



|
LA FRANCE ET LE RETOUR DES JÉSUITES AU LEVANT AU SEIN DE LA
COMMUNAUTÉ MARONITE : UN
NOUVEAU MODÈLE DE COMPROMIS PÉDAGOGIQUE
Rafaël Herzstein*
La
position géographique du « Liban » au
cœur du Moyen-Orient, ses liens inextricables avec la « Syrie »[1] dans
le cadre du « Croissant fertile » et la proximité du
siège du pouvoir de l'Empire ottoman au 19ème siècle
ne pouvaient qu'inciter les chercheurs à se pencher sur son
histoire tourmentée. D'autre part, le regroupement de toute
la communauté maronite sous la protection spirituelle de
l'Église catholique romaine et de la France, avec comme résultante
l'élaboration d'une stratégie de survie unique dans la région,
basée presque unilatéralement sur l'aide et le soutien extérieurs,
transforma le Mont Liban durant la seconde moitié du 19ème siècle
en une sorte d'enclave catholique « étrangère » au
monde musulman environnant[2].
Cet article se propose de faire la lumière sur un aspect
souvent ignoré de l'histoire du « Liban » :
l'alliance impossible entre les intérêts matériels et culturels
des puissances de tutelle et les impératifs de la propagation
du message spirituel des apôtres de la vie éternelle. Par
l'intermédiaire des Jésuites dans la région, un éclairage
nouveau est jeté sur la démarche de l'Église catholique et
de la France. Cette analyse s'intègre de droit dans la trame
des études sur la survie de l'Église catholique romaine au
Moyen-Orient.
En
1843, les Jésuites commencèrent à organiser
leur œuvre
d'enseignement. En trois ans, ils créèrent des écoles à Bikfaya
(au Mont Liban, région peuplée par les chrétiens
maronites), à Zahlé (dans
la plaine de la Bekaa), à Ghazir et à Kesrouan,
aussi peuplée
de Maronites. Cette même année, les pères jésuites
fondèrent
un séminaire à Ghazir destiné à former
le clergé local[3]. Celui-ci fut leur œuvre la plus importante « car
il ne restait rien des institutions du passé : le collège
maronite de Rome, celui de Ravenne, le séminaire Saint
Elie d'Ayn Tura n'étaient plus [...] ce fut ainsi que
Ghazir devint le centre de la mission »[4].
Les trois
résidences principales de la deuxième mission de « Syrie » furent
fondées à Damas en 1872, Alep en 1873 et Homs en 1882. Pour
développer leur rayonnement apostolique, Beyrouth devait être
le centre de la mission : d'après les pères jésuites,
le séminaire devait être maintenu à Ghazir, dans cette solitude
si favorable au recueillement et à la vie intérieure, mais
la place du collège était à Beyrouth[5].
Dès son arrivée en « Syrie », le père Ryllo, l'un des
premiers missionnaires, comprit l'importance de cette ville,
aussi bien pour la mission elle-même que pour le développement
de tout l'arrière pays ; il voulut en faire la tête de
la mission. Le collège de Ghazir[6] fut ainsi transféré à Beyrouth
en 1875[7].
Les événements de 1860 n'ayant pas épargné les Jésuites (cinq
pères furent massacrés à Zahlé en juin 1860)[8],
le transfert de la mission à Beyrouth s'avéra être une étape
importante sur le chemin de l'ouverture de l'Université Saint-Joseph
(USJ). Établie en 1875, cette dernière devint la plus importante
institution éducative maronite en « Syrie » et le plus
grand établissement jésuite en Orient. Les Jésuites, longtemps
considérés comme des ennemis de l'État, comme ce fut le cas
en France, se retrouvèrent à sa tête. Ils étaient les candidats
naturels pour concurrencer la mission protestante représentée
par l'Université américaine de Beyrouth (The Syrian Protestant
College[9] à l'époque).
LA PÉDAGOGIE
JÉSUITE
Les Jésuites accordaient à l'enseignement une place essentielle
dans leur idéologie, ce qui leur permit d'être mieux à même
de réaliser la spécificité de leur apostolat en Orient. Dans
le même temps, Diego Laynez (1512-1565), premier successeur
du fondateur de l'ordre, professait que : « c'est dans
la maison lointaine des indigènes que se réalise le plus pleinement
la vocation du Jésuite »[10]. Est-ce à dire qu'il existe une discordance
entre la vocation missionnaire et la mission éducative ? Faut-il
en conclure que la subordination du missionnaire à l'éducatif
entrave l'épanouissement des missions dans le sens le plus
strict du terme ? Ces considérations éveillent maintes
questions théologiques épineuses restées au cours des siècles
sans réponse autre que celles apportées de manière pragmatique
par les enseignants dans les différents continents.
De
nombreux papes écrivirent leur avis sur l'action bienfaisante
des collèges de la Compagnie de Jésus sur la jeunesse chrétienne.
Selon Grégoire XIII (pape de 1572 à 1585) par exemple : « l'œuvre
des collèges, ainsi comprise, date de la première fondation
de la Société de Jésus ; elle est due à une vocation divine
; elle est un grand bienfait de Dieu, et, pour l'Église, un
trésor spirituel »[11].
