaliste du mouvement d'indépendance. Cependant, une fois l'indépendance acquise en 1956, la monarchie a mis en échec le PI pour garder le pouvoir. Le roi a mis alors en place un système où s'interpénètrent les champs politique et religieux dans le cadre d'un ordre constitutionnel mis sous le contrôle total de la monarchie. Le parlement, le gouvernement et la justice sont des fonctions déléguées par la monarchie. La source de la légitimité du pouvoir est de l'ordre du divin et du religieux. (1)
Cet agencement n'a pas empêché l'émergence d'une opposition vitale héritée largement de la période de lutte pour l'indépendance. Des forces de la gauche et de la droite conservatrice ont émergé, à côté de formations d'opposition légale et clandestine, y compris des groupes islamistes. Bien que le jeu politique soit ouvert aux seules élites cooptées par le pouvoir, la scène politique y est certainement plus ouverte qu'en Algérie ou en Tunisie.
POLITIQUES RELIGIEUSES DES ÉTATS
Avec Ahmed Ben Bella (1962-1965), l'influence de l'Islam, officiellement considérée comme la «religion du peuple» au nom de laquelle la lutte pour l'indépendance avait été menée, devait être limitée à la sphère privée. Selon la Constitution de 1963, l'islam a été formellement défini comme la religion de l'État (article 4). Cependant, pendant cette période, le principal thème politique était celui de la sécularisation de la société. Cette orientation allait être accentuée par l'adoption en 1964 de la Charte d'Alger, considérée par Cubertafond comme un «net dégagement de l'État algérien par rapport à l'islam». (2) Mais le rétablissement de l'enseignement de la religion islamique dans les écoles n'a pas apporté au régime l'appui de son aile conservatrice à son orientation socialiste.
Sous Houari Boumedienne (1965-1978), l'appui du coup d'État par des milieux conservateurs au sein de l'État et de la société ne s'est pas traduit par la réponse positive du nouveau gouvernement à leurs revendications socioculturelles. Ces secteurs voulaient orienter la révolution vers un cadre conforme à leur conception de l'islam et pouvoir ainsi contrôler des secteurs idéologiques (culture et éducation). Cherchant un appui politique de sa réforme agraire, le pouvoir a effectué un bref rapprochement en 1972 avec la gauche marxisante.
Mais pour affaiblir ses adversaires, le gouvernement a finalement utilisé le courant conservateur contre celui de gauche. L'entrée au cabinet de quelques-uns des chefs de file conservateurs, tels Ahmed Taleb Ibrahimi à l'Éducation nationale et ensuite à la Culture et à l'Information, et de Mouloud Kassim à l'Enseignement originel et aux Affaires religieuses, avait coïncidé avec l'accentuation de la présence institutionnelle de l'Islam au niveau de l'État. Un symbole de ce changement a été la réforme de l'enseignement public généralisé en 1977, comprenant un nombre croissant d’éléments religieux, avec la création du ministère de l'Enseignement originel et des Affaires religieuses.
