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L'IRAN EST-IL UNE PUISSANCE RÉGIONALE DANGEREUSE ?
Michel Makinsky*
Dans
un récent
article paru dans le Journal MERIA[1], Barry Rubin expose deux thèses
qui stimulent notre intérêt. Comme l'indique son
titre (« L'Iran :
montée d'une puissance régionale »), il s'agit
de considérer,
d'abord, que la République islamique est une puissance
régionale
en expansion, puis, au fil de la lecture, l'on découvre
la deuxième thèse : que cette puissance est porteuse
de dangers, essentiellement du fait de ses ambitions et
objectifs, tels que notre auteur les définit. L'objet
des lignes qui suivent est d'examiner ces deux thèses
et de proposer des réflexions complémentaires
ainsi que des éclairages différents
sur celles-ci.
REDÉCOUVRIR UNE PUISSANCE RÉGIONALE
La
République islamique
ne cesse de revendiquer un statut de puissance régionale,
d'acteur majeur de la zone, dont la responsabilité particulière
est la constitution ou le maintien d'une certaine stabilité dans
la région. Bien plus, les autorités iraniennes tiennent un
discours permanent sur la place de l'Iran dans les différents
enjeux régionaux, reflétant ainsi l'ambition de ce dernier
d'exercer une influence décisive sur son environnement géographique.
Ceci n'est en rien une nouveauté.
L'Iran et le Golfe
À l'égard du Golfe
Persique et de la péninsule arabique, le discours iranien est
constant. Notamment depuis la réconciliation avec l'Arabie
saoudite, Téhéran répète régulièrement que l'Iran, du fait
de son emplacement géographique, de sa taille, de ses traditions
séculaires et de son poids économique (plus particulièrement
de ses ressources), a toutes les raisons de se voir reconnaître
par ses voisins non seulement une place mais aussi des responsabilités
dans l'équilibre des forces et dans la sécurité régionale.
Le thème récurrent est : tenons les forces « étrangères » (c'est-à-dire
Washington et ses alliés) hors de la zone, dénions aux Américains
le monopole du rôle de « super-gendarme » et laissons
le soin aux puissances locales d'assurer leur propre sécurité.
De fait, sous l'impulsion de Mohammad Khatami, Téhéran a multiplié les
approches tant auprès de chaque État qu'au niveau du Conseil
de coopération du Golfe (CCG). Aux monarchies proches de lui,
l'Iran a distillé un message à double contenu : d'une
part, en tant que proche voisin, il est à même de comprendre
et de partager leurs préoccupations et leurs intérêts ;
d'autre part, son poids peut utilement contrebalancer les ambitions
parfois pesantes de l'Arabie saoudite. Ce langage ne laisse
pas les pétromonarchies insensibles, en particulier les Émirats
Arabes Unis et le Qatar, d'autant plus qu'elles comportent
des minorités chi'ites et ont développé des relations commerciales
d'une ampleur sans précédent avec l'Iran. Le sultan d'Oman,
dont l'indépendance d'esprit est connue, est un auditeur attentif
de ces messages, tandis que le Koweït, encore marqué par le
souvenir de l'invasion irakienne, suit de près l'évolution
iranienne. Les Émirats sont un pôle économique, commercial
et logistique d'une extrême importance pour les échanges et
investissements iraniens. La présence iranienne y est spectaculaire.
Bien plus, Téhéran a maintes fois demandé au CCG non seulement
de reconnaître à l'Iran ce statut de puissance régionale mais
aussi d'en tirer toutes les conséquences, à savoir d'insérer la
République islamique dans le dispositif de sécurité régionale.
Force est de reconnaître que jusqu'à présent ces requêtes n'ont
reçu qu'un accueil poli et réservé sans suite.
Bien
avant qu'Ahmadinejad ne soit élu président, les membres du CCG ne souhaitaient déjà pas
confier à l'Iran des responsabilités opérationnelles dans un
quelconque dispositif de sécurité régionale ; ou, du moins,
ils étaient assez réservés à ce sujet. Les raisons étaient
de plusieurs natures. D'une part, l'Arabie saoudite ne voulait
pas que son rival perse et chi'ite gagne ainsi un poids supplémentaire
et une influence croissante au détriment du pôle sunnite de
Riyad. Washington redoutait également que Téhéran ne se trouve
ainsi renforcé et aussi protégé, permettant ainsi à l'Iran
de faire contrepoids aux intérêts américains ; les États-Unis
se sont efforcés de dissuader les pays du Golfe de créer avec
l'Iran des relations à caractère sécuritaire. Les requêtes
iraniennes furent éconduites également pour d'autres motifs
pertinents.