Pie VII (pape de 1800 à 1825), pour sa part, écrivit que : « les
sollicitations pressantes [qu'il avait] reçues de rétablir
l'Ordre s'inspiraient toutes du désir très vif qu'on avait
un peu partout de voir la jeunesse instruite et formée chrétiennement
par les Jésuites »[12] ;
il ajouta qu'il comprenait cette importante raison et qu'il
en approuvait, encourageait et accumulait les bienfaits[13].
Le Saint-Siège, qui apprécia le rôle primordial joué par
les collèges, ne tarda pas à rappeler à l'activité les « hommes
en noir » (le pape Clément XIV avait annulé l'ordre des
Jésuites en 1773). Suite au rétablissement de l'ordre par Pie
VII en 1814, les besoins de l'Église, les réclamations des
gouvernements et les intentions des supérieurs et du pape lui-même
témoignèrent plus que jamais du devoir assigné à la Compagnie
de se consacrer à l'éducation chrétienne de la jeunesse. À travers
la reconnaissance de l'éducation comme activité fondamentale
des Jésuites, il s'agissait non seulement de soutenir la thèse
que celle-ci était une œuvre capitale en soi mais également,
voire essentiellement, de mettre en évidence que la Compagnie
devait se considérer créée, organisée et favorisée par le Saint-Siège
pour ce genre d'apostolat en particulier[14]. Ainsi, comme l'exprima Léon XII (pape de
1823 à 1829), « au 19ème siècle, nous regardons
l'éducation chrétienne comme le moyen par excellence de rendre
facilement meilleur le genre humain »[15].
Cette
citation souligne aussi l'une des valeurs élémentaires
de l'action éducative de la Compagnie : l'humanisme[16], ou plus précisément l'humanisme chrétien.
Certes, il s'agissait d'une doctrine plutôt que d'une méthode ;
une méthode ne pouvait exister que dans la mesure où l'on appliquait
la doctrine de la foi à l'éducation. Cela dit, bien qu'étant
une synthèse doctrinale, l'humanisme chrétien aspirait à répondre
intégralement et harmonieusement aux aspirations essentielles
de la « nature humaine ».
D'autre
part,
la Compagnie proposa dès le départ la doctrine
pédagogique suivante : que l'éducation soit identique
de générations en générations à une
propagation plus ou moins intense d'une vie enthousiaste, pleine
de dynamisme et de vitalité.
Les hommes en tant que tels importaient bien plus que la prétendue
efficacité des systèmes. Le professeur était
supposé posséder
une connaissance approfondie de l'être humain et de ses
défauts
ainsi qu'être à même, de par son expérience
personnelle, d'éviter
tous conflits[17].
Pour
un Jésuite, la première question à se poser était alors :
peut-on penser qu'un éducateur connaisse l'humanité dans toutes
ses vraies dimensions s'il n'a pas étudié la théologie catholique ?
Par « penser », les Jésuites entendaient transformer,
par activité personnelle de l'esprit, les connaissances communes
et formulées en vérités reconnues comme telles, comprises et
organisées[18].
Apprendre à penser en véritable catholique incarnait donc une
valeur de base de l'éducation jésuite. Selon cette dernière,
l'un des bienfaits de l'éducation humaniste était de former
le jugement droit et la conscience éclairée. Ce résultat était
obtenu par des moyens directs (décrits ci-dessous) favorisant
l'épanouissement et le développement de la pensée personnelle[19].
La pédagogie jésuite était avant tout une pédagogie de l'effort,
de la concurrence et du don total de soi au travail. Aucun
enseignement n'était considéré comme achevé s'il n'était pas
assimilé et reproduit. En d'autres termes, ce qui importait
dans cette approche de l'enseignement étaient « l'éveil,
l'effort, la surprise, la découverte, l'assimilation et la
production »[20]. Il était donc essentiel, avant tout autre
chose, de former les pupilles à s'exercer à apprendre, penser,
réfléchir, raisonner, composer et faire l'expérience de tous
les travaux de l'esprit. Le rôle capital du professeur n'était
pas de produire un cours mais « d'accoucher des esprits »[21].
Être un enseignant religieux impliquait à l'époque une remise
en cause constante. La question ne se posait pas de savoir
si le religieux pouvait et devait enseigner les sciences telles
que la philosophie, la littérature, l'histoire, les langues
ou les mathématiques. Lui refuser ce droit et le décharger
de ce devoir revenaient à l'empêcher de pratiquer l'éducation[22] ; d'où l'importance que
l'ordre missionnaire accordait à la formation de ses enseignants.
Tout professeur-prêtre de la Compagnie était donc préparé à former
une élite sociale. Cela supposait que chaque collège soit muni
de plusieurs professeurs « de carrière », c'est-à-dire
des hommes dont l'apostolat unique (ou du moins principal)
consistait à enseigner toute leur vie la même matière[23].
Selon la Compagnie, si la vie sur terre était régie par les
préceptes du Christ, la formation des professeurs jésuites
l'était également.
Les professeurs
jésuites étaient essentiellement des apôtres.
Ils privilégiaient dans l'éducation la force de la culture
et ne voulaient pas pour leurs élèves d'une science qui ne
tende pas à la diffusion de la vérité par l'élite. Il s'agissait
d'emprunter aux anciens tout ce qui avait donné à leur littérature
une si grande puissance sur les civilisations orientales[24]. Ainsi, la méthode éducative jésuite se basait
sur une relation de collaboration active entre professeurs
et élèves, et rejetait la passivité comme nocive.