Parallèlement, un Conseil islamique supérieur a été créé par le décret du 13 février 1966. En septembre 1973, une ordonnance relative au Code civil réintroduit le recours au droit musulman qui allait être progressivement reconnu comme une source de droit subsidiaire auquelle les magistrats peuvent faire appel. Le Code de la famille adopté par le parlement avait prôné des règles très conservatrices lui aussi. (3)
L'article 195 de la Constitution de 1976 stipule qu'aucun projet de révision constitutionnelle ne pourra porter atteinte au principe de l'islam comme religion d'État. L'article 120 dispose que désormais le chef de l'État, lors de la prestation de son serment, s'engage à glorifier l'Islam. La Charte nationale de 1976 assimile les Algériens au seul peuple musulman (Ouma). Entre 1981 et 1986, une politique de promotion de l'enseignement religieux allait être mise en place. (4) Ce système d'éducation parallèle à celui général, a fourni un lieu de débats entre les tenants d'un fondamentalisme officiel et ceux défendant une ligne plus "fondamentaliste". Durant la période 1980-1986, le ministère des Affaires religieuses s'est engagé dans une campagne de moralisation et d'islamisation. Cette étroite collaboration allait continuer jusqu'en 1986, lorsque le régime commença à percevoir l'islam politique comme une menace à son pouvoir. (5)
Contrastant avec le soutien à Islam officiel en Algérie, la Tunisie a poursuivi une voie plus sécularisée. Dans la Constitution de 1956, la Tunisie a privilégié la formule de l'Islam comme «religion du pays», bien que cette affirmation ait été purement symbolique et n'a pas constitué un obstacle aux efforts de modernisation et de sécularisation entrepris par Habib Bourguiba (1962-1987) pour réformer de façon autoritaire la société. Le chef de l'État a pris des mesures pour limiter l'Islam que même l'ex-puissance coloniale n'avait pas osé entreprendre. (6) Dans ce cadre, il a fait adopter un système juridique moderne, comportant un Code du statut personnel (7), intégré au système d'éducation publique la prestigieuse université religieuse Al-Zaytouna, le cœur de tout l'univers culturel tunisien depuis 12 siècles (8), dissout les tribunaux religieux, levé l'obligation d'accomplir les obligations religieuses… Ces décisions rompaient avec les codes culturels de la majorité de la population. Par conséquent, elles étaient assimilées par plusieurs milieux conservateurs à une agression contre la culture arabe et la religion islamique.
Pour le régime, il était aisé d'entreprendre de telles mesures car son chef est devenu président à vie et son parti était la seule formation politique autorisée. Bourguiba avait mis en place un système paternaliste et tous les instruments de «violence légitime» étaient contrôlés par ses partisans. Tous les espaces sociaux susceptibles d'une certaine autonomie ont été verrouillés par le gouvernement. Jusqu'en 1981, les partis politiques ont été interdits et le parlement contrôlé.
Mais à partir de 1977, le pouvoir réduit sa virulence contre les symboles de la vie religieuse. Les Tunisiens seront ainsi encouragés à accomplir leurs obligations religieuses par le biais d'aménagement d'espaces et de pages d'horaire facilitant l'accomplissement de ces obligations, l'enseignement religieux et la culture arabo-musulmane allaient être revalorisés. Dans ce contexte, des associations religieuses seront créées (9), et le Code de la famille sera "révisé". Ces modifications qui avaient inquiété les milieux laïcs pouvaient s'expliquer, entre autres, par les changements au sein des élites dirigeantes. À défaut du soutien d'une gauche marxisante de plus en plus implantée dans le secteur universitaire, le régime s'est tourné vers les milieux conservateurs pour obtenir un appui à sa politique économique de libéralisation.
Au Maroc, le gouvernement a cherché à subordonner les institutions religieuses mais en utilisant une autre méthode. L'intégration des oulémas était plus facile parce qu'ils partageaient la même culture idéologique avec le pouvoir. Après les avoir cantonné dans un espace strictement cultuel et culturel et dépossédé de leur fonction normative durant plusieurs décennies, la monarchie a permis aux oulémas de s'organiser hiérachiquement pour pouvoir répondre plus efficacement aux arguments des intellectuels islamistes radicaux.
La monarchie a renforcé ou recréé le réseau associatif musulman et les différentes manifestations de l'islam populaire et syncrétique ont été encouragées et maîtrisées pour lutter contre l'islamisme. Par rapport à l’Algérie et à la Tunisie, la monarchie n’a donc pas tenté l’éradication du facteur religieux du tissu politique. Également, le régime a établi son attrait sur la culture populaire et la société traditionnelle, au lieu de se lancer dans un programme de modernisation globale susceptible de menacer les structures sociales traditionnelles. A partir de 1984, le gouvernement a réorganisé le champ religieux tout en le renforçant par le contrôle de la construction et de l'usage des mosquées, l'uniformisation des prêches du vendredi, la mise à l'écart des imams islamistes radicaux, la fermeture des mosquées entre les heures de prière, l'institutionnalisation d'un "clergé" et le contrôle des filières de formation et d'affectation du personnel de culte (10).
