À la recherche d’Ahmadinejad
par Barry Rubin
September 21, 2007

Une importante controverse a éclaté aux États-Unis et autour du monde à propos de la visite du président iranien Mahmoud Ahmadinejad à New York, où il a pris la parole aux Nation Unies et à l’Université Columbia.

Qui est cet homme et que veut-il? Est-il un nouvel Hitler ou un leader avec des griefs compréhensibles avec lequel il faudrait entamer le dialogue? Abstraction faite des passions qu’il déchaîne et de la naïveté dont on fait trop souvent preuve à l’égard de ce dirigeant, comment peut-on l’évaluer correctement?

Il existe trois raisons distinctes qui expliquent pourquoi Ahmadinejad se fait démagogue face à une série de questions:

Premièrement, il cherche à utiliser son attitude radicale – extrémiste même dans le spectre politique iranien lui-même déjà extrême - pour gagner le contrôle du pays. À titre de leader d’une faction particulière et par ambition personnelle, il tente de déplacer d’autres factions. Après tout, le guide suprême Ali Khameini demeure la personne la plus puissante en Iran et le véritable rival d’Ahmadinejad au sein du pays.

Deuxièmement, Ahmadinejad poursuit l’objectif de longue haleine de la révolution islamiste iranienne – objectif auquel, toutefois, le régime n’a pas toujours accordé la plus haute priorité – de répandre la révolution islamiste dans toute la région et d’émerger comme la plus puissante force au Moyen-Orient. Il existe un élément nationaliste sous-jacent ainsi qu’islamiste dans sa politique promouvant la primauté de l’Iran.

Troisièmement, Ahmadinejad semble être un véritable croyant de l’idéologie islamiste iranienne qui considère la politique internationale comme une lutte entre les vrais fidèles de dieu et les alliés de Satan.

Les buts poursuivis par Ahmadinejad, donc, sont sa mainmise sur l’Iran, l’emprise de l’Iran sur la région du Golfe persique (l’Irak, en particulier), la destruction d’Israël, l’ascendant iranien sur le Moyen-Orient et même la domination mondiale, approximativement dans cet ordre.

Essentiellement, Ahmadinejad n’est pas un phénomène unique dans l’histoire moderne du Moyen-Orient. Le rôle à combler est celui de dirigeant des Arabes et des musulmans, ainsi que celui de principal ennemi des États-Unis, d’Israël et de l’Occident. À cet égard, il est comparable au président égyptien Gamal Abdel Nasser des années 50 et 60, à l’Ayatollah iranien Ruhollah Khomeiny des années 70 et 80, au président irakien Saddam Hussein des années 80 et 90 et à Oussama Ben Laden dans la période précédant et surtout suivant le 11 septembre 2001. Toutefois, Ahmadinejad est aussi devenu un symbole du défi islamiste radical posé au reste du monde.

En quoi Ahmadinejad est-il différent? L’élément clé, attribuable à ses propres propos et à son comportement, est que la prudence, un calcul rationnel de l’équilibre des forces, ne semble pas lui inspirer la retenue. En d’autres mots, il paraît capable de tout et, conséquemment, semble beaucoup plus dangereux. Cette conclusion n’est pas une simple projection occidentale. Il y a fort à parier qu’il effraie parfois Khamenei lui-même.

Voici quelques éléments appartenant à cet ensemble de problèmes :

  • Ahmadinejad fait des déclarations suggérant qu’il est convaincu de la fin imminente du monde et de la venue prochaine du messie chi’ite. Ainsi, provoquer une guerre avec Israël ou les États-Unis n’est pas tant perçu comme risquer la destruction du régime islamiste d’Iran que comme l’accomplissement de sa mission divine.

  • Pour plusieurs raisons, Ahmadinejad croit que son camp est en train de gagner et que l’Occident est faible et bat en retraite. Ceci pourrait l’inciter à un aventurisme encore plus extrême.

  • Tandis que d’autres leaders iraniens ont parlé de la destruction d’Israël, Ahmadinejad y accorde une plus haute priorité dans son ordre du jour et est davantage susceptible d’agir pour tenter de réaliser cet objectif.

  • Il pourrait posséder des armes nucléaires qu’il mettrait à contribution dans la réalisation de ces objectifs. Deux points importants méritent d’être être soulignés ici. Premièrement, les bombes et les missiles seraient détenus par le Corps des Gardes révolutionnaires islamiques, son proche allié et la principale liaison entre l’Iran et des groupes terroristes, ce qui en soi renforce la possibilité de leur emploi. Ensuite, même si l’Iran jamais n’utilisait d’armes nucléaires, l’effet sur la région serait néanmoins dévastateur. Des gouvernements arabes se précipiteraient pour appaiser l’Iran; de nombreux Arabes se rueraient pour joindre les rangs de groupes islamistes radicaux en pensant que ce mouvement constitue la vague de l’avenir.

  • En Irak, l’Iran est entré dans un état virtuel de guerre avec les États-Unis, s’efforçant d’y projeter l’influence de Téhéran et tuant des soldats américains.

  • A toutes fins pratiques, Ahmadinejad est également devenu le leader en matière de promotion de la haine des États-Unis et, non seulement d’Israël, mais des Juifs en général.

Qu’est-ce qui atténue les dangers posés par Ahmadinejad? Il ne détient pas encore le contrôle complet de l’Iran et pourrait ne jamais réaliser cet objectif. Parce qu’il est un musulman chi’ite et n’est pas arabe, il lui est plus difficile de jouer un rôle de leader dans le monde arabophone largement sunnite. Certes pas impossible, car ces barrières ont été partiellement surmontées, mais néanmoins plus difficile.

Ainsi, Ahmadinejad n’a pas encore atteint un statut équivalent à Adolf Hitler ou à Joseph Staline à titre de principale menace mondiale pour la paix et la liberté, bien qu’il s’efforce certainement d’atteindre ce rang.

Il devrait être plutôt évident que le problème n’est pas le résultat d’un manque de communication et qu’engager le dialogue avec Ahmadinejad n’aura aucun effet modérateur. Il doit être opposé et son régime mis sous pression. Outre les problèmes posés par le gouvernement iranien en général, adopter une position tenace envers Ahmadinejad est nécessaire pour convaincre ses collègues rivaux qu’ils doivent se débarrasser de cet homme et modérer le comportement de leur pays s’ils veulent assurer leur propre survie et celle de leur régime.



Le professeur Barry Rubin est directeur du Global Research in International Affairs (GLORIA) Center, Centre d’études interdisciplinaires de Herzliya et éditeur du Middle East Review of International Affairs (MERIA) Journal et de Turkish Studies.

 


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