Les élèves étaient
traités selon toutes les exigences de
leur personnalité ; chaque enfant avait une valeur éminente
et une vocation importante dignes, aux yeux des maîtres chrétiens,
de tout respect et dévouement[25]. Et comme la classe constituait
une communauté, l'élève faisait aussi
partie d'un groupe dont il était indissociable. L'individu était
traité comme un être
social fait pour agir en société et ne progressant
bien qu'en groupe. La conception jésuite faisait ainsi
preuve d'un modernisme remarquable en admettant la nécessité de
pourvoir aux besoins individuels de ses ouailles tout en respectant
l'unité du cadre
social.
Il reste
que cette longue formation était excessive compte
tenu des besoins précis de la mission des Jésuites auprès de
la communauté maronite. Cependant, sollicités par le Saint-Siège,
les Compagnons de Jésus se devaient de propager la foi et d'enseigner
les matières de base aux Maronites de « Syrie », et leurs
dix ans d'études préliminaires se révélèrent utiles lorsqu'il
leur revenait de faire parler des auteurs profanes comme des « messagers
du Christ »[26].
Les
Jésuites
furent tout de même obligés de s'adapter au regard
de leur vision messianique. Dans un effort d'adapter leurs
méthodes à la
population maronite, ces derniers n'appliquèrent pas
toutes les directives de la
Compagnie en « Syrie » à la fin du 19ème siècle,
et une différence marquée entre la théorie
et la pratique s'établit.
Ces missionnaires étaient parvenus à restreindre
leurs visées
idéologiques, faisant preuve d'une grande capacité d'adaptation,
qui les conduisit même à pratiquer leur sacerdoce
dans la langue locale, l'arabe.
Toutefois,
il devenait de plus en plus évident que ni la
foi ni la bonne volonté des émissaires de Rome ne pourraient
répondre aux aspirations existentielles du peuple maronite
ou même enrayer sa tendance à rechercher à l'étranger des solutions
adaptées aux exigences matérielles du monde moderne. Parmi
ces aspirations se trouvaient le désir d'acquérir un mode d'enseignement
plus pratique et plus utile que celui dispensé dans les séminaires,
notamment dans les domaines des sciences, du commerce et de
la culture générale, ainsi que de créer des industries à l'échelle
de l'économie régionale, lesquelles faciliteraient l'éventuelle
intégration des futurs cadres, et cela tout en préservant l'économie
agricole, gardienne de la physionomie morale et religieuse
de la communauté.
Pour
répondre à ces critères, les pères jésuites créèrent
l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Son établissement est
souvent analysé sous l'angle de la compétition franco-anglaise
ou celle du prosélytisme catholique contre le protestant[27]. Cependant, ignorer les aspirations légitimes
des jeunes générations maronites, notamment au sein des communautés
urbaines, aurait eu un effet désastreux sur l'emprise de la
hiérarchie maronite et sur ses fidèles. Il était donc vital
pour les éducateurs jésuites de démontrer aux Maronites que
non seulement le salut futur de leur âme leur importait mais également
l'amélioration spirituelle et matérielle de leur condition
dans le monde réel ; alors que les étrangers, en fin de
compte, ne cherchaient qu'à tirer profit de leur labeur.
DE
LA THÉORIE À LA PRATIQUE : UN MODÈLE PÉDAGOGIQUE DE COLLABORATION,
COMPLICITÉ ET
COMPROMIS
Pour
mettre en pratique leur modèle pédagogique à l'USJ, les Compagnons
de Jésus collaborèrent avec trois composantes : la France,
le Vatican et la hiérarchie maronite. Ce compromis « ad
hoc » reposait sur une convergence d'intérêts : les Jésuites,
longtemps bannis, souhaitaient redorer leur blason ; la
France, garante officielle de l'existence des minorités catholiques
dans l'Empire ottoman, endurait une période difficile sur le
plan intérieur et aspirait au maintien de son statut de puissance
colonisatrice-protectrice ; le Vatican tenait à défendre
l'existence de la plus forte et plus ancienne communauté catholique
en Orient ; enfin, la hiérarchie maronite, désireuse de
continuer à jouir de sa quasi-autonomie, attendait des changements
qu'ils assurent la perduration de la trame intra-communautaire.
Cette collaboration ne pouvait donc leur être que bénéfique.
Collaboration
avec la France
Les
autorités françaises acceptèrent de collaborer avec les jésuites
expulsés de France car elles discernaient dans la fondation
de l'USJ un terrain propice pour « franciser » l'éducation
de la « Syrie » et propager leur influence. En ce
sens, les Compagnons de Jésus établirent l'USJ au service de
l'Église mais aussi, indirectement, au service de la France.
Ils devaient donc assumer une double allégeance : d'une
part leur devoir de propagation des intérêts du Saint-Siège
et d'autre part leur collusion avec la France, certes fille-aînée
de l'Église mais également perçue comme « protectrice » des
minorités catholiques de l'Empire ottoman.