ÉTATS ET ISLAMISTES
En Algérie, les différentes mesures prises par le pouvoir pour courtiser les secteurs conservateurs n'ont pas amené plusieurs de ces milieux a accepté ses orientations socialistes rentières. Ces forces d'opposition n'étaient pas prêtes à passer à l'étape de la contestation politique ouverte mais elles se sont servies du réseau des mosquées et de l'association Al-Qiyam al-Islamiyya (Les valeurs islamiques) (11) comme tribune pour propager leur idéologie.
À cause du type de régime de parti unique et de l'étroit contrôle exercé sur les organisations sociales, la mosquée était le seul espace social "autorisé" doté d'une certaine autonomie. À l'exception de quelques partis clandestins, tous les autres lieux étaient affiliés et supervisés par le FLN et l'État. Une telle situation structurelle favorisait l'apparition de la contestation au sein des mosquées, qui passa d'une forme contestataire peu structurée animée par des prédicateurs isolés et zélés, à une forme plus structurée. (12) Ce processus d'islamisation a eu un effet considérable sur une partie de l'intelligentsia algérienne.
A mesure que l'indépendance des mosquées se développait, les vieux prédicateurs officiels rémunérés par l'État ont été de plus en plus discrédités. Les prédicateurs alternatifs plus jeunes n'hésitaient pas, dans leurs prônes du vendredi, à critiquer le régime. Leur popularité était fonction de leur zèle.
La Révolution iranienne avait également influencé le paysage politique islamiste. Dès 1982, un mouvement armé allait être créer par le prédicateur Mustapha Bouyali et s'engager dans le terrorisme urbain. Les affrontements de novembre 1982 à l'université entre arabisants et gauchisants avaient fourni l'occasion aux islamistes d'élargir leur base, en récupérant les demandes des secteurs universitaires arabophones pour plus d'équité professionnelle avec les francophones.
Dans un contexte politique marqué par une poussée sans précédent du courant islamiste, le troisième président, le colonel Chadli Benjedid (1978-1991) a récupéré une partie des thèmes islamistes. Le pouvoir a ainsi généralisé l'enseignement religieux à tous les niveaux d'éducation, créé des sections islamiques au lycée ayant pour vocation de déboucher sur l'Institut supérieur des sciences sociales et islamiques de Constantine, établi un plan quinquennal (1980-1984) de construction de 160 mosquées et écoles coraniques, créé 5000 postes d'enseignants du Coran et 26 nouveaux Centres islamiques, intensifié la confessionnalité des programmes audiovisuels… Il a également encouragé des formes de mobilisation religieuse confrériques et maraboutiques, considérées comme non oppositionnelles. Les conseils d'oulémas créés étaient chargés de donner une caution religieuse aux orientations politiques du pouvoir.
Au terme d'épreuves de force avec le pouvoir durant les années 1980, la mouvance islamiste s'est imposée comme principale force politique d'opposition. (13) La répression de l'émeute urbaine de 1988 a marqué la rupture dans l'ordre symbolique politique hérité des premières années de la période post-indépendance. Cet ordre était basé sur le mythe fondateur du consensus national qui désignait l'armée comme garant de la stabilité du pays et serviteur de la population. Mais l'exacerbation des luttes à l'intérieur du régime a affaibli son autorité. Des facteurs tels que le rétrécissement de la manne pétrolière y ont également contribué.
En 1988, Chadli Benjedid a reçu une délégation islamiste officielle composée notamment de Mahfoud Nahnah, Abbasi Madani, Ali Belhaj et Ahmed Sahnoun. Ces derniers se voulaient porte-parole et intermédiaires des émeutiers. En les recevant, le pouvoir les a reconnu comme acteurs politiques légitimes et incontournables. Cette ouverture aux islamistes a été une tentative d'une part de renforcer sa position par rapport au courant boumedienniste et d'autre part de trouver des alliés contre les autres forces d'opposition. (14)
L'opportunité offerte aux islamistes d'agir politiquement de façon ouverte, a contribué à leur division. Profitant de la révision constitutionnelle de 1989 instaurant le multipartisme, Madani et Belhaj ont créé le Front islamique du salut (FIS). Le FIS était une alliance entre plusieurs associations religieuses contrôlant des mosquées et des structures de bienfaisance et d'enseignement religieux disséminées à travers le territoire national. Sahnoun a créé une Ligue Islamique. À cause de conflits de personnalité, Nahnah qui refusait de joindre un de ces deux groupes, a dirigé le Mouvement Conseil et réforme, devenu en 1990 le Hamas.