Faire
partie d'un dispositif opérationnel de sécurité régionale, aspiration qui
semble légitime de la part d'une des principales puissances
concernées, présuppose d'inspirer confiance. À cet égard, le
discours iranien, sous la présidence Khatami, a amplifié la
normalisation inaugurée par son prédécesseur, sous le thème :
les ambitions de révolution islamique mondiale n'ayant guère
de chance de se concrétiser, place au réalisme, à la coexistence
et plus encore à la concertation régionale. Tirant profit de
sa position dans l'Organisation des pays exportateurs de pétrole
(OPEP) et défendant ses propres intérêts, Téhéran n'a rien
fait pour déstabiliser cette dernière et s'est conformé aux
décisions prises (notons qu'en dehors de quelques dépassements
ponctuels de ses quotas, l'appareil de production iranien,
en partie obsolète, a souvent été incapable d'atteindre ces
derniers). Ayant tiré les leçons de ses échecs révolutionnaires
internes et externes, la République islamique comptait capitaliser
sur le boom de ses échanges économiques pour progresser dans
une implication stratégique. L'invasion du Koweït par l'Irak
renforçait le projet de mettre l'Iran à contribution dans
une sécurité régionale singulièrement menacée tant que Saddam
Hussein était au pouvoir. Or, il est clair que quelles que
soient les proclamations pacifiques des dirigeants iraniens,
Téhéran n'inspirait pas à ses partenaires du CCG une confiance
suffisante pour être accueilli dans un dispositif de sécurité régionale.
Si ces partenaires étaient disposés, au fur et à mesure de
la consolidation de la présidence Khatami, à prendre acte de
la « normalisation » du régime de Téhéran et de sa
renonciation à chercher à instaurer une révolution islamique
mondiale, ils demeuraient néanmoins perplexes sur les contradictions
de la politique étrangère iranienne.
Ces
contradictions étaient
multiples. Alors que le président Khatami et son gouvernement
proclamaient leur volonté de ne pas s'ingérer dans les affaires
intérieures des pays voisins et de ne pas recourir au soutien à des
mouvements terroristes ou séparatistes (chi'ites), afin de
jouer plutôt un rôle stabilisateur, l'Iran ne cessait de démentir
ces proclamations et d'intervenir en sens inverse. Au Liban,
bien que les responsables iraniens affirmaient que leur appui
au Hezbollah était « moral et politique », des approvisionnements
de matériel de grande ampleur ont été remarqués. De même, les
extrémistes du Hamas et du Jihad islamique palestinien bénéficiaient,
comme leur allié chi'ite libanais, d'entraînement militaire
en Iran avec les Pasdarans (« Gardiens de la révolution
islamique », l'appareil militaire qui a pris le pas sur
l'armée initiale) et les Bassiji (force paramilitaire subordonnée
aux Pasdarans). La qualité croissante du matériel fourni au
Hezbollah, avant même l'élection d'Ahmadinejad, attestait de
l'ampleur de l'engagement iranien.
Concernant
l'Irak, le conflit sanglant avec ce dernier avait laissé des traces
pénibles. Ainsi, la chute de Saddam Hussein a été accueillie
avec une satisfaction non dissimulée et a conforté considérablement
la posture iranienne : le principal adversaire est renversé et,
avec lui, la menace majeure qui pouvait peser sur Téhéran.
Paradoxalement, Washington est le responsable du renforcement
de la puissance régionale iranienne. Téhéran, qui avait observé une
neutralité bienveillante lors de l'invasion de l'Irak, espérait
en outre en tirer des dividendes grâce à des relations plus
apaisées avec la Maison Blanche. En effet, l'Iran et les États-Unis
ont des intérêts communs dans la région malgré leurs rivalités
et antagonismes ; au premier rang de ces intérêts se trouve
un Irak uni et stable. Toutefois, deux facteurs vont anéantir
ces perspectives de (relative) convergence : d'une part
la politique prônée par les néoconservateurs américains qui
poussent à « terminer le job » (renverser le régime
de mollahs placé sur « l'axe du mal ») et, d'autre
part, les opérations et ingérences des services de renseignement
iraniens, Pasdarans, Bassijis et autres activistes sécuritaires[2].
S'agissant
du dossier palestinien, les dirigeants iraniens oscillaient
entre un appui
inconditionnel au Hamas et au Jihad islamique, et l'aveu discret
que si le peuple palestinien décidait de cohabiter avec Israël,
Téhéran ne serait pas « plus royaliste que le roi » et
s'inclinerait devant cette volonté. Ceci n'a pas empêché pour
autant le Guide Khamene'i de régulièrement dénier à Israël
le droit d'exister, et même l'ancien président Rafsandjani
(un an avant de se porter candidat aux élections présidentielles)
de plaider pour un État unique, ce qui implique automatiquement
la disparition de l'État hébreu.
À l'évidence, plusieurs éléments
sensiblement significatifs ont fortement dissuadé les monarchies
du Golfe d'intégrer Téhéran dans un dispositif de sécurité régionale.