Cela
dit, la collaboration avec la France s'inscrivait également
dans le modèle pédagogique jésuite, qui poussait l'enseignant à s'investir
dans la communauté éducative[28] : « c'est
dans le baptême commun et dans le dynamisme de la foi et de
la vie sacramentelle que se fonde et se ressource constamment
cette mission commune »[29].
Ainsi, une collaboration entre professeurs laïcs français et
jésuites se développa au sein de l'université, où la plupart
des cours étaient donnés en français. Le personnel enseignant
de la Faculté française de médecine, par exemple, était constitué principalement
de professeurs laïcs français[30].
De
plus, les structures juridiques et la charte de l'USJ[31] de
l'époque imposaient une collaboration aussi complète que possible
entre les composantes de sa direction :
Les Jésuites sauront mesurer l'importance pour la Compagnie elle-même d'une telle collaboration
avec les laïcs : ceux-ci seront toujours pour nous des
interprètes naturels du monde moderne et nous fourniront ainsi
constamment un secours efficace dans notre apostolat. [...] Il
nous faut volontiers travailler avec les autres [...] nous sommes
disposés à jouer un rôle de second plan, apportant notre temps
et notre appui anonyme ; et nous sommes disposés à apprendre à servir
de ceux-là même que nous cherchons à servir.[32]
Les
Jésuites promurent donc activement la collaboration avec les
laïcs français, notamment en ce qui concernait le fonctionnement
du collège de Beyrouth. La création d'un conseil d'administration
mixte (jésuites/laïcs) illustre clairement ce point.
Enfin,
le supérieur religieux fut assigné la tâche d'encourager cette
ouverture de façon à ce que les enseignants et le personnel
administratif et auxiliaire, jésuites comme français, se concertent
et échangent leur conception de l'enseignement, leurs expériences
et tous les aspects de leur travail. En outre, les élèves,
mais aussi les parents, les anciens élèves[33] et les bienfaiteurs--les allocations
venant directement de Paris[34]--contribuèrent tous, à titres
divers, à la vie et au rayonnement de l'USJ.
Collaboration
avec le Vatican
Une
collaboration entre le Vatican et les missionnaires jésuites
fut également mise en place lors de la création de l'USJ. Une
fois la période de leur bannissement terminée, les Jésuites,
dont le modèle pédagogique donne une place importante au développement
spirituel et invite à faire de l'éducation une préparation à la
vie et ultimement à la vie éternelle[35],
acceptèrent les directives du Vatican et défendirent ses intérêts
religieux. En « Syrie », la prise en main de l'éducation
des Maronites par la Compagnie de Jésus répondit aux aspirations
du Vatican, lesquelles consistaient principalement à continuer
d'assurer la tutelle des chrétiens d'Orient. Dans le langage
jésuite, les Compagnons de Jésus, pour réaliser le désir de
l'Église universelle, se mirent à la disposition du « vicaire
du Christ » (le pape), à qui ils proposèrent de les « envoyer » en
mission[36].
La
pédagogie de l'USJ reflète encore ce lien entre les Jésuites
et le Vatican : l'USJ inculque à ses étudiants une attitude
de loyauté et de service à l'égard de l'Église et associe la
tradition de l'église romaine à celle des églises locales[37]--dans ce cas, l'église
maronite--en particulier dans le domaine de la formation morale
et religieuse. L'USJ favorise ainsi des activités de type interdisciplinaire
encourageant la réflexion chrétienne. Elle s'est également
efforcée de permettre à ses étudiants un accès aux questions
de l'époque, aux nouveaux défis scientifiques, techniques et
professionnels, de telle sorte que les élèves soient en mesure
d'unir foi et modernité[38]. L'étude de la tradition
chrétienne par les Jésuites est donc inséparable d'un travail
d'« inculturation » : fréquemment mentionné dans
les documents officiels de l'Église et dans la réflexion théologico-pastorale,
le terme « inculturation » désigne le processus par lequel
la foi s'incarne dans les cultures en agissant sur elles et,
réciproquement, en s'enrichissant à leur contact.
D'autre
part, l'enseignement religieux fait partie des cours obligatoires. À ce
titre, et comme tous les autres cours, il comporte un ensemble
de règles et de contraintes académiques, mais ces dernières
ne touchent pas à la démarche de la foi elle-même : l'enseignement
jésuite ne présuppose pas la foi des élèves et ne la leur impose
pas non plus ; il oblige, par contre, à rencontrer avec
rigueur et honnêteté intellectuelle la question de Dieu et
de Jésus-Christ. Du point de vue des Jésuites, le cours de
religion contribue à assurer les conditions d'une liberté religieuse
consciente[39].
Collaboration
avec la hiérarchie maronite
Certes
l'Université Saint-Joseph se devait de perpétrer
le patrimoine culturel chrétien-maronite par l'intermédiaire
des pères jésuites,
mais elle s'était également donnée comme
tâche prioritaire
de secouer la sclérose intellectuelle communautaire
et le culte inerte du passé en renouant avec l'esprit
d'initiative, permettant ainsi aux diverses hiérarchies
maronites d'accéder aux horizons
socio-économiques de la seconde moitié du 19ème siècle.
L'université catholique concevait sa mission comme étant
la conjugaison de la foi, du travail et de la raison humaine,
voire même l'établissement d'un contact entre
les principes de la foi et la rationalité scientifique évolutive.