Mais le FIS a émergé comme le groupe islamiste le plus important et son audience a augmenté en partie à cause du déclin du FLN. Le parti qui avait mené l'Algérie à l'indépendance, s'est discrédité parce que considéré corrompu et responsable de la situation économique et sociale précaires. De son côté, le FIS était en mesure de s'insérer dans le nouveau cadre institutionnel créé par la nouvelle Constitution. Il a mis en avant sa volonté de s'intégrer au système et de contenir les secteurs jihadistes radicaux prônant l'usage de la violence politique pour établir un régime islamique. L'armée espérait instrumentaliser le FIS pour modérer les militants, comme ceux ayant combattu en Afghanistan, et le récupérer pour préserver le pouvoir et non pas le renverser. (15)
Malgré les nouvelles lois électorales, la stratégie du pouvoir fut un échec parce que le FIS s'est imposé comme la première force politique du pays au sortir des élections locales de 1990 et législatives de 1991. Le FIS a mobilisé sa propre infrastructure nationale de mosquées libres et d'associations caritatives, tout en tirant profit des divisions au sein du FLN et du rejet généralisé des symboles politiques de l'ancien régime par la population. Même la reconnaissance du parti Hamas, le rival du FIS, n'a pas diminué sa popularité. Et même la nouvelle loi électorale adoptée le 2 avril 1991 pour contenir la poussée islamiste, n'a pas réussi à enrayer son avancée lors du premier tour des législatives de la même année.
Contestant la nouvelle loi électorale, la direction du FIS avait appelé à une grève générale qui a tourné à une insurrection, prétexte de l'intervention de l'armée. La déclaration de l'état de siège était censée empêcher le FIS de gagner les élections. L'armée a arrêté les leaders du courant de mobilisation du FIS tout en épargnant ceux directement impliqués dans les élections pour permettre la crédibilisation du jeu électoral et provoquer une scission au sein de la formation islamiste. L'armée espérait ainsi effrayer les partis libéraux et de gauche opposés aux islamistes pour les amener à soutenir une intervention militaire, sinon à éviter de la condamner, et à faire front contre le danger d'une prise de pouvoir par les islamistes.
Abdelkader Hachani, du courant de participation, avait pris la tête du FIS dans la période pré-électorale. Malgré la nouvelle loi électorale élaborée pour aider le FLN et l'atmosphère psycho-politique lourde, sa stratégie a été une réussite et le FIS a obtenu 188 sièges avec 47,2% des voix. En dehors de la Kabylie, où un parti Berbère (FFS) a remporté les élections et dans le grand Sud où le FLN est sorti vainqueur, le FIS a remporté les élections dans l'ensemble du pays.
Devant ces résultats, l'armée annula le second tour des élections pour empêcher une victoire du FIS. L'armée proposa un compromis que le FIS rejeta, dans lequel les secteurs idéologiques (éducation, culture et Affaires religieuses) seraient transférés aux islamistes, en échange de garder les ministères importants (Intérieur, Justice, Affaires Étrangères, Économie et Finances). Un tel partage aurait permis à l'armée de garder sa position privilégiée et le contrôle sur la rente pétrolière de l'État. L'armée décida de dissoudre le FIS et d'organiser une répression contre le mouvement. Cette mesure et ces évènements ont conduit à un renversement des rapports de forces en faveur du courant jihadiste prônant la lutte armée. La guerre civile en Algérie venait de commencer.
Avec la guerre, l'armée a obtenu la mainmise sur le pouvoir et pouvait repousser toute éventuelle transition démocratique. Pour gouverner, la junte militaire créa le collégial Haut Comité de l'État (HCE) pour diriger le pays et le Conseil national consultatif (CNC) pour remplir le rôle d'assemblée nationale. Un état d'urgence a été déclaré le 9 février 1992. Pour mettre fin aux combats selon les conditions du régime, le comité de salut de l'Algérie et la Conférence nationale pour le dialogue (CND) ont été créés en janvier 1994.