Pour
satisfaire cet objectif, les Jésuites aidèrent
la hiérarchie
maronite en lui facilitant l'accès aux professions nouvelles
créées par le commerce régulier avec la
France[40].
Ils mirent également en pratique à l'USJ quelques
principes pédagogiques, comme par exemple : des formations
pensées
en fonction des besoins concrets de la communauté maronite
et de son environnement (en particulier dans les domaines de
la médecine, de l'infirmerie et du droit[41]), la préparation à un processus d'apprentissage
et d'adaptation continue aux circonstances et aux évolutions
de la société « syrienne »[42], et, dans l'esprit
de solidarité de l'Évangile, des formations techniques
accompagnées
d'une formation à l'analyse critique, à la conscience
politique et au sens du bien commun[43]. Des bourses étaient aussi
offertes aux étudiants maronites[44] (les subsides
de l'USJ venaient de l'État français ou d'allocations
en provenance de Rome[45]).
Par
conséquent, bien que mandatés directement par le Saint-Siège,
les Jésuites n'essayèrent pas d'usurper le pouvoir des autorités
locales--religieuses ou séculaires. Bien au contraire, ils
favorisèrent
le statut de la « bourgeoisie maronite »--qu'ils considéraient
comme devant constituer l'élite de la société « syrienne »[46]--et
renoncèrent même au prosélytisme, bien que ce dernier représente
l'une de leurs composantes philosophiques les plus marquantes.
La création de l'Université Saint-Joseph en 1875 représentait
donc une réponse aux aspirations de la communauté maronite,
de la France, du Vatican et des Jésuites. Néanmoins, cette
mise en pratique d'un modèle pédagogique de compromis ne dura
qu'un moment bien précis, à savoir durant la phase de l'édification
de l'université, et non tout au long de son fonctionnement.
USJ
: LA PÉRIODE DU MANDAT ET LA SITUATION ACTUELLE
L'Université Saint-Joseph
eut une influence très
profonde[47].
Au départ, elle fut créée dans le but
de répondre aux besoins
de la « bourgeoisie » maronite, lui permettant l'accès à des
fonctions dont elle était exclue jusque-là[48].
Ceci était aussi une manière pour les Jésuites
de contribuer à l'œuvre « civilisatrice » de
la colonisation française[49]. Cependant, à la fin de la première guerre mondiale,
des aspirations nationales apparurent et la Faculté orientale
de l'USJ--dont les enseignants les plus célèbres étaient
les professeurs Lammens, Cheikho et Ronzevalle[50]--joua
un rôle prépondérant dans le développement
des deux mouvements nationaux séparés--le mouvement
syrien et le mouvement libanais[51]--en évoquant, en 1920, l'idée
de la création
du « Grand Liban »[52]. Des individus cultivés provenant des
classes moyennes furent alors appelés à prendre
la tête
de la nouvelle nation[53]. Ce n'est donc pas un hasard
si le Liban fut gouverné à différentes époques
par un ancien étudiant
de l'USJ, ou si la plupart des présidents du Conseil,
ainsi que la majorité des ministres et des hauts fonctionnaires,
en furent issus[54]. Les diplômés de l'USJ prirent
ainsi une place essentielle au sein de ceux qui secondèrent
les dirigeants du mandat français de cette période[55], ce qui explique pourquoi l'enseignement de l'USJ se focalisa
principalement sur la formation : afin de permettre la création
de structures nationales et de classes dirigeantes libanaises.
Les bouleversements
politiques, économiques et sociaux résultants
de la première guerre mondiale changèrent diamétralement l'influence
des différentes composantes (les Jésuites, le Vatican, la France
et la communauté maronite). Puis, à partir de la mise en place
en septembre 1920 de l'État libanais, dans le cadre du mandat
exercé par la France, l'USJ joua le rôle d'une université plus
nationale et moins communautaire. En effet, dès cette année
là, la communauté maronite, qui était passée du stade de puissance
de tutelle communautaire tolérée par la Sublime Porte à celui
de puissance de tutelle de l'ensemble de la « Grande Syrie » mandatée
par la Société des Nations, ne pouvait plus être considérée
comme le fer de lance de la France. Durant cette période du
mandat français, les enseignements--français et jésuites--furent
davantage orientés vers la formation de cadres capables de
faire fonctionner l'administration de l'État.
Après la seconde guerre mondiale, l'USJ renforça sa fonction
d'université privée libanaise et devint partie prenante de
cette communauté. Ceci se traduisit par l'élaboration de nouveaux
statuts. Ses diplômes étaient dorénavant reconnus par l'État
libanais, ainsi que par les universités françaises et arabes.
Durant
la première guerre du Liban (1982), l'USJ fut bombardée
et détruite à plusieurs reprises. Sept Jésuites trouvèrent
la mort durant cette période. En septembre 1987, à Saïda, le
vice-recteur de l'université, le français André Masse fut assassiné.
Dans
les années 1990, l'USJ prit en compte la complexité de
l'identité libanaise et reconnut sa particularité en tant que
mosaïque d'ethnies, du fait d'une part de son appartenance
géographique, culturelle et politique au monde arabe, et d'autre
part de son lien originel au Vatican, à travers les Jésuites,
ainsi qu'à la culture apportée par la France.
Actuellement,
l'Université Saint-Joseph continue de contribuer à la
construction d'un Liban multiculturel et communautaire où Libanais
de toutes origines se côtoient. Son recteur, de part ses statuts,
reste un Jésuite (même si l'USJ acquit son autonomie de la
Compagnie de Jésus) et l'université garde son caractère spécifique « chrétien » malgré les
difficultés politiques de la région, où les influences politiques
extérieures ainsi que les idéologies religieuses fanatiques
sévissent. D'autre part, la France, dont l'attachement historique
au Liban reste constant et vivace, y entretient son influence
en intervenant activement dans tous les domaines, comme les événements
lors de « la deuxième guerre du Liban » (juillet-août
2006) le démontrèrent. L'USJ est ainsi devenu le référant de
la francophonie dans le monde arabe.
*Rafaël
Herzstein est docteur en Histoire du Moyen-Orient de l'université de
Haifa et spécialiste de la politique coloniale
française
au Moyen-Orient. Il enseigne l'histoire du Moyen-Orient à l'Open
University of Israël et est maître de conférences
dans différentes universités israéliennes.
Il
est l’auteur de différents
articles en anglais et en français se rapportant à l'histoire
du Levant, publiés entre autre dans les revues telles
que : Oriente Moderno, Mémoire Spiritaine et
Middle Eastern Studies. Il prépare actuellement
la publication de son livre, intitulé : Université Saint-Joseph
de Beyrouth : Fondation et Fonctionnement de 1875 à 1914.
NOTES
[1] Le nom de « Syrie » changea et évolua selon les époques et le
contexte historique. Dans cet article, le terme « Syrie » comprend
la Syrie et le Liban de nos jours. Le terme « Liban » n'apparut
que plus tard.
[2] Sur
le sujet de la population au Mont Liban, voir les chiffres
de 1845, estimés par Bourée,
Guys, Chidyâq, l'anonyme consulaire et Laurent, cités dans
: Dominique Chevallier, La Société du Mont Liban à l'époque
de la Révolution industrielle en Europe, Geuthner, Paris,
1971, p. 51.
[3] Pour plus de renseignements sur
la formation du clergé autochtone au séminaire de Ghazir,
voir, AJV, carton RPO85 : « Ghazir », différentes
lettres.
[4] Gérard
Levenq, SJ, La
Nouvelle Mission de la Compagnie de Jésus au Liban et en
Syrie, 1831, Imprimerie Catholique, Beyrouth, 1925,
p. 10.
[5] « La Mission de
Syrie », Lettres de Fourvière, série 3, no. 9, Imprimerie
L. Bascou, Lyon, 1936, pp. 77-78.
[6] Le collège de Ghazir est situé au
nord-est de Beyrouth, dans le Keserwan sur le Mont Liban.
[7] Dans Archivum Romanum Scietatis
Iesu (ARSI), carton 1005, 1869-1890, voir : Mission
Syria, Farde Syria 1005-I (lettre no. 35 du père Monnot datant
de 1875), Farde Syria 1005-VI (différentes lettres sur le
passage de Ghazir à Beyrouth), Farde Syria 1005-XII (différentes
lettres sur le passage de Ghazir à Beyrouth). Archivum Sacrae
Congregationis de Propaganda Fide (APF), carton 2, 1874-1880, Scritture
Riferite nei Congressi Siria (lettre intitulée : « Aperçu
du R.P. Monnot, Supérieur général de la Mission »). AJV,
carton RPO21, « Histoire et présentation de la Mission
de Syrie », chemise 1 : « Documents anciens »,
no. 11 : « Missions des Jésuites en Syrie, vue
d'ensemble des œuvres entre 1875 et 1880 ».
[8] « La Mission de Syrie »,
p. 101 ; voir aussi AJV, carton RPO8, dossier : « Rapport
de Billotet, Rousseau et Bonacina sur les événements de 1860 » ;
et AJV, carton RPO27, dossier : « Jalabert
Louis, S. J., Centenaire de la Mission de Syrie. »
[9] Pour plus de détails sur l'activité des
missionnaires protestants dans la région, voir entre autre
: Adnan Abu-Ghazleh, American Missions in Syria. A Study
of American Missionary Contribution to Arab Nationalism in
19th Century
Syria [Les Missions américaines en Syrie. Une Étude
de la contribution missionnaire américaine au nationalisme
arabe dans la Syrie du 19ème siècle], Vermont,
1990 ; Abd al-Latif Tibawi, American Interests in Syria:
1800-1901 [Les Intérêts américains en Syrie :
1800-1901], Oxford, 1966 ; Fruma Schreier-Zachs, From
Communal to Territorial Identity: The Emergence of the
Concept of « Syria », 1831-1881 [D'une Identité communautaire à une
identité territoriale : l'émergence du concept de « Syrie »,
1831-1881], thèse de doctorat en Philosophie, Université de
Haifa, 1997.
[10] Diego Laynez, cité dans :
Jean Lacouture, Jésuites. Une multibiographie, tome
2 : « Les Revenants », p. 285.
[11] Institutum Societatis Jesu, Bullarium,
pp. 332-333.
[14] François Charmot, SJ, La
Pédagogie des Jésuites. Ses principes - Son actualité,
Paris, Éditions SPES, 1951, p. 22.