L'armée et ses sympathisants ont rejeté en janvier 1995 la proposition de paix Sant’ Egidio du FIS et d'autres forces politiques—dont le FLN et la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme—visant à mettre fin totalement à l'insurrection. En 2003, l'armée pouvait être considérée comme ayant militairement gagné la guerre en réprimant les forces islamistes, mais le coût élevé que le pays a dû payer et la probabilité que ces divisions continuent d'empoisonner l'Algérie continuent d'être également des facteurs importants.
En Tunisie, la naissance du mouvement islamiste remonte à 1972, date de l'apparition de 'Al-jamaa Al-islamiya', devenu Mouvement de la Tendance islamique (MTI), qui était actif dans les mosquées. Il cherchait la ré-islamisation de la société. Les années 1980 inaugurent une deuxième étape caractérisée par la sortie du MTI de son isolement. À travers sa réclamation de l'application de la charia dans tous les domaines, il cherchait à marginaliser la gauche présente dans le monde universitaire et syndical. (16) Mais les islamistes, alliés objectif du pouvoir, étaient relativement en bons termes avec le pouvoir et voulaient être reconnus comme parti. En contre-partie, ils ont reconnu la Constitution et le principe du pluralisme.
La montée de l'islamisme s'est effectuée durant une conjoncture de crise économique et politique grave et de montée des demandes de mouvements sociaux divers atteignant un point paroxystique lors de l'émeute de 1984. (17) L'émergence du facteur islamiste dans les champs de l'éducation et du socioculturel a été encouragée par le pouvoir dont la principale inquiétude était le défi lancé par la gauche. Dans ce contexte l'islamisme s'est étendu à partir du champ social aux institutions de sécurité de l'État (armée, police, douane). Les syndicats eux-mêmes, bastion traditionnel de l'opposition, ont vu une montée de l'islamisme dans leurs rangs. Pendant la période 1975-1986, le mouvement islamiste a connu une amélioration croissante de son organisation et de son leadership grâce à l'adoptation d'une nouvelle stratégie de pression graduelle pour atteindre le pouvoir. Devant l'ascension croissante des islamistes et le déclin de l'état de santé de Bourguiba, le pays se dirigeait vers une crise.
Face à cette situation, le 7 novembre 1987 le général Zine El-Abidine Ben Ali, à l'époque ministre de l'Intérieur et homme fort du régime, a déposé Bourguiba. Ben Ali a légalisé plusieurs partis politiques et annoncé la réconciliation nationale et la démocratisation. Ce programme lui a rallié l'ensemble des forces politiques, dont les islamistes qui ont bénéficié d'une amnistie générale pour leurs prisonniers.
Le régime de Ben Ali a permis aux islamistes de siéger au sein du Haut Conseil Islamique, responsable des affaires religieuses, de prendre part à la rédaction du 'Pacte National' pour fixer les principes généraux de base pour toute activité politique, de participer aux législatives du 2 avril 1989 (18), de voir leur Union générale tunisienne des étudiants (UGTE) et leur journal Al-Fajr légalisés. Le régime a également mis en place une nouvelle politique religieuse pour promouvoir l'Islam en tant que religion nationale, envoyé des signes d'ouverture en direction des milieux conservateurs, pris des mesures renforçant la confessionnalité, rétabli l'autonomie traditionnelle de l'Université al-Zaytouna, réintroduit l'appel à la prière dans les médias audiovisuels et créé en 1989 le Centre des études islamiques. (19)
À l'aide de ces mesures, le régime cherchait à façonner un Islam officiel qui dé-crédibiliserait les islamistes. Si l'État acceptait l'islamisation, l'idée était qu'il n'y avait donc plus besoin de l'imposer par une révolution. Si les modérés se contentaient de ces changements, ils seraient moins enclins à soutenir les radicaux. Et si l'Etat gérait un Islam populaire plus puissant, les mouvements d'opposition ne seraient pas en mesure de le contrôler. (20)
Tout en cherchant la légitimation populaire par voie électorale, le nouveau régime voulait à tout prix exclure l'expression des islamistes de la scène politique légale. Les lois du 3 mai 1988 et de février 1989 relatives aux partis et au multipartisme avaient exclu la légalisation de toute organisation politique sur les bases raciale, régionale, linguistique et religieuse. Ces lois visaient également à priver les islamistes de toute reconnaissance juridique. De leur côté, les islamistes se sont engagés à cesser toute tentative d'infiltration des appareils de sécurité et à accepter le Code du statut personnel. Ils adoptèrent le nom de Hizb Al-Nahda (Parti de la Renaissance), pour participer aux législatives de mars 1989. Même non autorisés à former un parti légal, ces islamistes pouvaient participer aux élections à travers les listes indépendantes.