[15] Institutum Societatis Jesu, op.
cit., p. 335.
[16] Pour plus de détails sur la
méthode éducative de la Compagnie voir : John W. Donohue,
SJ, Jesuit Education. An
Essay on the Foundations of its Idea [L'Éducation
jésuite. Essai sur les fondations de sa conception],
New York, Fordham University Press, 1963 ; John W. Padberg, Colleges & Controversy [Collèges
et controverses], Harvard University Press, 1969.
[17] Charmot, SJ, op. cit.,
p. 492.
[22] Père G-M. Pachtler, SJ, Ratio
Studiorum et Institutiones Scholasticae Societatis Jesu
per Germaniam Olim Vigentes Collectae, Concinnatae,
Dilucidatae, A. Hoffmann, Berlin, 1887, tome IV, p.
2.
[23] Charmot, SJ, op.
cit., p. 494.
[26] Voir l'avant propos (de 1506 à 1542)
dans : Père Fabri, Memorial, Éditions M. Bouix,
Gautier-Villars, 1874, p. 5.
[28] Pour plus de détails, voir
: Gabriel Compayre, Histoire critique des doctrines
de l'éducation
en France depuis le 16ème siècle, vol.
1 et 2, L. Hachette, Paris, 1904.
[29] Les Caractéristiques de
l'éducation jésuite, LV, Bruxelles, 1912, p. 130.
[30] Pour plus de détails sur le
personnel enseignant voir : Herzstein, op. cit.,
pp. 164-184.
[31] USJ de Beyrouth, Charte
et statuts de l'Université (Historique, Charte et Statut
Général), textes mis à jour au 1er octobre
1982.
[33]
Dans ACG Beyrouth, voir : carton A232, 1912, dossier 3/3
: « FFM », 1912 ; carton A337, 1882-1914,
dossier : « FFM », 1883, 1886 et 1888 ;
carton A342, 1889-1914, dossier : « Nomination
des professeurs, Ambassade Constantinople » ; carton
E706, 1886-1890, dossier : « Nomination des professeurs,
FFM » ; carton E707, 1890-1895, dossier : « Fonctionnement
de l'USJ ».
[34]
Dans ACG Beyrouth, voir : carton A137, 1885-86, dossier
: « Traitements des professeurs » ;
carton A235, 1913 ; carton A238, 1913 ; carton A293, 1903-04
;
carton A303, 1908-1909 ; carton A337, 1882-1914.
[35]
Pour plus de détails sur le sujet des origines de l'éducation
jésuite, voir : J.B. Herman, SJ, La pédagogie des
Jésuites au 16ème siècle, recueil de travaux,
Louvain, 1914, pp. 52, 54, 161 ; François de Dainville, SJ, La
naissance de l'humanisme moderne, Beauchesne, Paris,
1940, pp. 250 ; Pedro Leturia, SJ, « Perché la Compagnia di Gesu divenne un Ordine insegnante », Gregorianum,
vol. 21, 1940, pp. 350-382.
[36] Charmot,
SJ, op. cit., p. 20.
[37]
Pour plus de détails sur le sujet du respect des églises
locales dans la tradition de la pédagogie jésuite voir :
Lacouture, op. cit., pp. 288-289.
[38]
Pour plus de détails sur le sujet de l'union de la
foi et de la modernité, voir : Edmond Paris, Histoire
secrète des Jésuites, Éditions IPB, Paris, 1970, p. 102.
[39] Donohue,
SJ, op. cit., pp. 117-213.
[40]
Pour plus de détails sur le sujet de l'accès aux nouvelles
professions par la communauté maronite voir : Herzstein, op.
cit., pp. 150-163.
[41] Pour plus de détails sur l'importance
de la formation des médecins et avocats pour la communauté maronite
voir : Herzstein, op. cit.
[42] Pour plus de détails sur le
sujet des principes de l'éducation jésuite, voir : Robert
Schwickerath, SJ, Jesuit Education: Its History and Principles [L'Éducation
jésuite : son histoire et ses principes], Herder, Saint
Louis, 1903 ; George E. Ganss, SJ, Saint Ignatius' Idea
of a Jesuit University [L'Université jésuite selon
Saint Ignace], The Marquette University Press, Milwaukee,
1956, p. 115.
[43] Franciscus Suarez, SJ. Tractatus
de Religione Societatis Iesu, Greuze, Bruxelles, 1857,
vol. 4, pp. 288-289.
[44] Dans ACG Beyrouth, voir :
carton A121, 1879-1880, dossier : « Boursiers » ;
carton A125, 1884 ; carton A128, 1882 ; carton
A129, 1882-1883 ; carton A139, 1886 ; carton A145,
1888 ; carton A147, 1889 ; carton A162/C, 1896 ;
carton A172, 1899 ; carton A180, 1902 ; carton
A366, 1910-1914.
[45] Dans ACG Beyrouth, voir :
carton: A172, 1899, dossier : « Allocations aux établissements
religieux » ; carton A175, 1900 ; carton A177,
1901 ; carton A184, 1902 ; carton A198, 1905 ;
carton: A199, 1906 ; carton A201, 1906 ; carton
A207, 1906 ; carton A232, 1907 ; carton A235, 1913 ;
carton A260, 1914 ; carton A293, 1903-1904 ; carton
A303, 1908-1909. Dans ARSI : carton 1005, 1869-1890,
Mission Syria, Farde Syria 1005-I (lettre no. 13), Farde
Syria 1005-VI (lettre no. 31) ; carton 1006, 1890-1901,
Mission Syria, Farde Syria 1006-II (lettre no. 13) ;
carton 1007, 1901-1918, Mission Syria, Farde Syria 1007-I
(lettres numéro 17,18), Farde Syria 1007-VI (lettre no. 21).
Dans Archivo Segreto Vaticano (ASV), voir : carton 198,
1830-1899, « Relazioni e Corrispondenza della Delegazione
Apostolico con i Padri Gesuiti » (lettres : « Quittances
de 1876 et 1878 pour l'USJ » et « Reçu d'argent de la
Délégation apostolique 1883, 1888 ») ; carton 199, 1900-1913,
lettre : « Possibilité de demander de l'argent à la Propaganda
Fide pour le collège de Beyrouth », 1900 ; carton
221, 1856-1930, « Écoles de l'Orient. Propagation de
la Foi : Congrégation de Lyon (1896-1905) » (lettres : « Allocations
aux différents rites unis du Liban. Œuvre de la Propagande
de la Foi en faveur des missions étrangères des deux mondes,
Conseils Centraux de Lyon et de Paris » et « Différents
reçus d'allocations ». APF, carton 2, 1874-1880, « Scritture
Riferite nei Congressi Siria » (« Différentes lettres
de Lyon qui s'adressent à la Propaganda Fide de 1874 à 1880
demandant de verser des soldes pour les œuvres d'Orient en
Syrie »).
[46] Sur le principe d'élitisme,
voir : Charmot, SJ, op. cit., p. 493. (« Tout
professeur prêtre dans la Compagnie est donc préparé par
une culture humaine très étendue à élever une élite. »)
[47] Voir les chiffres trouvés dans les Archives
jésuites de Vanves, les Lettres de Fourvière et Les
Missions catholiques, notes numéros 7, 8, 9,
10, 11, 12 et 13.
[48] « Feuilleton. L'Université Saint-Joseph à Beyrouth », Les
Missions catholiques (Bulletin hebdomadaire illustré de
l'œuvre de la propagation de la foi), Lyon, Paris,
Bruxelles, janvier-décembre 1876, tome 8, pp. 506-507.
[49] Pour plus de renseignements sur les différentes
facultés de l'USJ, qui ont ouvert la communauté maronite à de
nouveaux débouchés professionnels, voir : Herzstein, op.
cit., pp. 150-163.
[50] Pour plus de renseignements sur la biographie
de ces professeurs voir, Herzstein, op. cit., pp.
177- 179.
[51] Voir : Henri Lammens, La Syrie, précis
historique, vol. 1 et 2, Beyrouth, 1921 ; Henri
Lammens, La Syrie et son importance géographique, Louvain,
1904.
[52] Asher Kaufman, « Phoenicianism: The Formation
of an Identity in Lebanon in 1920 » [« Phénicianisme
: la formation d'une identité au Liban en 1920 »], Middle
Eastern Studies, vol. 37, no. 1, janvier 2001, pp. 173-194.
[53] Kaufman écrit
sur ce sujet : « When Greater Lebanon was established
in 1920, the first functionaries of the Lebanese State
were chosen primarily among the Saint Joseph graduates. Thus,
a strong link was established between the Jesuits of Saint
Joseph and the new
Lebanese State » [« Quand le 'Grand Liban' fut établi
en 1920, les premiers fonctionnaires de l'État libanais
furent choisis principalement au sein des diplômés
de Saint Joseph. Ainsi, un lien fort se créa entre
les Jésuites de Saint Joseph
et le nouvel État libanais »] (Kaufman, op. cit.,
p. 177). Sur les relations entre l'Université Saint-Joseph
et l'État, voir : David A. Kerr, The Temporal Authority
of the Maronite Patriarchate [L'Autorite temporelle
du patriarchat maronite], thèse de doctorat, St.
Anthony's College, Oxford, 1973, p. 151 ; Iskandar al-Riyashi, Ru'asa'
Lubnan Kama 'Araftuhum, Beyrouth, 1961, p. 15.
[54] Voir la liste des diplômés de l'USJ
qui occupèrent
des postes importants dans la fonction publique : Herzstein, op.
cit., pp. 323-327.
[55] Pour plus de renseignements sur la politique « coloniale » française,
qui prépara le terrain à la domination de la
région voir
: Herzstein, op. cit., pp. 112-138.
Équipe
du Journal MERIA
Directeur de publication et rédacteur en chef
: Prof. Barry Rubin
Rédactrices adjointes : Déborah Touboul, Stéphanie
Lévy, Maureen Meyer
Le Journal MERIA est un projet du Centre GLORIA (Centre de
recherches
mondiales en affaires internationales), Centre Interdisciplinaire.
Site Internet : http://meria.idc.ac.il/journal_fr -
Email : meria@idc.ac.il
*Lu dans tout le Moyen-Orient et dans une centaine de pays*
Copyright © 2007 Journal MERIA. Tous droits réservés.
Pour citer ce document, respecter les règles
de citation. Demander la permission pour toute reproduction.
|