Mais au terme d'une campagne qui a connu plusieurs fraudes, le parti présidentiel, baptisé Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), a remporté les 141 sièges de l'Assemblée législative. Les islamistes ont occupé la deuxième place. Mécontents des résultats, ces derniers ont choisi entre 1990 et 1991 la confrontation. En réponse, le gouvernement a écrasé le mouvement. Le nouveau ministre de l'Education Nationale Muhammad Charfi présenta un nouveau programme scolaire dénué de toute référence islamiste. Les habits considérés comme islamistes ont été interdits des institutions publiques.
Pour gagner le soutien à sa gestion répressive, le pouvoir s'est rallié les milieux modernistes qui lui ont donné la caution morale et internationale qui lui manquait. Mais une fois que le régime a réussi à éradiquer le mouvement islamiste, il s'est retourné contre ses alliés avocats de la libéralisation politique. Les mesures sécuritaires sévères et la modification de la Constitution pour permettre à Ben Ali de se présenter de nouveau aux présidentielles en 2002 sont deux indicateurs de l'hostilité du pouvoir à la libéralisation politique.
Au Maroc, le premier mouvement islamiste, 'Harakat al-chabiba al-islamiyya' (Mouvement de la Jeunesse islamique) a été créé en 1969. Son fondateur, l'inspecteur d'Éducation Nationale Abdelkrim Moutii, était influencé par les Frères musulmans. Ce mouvement a été légalisé en 1972 comme association sociale et culturelle. La mosquée était sa base de recrutement et d'endoctrinement. Mais l'expansion du mouvement a également entraîné une répression gouvernementale et cette pression provoqua en 1977 une scission et l'émergence des concurrents 'Al-Jamaâ al-Islamiyya' (la Communauté islamique) et 'Ousrat al-Jamaâ' (la Famille de la Communauté).
Pour éviter la répression, 'Al-Jamaâ al-Islamiyya' dirigé par Abdelilah Benkirane, un enseignant, avait adopté une stratégie modérée vis-à-vis du pouvoir tout en continuant à exercer sa pression sur la gauche. Pour dissiper les suspicions des courants conservateur et laïc de l'establishment, la direction de ce mouvement avait adopté l'appellation d''Al-Islah wa Tajdid' (Réforme et renouveau), reconnu la légitimité du régime, accepté la démocratie et les principes des droits de l'Homme dissociés de la laïcité. Ce mouvement avait été autorisé en 1997 à investir le pro-gouvernemental Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC) rebaptisé en 1999 Parti de Justice et de Développement (PJD).
Cette stratégie a permis au gouvernement de diviser et ultimement affaiblir le camp islamiste, en particulier le plus radical 'Ousrat al-Jamaâ', qui adopta le nom de al-Adl wal-Ihssane 'Justice et Bienfaisance' en 1987.
L'évolution chaotique de la transition algérienne avait inquiété le gouvernement, la gauche marocaine et la société en général. Profitant du contexte des atrocités commises depuis le début de la guerre et imputées aux islamistes, le pouvoir a su effrayer plusieurs secteurs de la société et neutraliser la demande de démocratisation. Une telle transition était présentée comme de nature à favoriser l'accession au pouvoir des islamistes et donc il fallait l'éviter. De leur côté, les islamistes étaient obligés de faire profil bas.
L'arrivée en 1999 du nouveau jeune roi Mohamed VI a été marquée par une résurgence de l'activisme officiel dans le domaine social pour concurrencer les islamistes sur leur propre terrain. Cela comprenait, entre autres, un effort pour revitaliser les forces modérées et pro-gouvernementales dans les mosquées. Le point culminant de cette campagne a été la levée en 2000 de l'assignation à résidence qui frappait Yassine, ancien inspecteur de l'Éducation Nationale, interdit de prêcher dans les mosquées. Le pari du pouvoir est que la disparition de ce vieux leader charismatique entraîne des luttes de position de pouvoir entre les différentes factions de son mouvement, prélude à son affaiblissement et à sa domestication.
CONCLUSIONS
Quatre décennies après leur indépendance, chacun des trois pays du Maghreb avait fondé et consolidé son régime autoritaire et son système étatique en se basant sur son propre héritage historique: les trois régimes ont pour un temps encouragé les islamistes contre leurs propres rivaux, réprimé les islamistes et créé ou encouragé le rassemblement de leurs propres éléments islamiques. Cependant il existe également entre les trois pays des différences significatives.
La Tunisie a fait le choix d'une modernisation autoritaire d'une société peu marquée par une transition coloniale traumatique et pilotée par un leader charismatique et d'un parti unique. Elle s'est distinguée par une gestion ferme et répressive de l'islamisme, considéré comme un adversaire redoutable.
L'Algérie, marquée par une sanglante guerre de libération, suivie par un régime autoritaire qui sévit contre la société, avait adopté une stratégie contradictoire fluctuant entre la légalisation puis la répression des islamistes.
Le Maroc est doté d'une tradition étatique ancestrale qui a permis dans une certaine mesure l'expression d'un pluralisme politique et religieux. L'islamisme était permis mais limité bien que largement toléré par le régime sans pour autant être reconnu légalement.
Cependant, dans chaque cas l'islamisme a posé une trop grande menace pour le système pour que celui-ci accepte l'existence d'un parti islamiste légal.
NOTES DE RÉFÉRENCE:
1. L'article 23 de la Constitution marocaine affirme le caractère sacré de la monarchie.
2. Bernard Cubertafond, L'Algérie contemporaine (Paris: PUF, Coll. "Que sais-je?" no. 1977, 2e édition, 1988) p. 107.
3. Nouredine Saadi, La femme et la loi en Algérie (Alger, Bouchene/UNU-WIDER, 1991).
4. Le décret du 23 mars 1981 cherchait à multiplier les instituts de formation des imams, les décrets du 6 août 1983 ont transformé les instituts des sciences islamiques en Institut national d'enseignement supérieur de théologie et de la charia, le décret du 4 août 1984 a créé l'Université des sciences islamiques Émir Abdel-Kader de Constantine. Le pouvoir a fait nommer, en 1984, Mohamed Ghazali, un théologien égyptien de l'Université Al-Azhar, demeuré très proche des Frères musulmans, recteur de cette nouvelle institution. Un tel geste marque la carence locale de l'islam officiel. Le décret du 4 novembre 1986 a créé un diplôme de licence en sciences islamiques.
5. Ahmed Rouadjia, Les Frères et la mosquée (Paris: Karthala, 1990), p. 189; François Fergosi, "Les rapports entre l'islam et l'État en Algérie et en Tunisie: de leur revalorisation à leur contestation," Annuaire de l'Afrique du Nord (A.A.N.), no. 34, (1996), pp. 104-109.
6. Mohsen Toumi, La Tunisie de Bourguiba à Ben Ali (Paris: PUF, 1989); Michel Camau, Pouvoir et institutions au Maghreb (Tunis: Cérès productions, 1978).
7. Cette loi, adoptée le 13 août 1956, a interdit la polygamie (art. 18) et la répudiation (art. 30) et permis l'adoption.
8. Comme l'université a été francisée, les diplômés d'al-Zaytouna devaient être rattachés à la faculté de théologie de Tunis ou quitter le pays pour continuer leurs études.
9. François Burgat, L'Islamisme au Maghreb (Paris: Karthala, 1986), p. 205.
10. Mohamed Tozy, "Le prince, le clerc et l'État: la restructuration du champ religieux au Maroc," in Gilles Kepel & Yann Richard (sous la direction), Intellectuels et militants de l'islam contemporain (Paris: Seuil, 1990), pp. 72-87.
11. Fondée en 1963, cette association comptait parmi ses membres Sahnoun, Soltani et Madani, des prédicateurs qui allaient occuper la scène islamiste deux décennies plus tard. Parmi ses revendications: la moralisation de la vie publique, l'application de la loi islamique, l'arabisation et la révision du Code de statut personnel.
12. La mosquée de Baït al-Arqam était, durant les années 1970, celle où prêchaient Sahnoun, Soltani et Madani, et celle de Bab el-Oued était, durant la décennie suivante, le lieu de prédication de Belhaj.
13. Pendant les années 1980, de nouveaux espaces ont soit vu le jour ou ont été relancés, dont les mouvements culturel berbère (1980), des droits de l'homme (1983) et celui des femmes contre la discrimination entre les sexes (1981).La revendication berbère fut écrasée en 1980, le mouvement des droits de l'homme récupéré à travers la création de la Ligue algérienne des droits de l'homme, et celui des femmes inopérant face à l'adoption du Code de statut personnel.
14. La volonté de réforme émanait du secteur présidentiel, d'une partie de l'armée et d'un segment de la bureaucratie, alors que les appareils du parti unique, une partie de l'état-major de l'armée et de quelques sphères du secteur économique de l'État étaient attachés à la préservation de l'économie de la rente et du dirigisme économique. En raison de l'hostilité du courant religieux à l'idéologie socialiste, le courant réformateur du pouvoir pensait s'y appuyer pour limiter la marge de manœuvre du courant adverse et trouver une caution à l'ouverture économique.
15. Rémy Leveau, Le sabre et le turban: l'avenir du Maghreb (Paris: Éditions François Bourin, 1993).
16. Pour son chef Ghannouchi, la souveraineté dans un État islamique appartient à Dieu. Cf. Salwa Ibn-Youssef Al-Charfi, Pouvoir, État et Droits de l'Homme dans le discours du Mouvement de Tendance Islamique (en arabe), (Thèse de doctorat en sciences politiques, Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales, Tunis II, 1994), p. 188.
17. Le phénomène de l'émeute n'a pas épargné le Maroc. Pour Moutadayene, l'éclatement de la crise économique, qui est derrière ce fait, est un facteur important de la démocratisation. Cf. Abdellatif Moutadayene, "Economic crises and Democratisation in Morocco," The Journal of North African Studies, Vol. 6, No. 3 (Autumn 2001), pp. 70-82.
18. Mais la participation à la vie politique n'est pas basée sur la reconnaissance de la légitimité de l'État qui est, aux yeux du leader islamiste, dépourvu de légitimité religieuse, faute d'application de la charia. Cf. S. Aldeeb Abu-Sahlieh, "Le Mouvement tunisien de la Tendance islamique, la loi islamique et les droits de l'homme," A.A.N., no. 35, (1998), p. 384.
19. Yad Ben Achour, Politique, religion et droit dans le monde arabe (Tunis: Ceres Productions-Cerp, 1992), p. 172.
20. Elbaki Hermassi, "Montée et déclin du mouvement islamiste en Tunisie," Confluences Méditerranée, no. 12, (Automne 1994), pp. 37-38.
M. Aziz Enhaili est un candidat en doctorat de Science Politique à l’Université Laval au Canada. Il est l’auteur du récent article "Pluralisme et islamisme. Le cas du Maroc," dans Marie-Hélène Parizeau & Souheil Kash (Eds.), Pluralism, Modernity & the Arab World (Québec-Bruxelles-Beyrouth: PUL-Bruylant-Delta, 2001), pp. 159-178, ainsi que de l’article à paraître "Les enjeux de la transition politique au Maroc", Les Cahiers de l'Orient. Il est l’auteur de nombreux articles portant sur l’Afrique du Nord.
Mme Oumelkheir Adda est une analyste politique, ancienne présidente du Cercle de Réflection sur le monde Arabe à l’Université Laval, Canada, et membre du comité organisateur du colloque sur les “Changements politiques au Maroc,” organisé à l’Univeristé Laval en hiver 2000.