Le premier est récurrent : l'occupation par l'Iran des îlots
d'Abou Moussa et des Petite et Grande Tomb. Les prétentions
iraniennes (et leur discussion) ont fait l'objet d'une impressionnante
accumulation d'analyses historico-juridiques[3],
que nous ne détaillerons pas ici brevitatis causa. Ce
qui est utile de souligner à présent est que ce contentieux
avec les Émirats Arabes Unis a pour conséquence d'entretenir
méfiance et inquiétude chez les membres du CCG, qui ne comprennent
pas pourquoi l'Iran campe sur ses positions inflexibles et
refuse de soumettre ce litige à une juridiction internationale
comme la Cour de La Haye.
Dès lors, il n'est
pas étonnant que ces pays émettent des réticences à institutionnaliser
un partenariat sécuritaire avec un tel voisin. Quelles sont
les raisons de la crispation iranienne sur ce dossier ?
Sont-elles uniquement reliées à la fierté perse qui s'enflamme, à la
fureur iranienne, comme ce fut le cas lors de l'affaire des
cartes de la revue National Geographic, qui avait eu
l'impudence de débaptiser le Golfe Persique ? Ce n'est
pas certain. Un parfum de pétrole et de gaz se ferait-il sentir
dans ce dossier ? C'est possible, mais il n'est pas exclu
que les aménagements militaires effectués sur ces îles soient
une pièce essentielle du dispositif stratégique de sécurité iranienne.
Notons la grande patience des dirigeants des Émirats Arabes
Unis, qui savent conserver une tonalité dépassionnée quant à ce
différend, évitant soigneusement sa dégénérescence. L'Iran étant
l'un des principaux partenaires économiques des Émirats, ces
derniers s'emploient à rester pragmatiques et à préserver de
toute secousse l'important courant d'échanges commerciaux qui
lie les deux pays, sans compter qu'une communauté iranienne
très puissante et générant de fort juteux revenus, y réside.
L'autre facteur de méfiance est la crise nucléaire en cours,
qui inquiète fortement les pays du Golfe[4].
Les tournées diplomatiques des dirigeants iraniens, accompagnées
de déclarations solennelles d'intentions pacifiques, n'ont
pas rassuré les monarchies voisines, rendues d'autant plus
méfiantes du fait des exercices navals iraniens. Par ailleurs,
le renforcement du Hezbollah libanais, appuyé par Téhéran,
contribue également pleinement à alimenter la méfiance des États
du Golfe.
Politique étrangère
et pouvoir : un lien direct
Ainsi
se développa
une véritable politique étrangère-bis (cachée). Quels en sont
les éléments clés ? Le premier est l'action du Guide suprême,
de ses alliés pasdarans et des Bonyad (ou « Fondations »,
puissants conglomérats de fondations charitables islamiques),
qui visait à torpiller la ligne Khatami, son autorité et, plus
encore, son existence-même ; l'enjeu n'était plus vraiment
extérieur. Le décryptage de cette incohérence passe par l'analyse
des rapports de force entre les différentes factions engagées
dans la conquête du pouvoir. D'ailleurs, parler de pouvoir
iranien perdait de sa pertinence car il ne s'agissait plus
d'un pouvoir iranien mais de plusieurs. La politique étrangère
iranienne du temps de Khatami était donc essentiellement le
reflet de luttes internes[5].
Lassé de constater un tel écart entre discours officiels et
réalités, Washington a perçu cette politique paradoxale comme étant
pure duplicité, les protestations présidentielles d'impuissance
suscitant un mélange d'incrédulité (est-ce un double-langage ?)
et d'exaspération. De plus, n'ayant pas constaté que la clé des
mystères iraniens se trouvait dans ce factionnalisme et surtout
dans une montée en puissance des conservateurs en vue d'une
prise totale du pouvoir, les États-Unis en vinrent à considérer
Khatami au mieux comme un faible et au pire comme un redoutable
manipulateur. L'on comprend ainsi qu'à la veille des présidentielles
de juin 2005, la Maison Blanche ait attendu et espéré une victoire
de Rafsandjani, qui promettait non seulement de dénouer la
crise nucléaire mais aussi de relancer un dialogue constructif
avec les États-Unis. Ces derniers ont été la proie d'une lourde
illusion : d'abord quant aux chances de victoire électorale
du président du Conseil du Discernement, puis en faisant le
pari que les forces conservatrices laisseraient à quiconque
la possibilité de mener spontanément (c'est-à-dire en dehors
de la menace de sanctions) une politique étrangère transparente.
Le résultat des présidentielles de juin 2005 devrait servir
d'avertissement.
La
victoire d'Ahmadinejad représente l'avant-dernière étape de la prise de pouvoir du
groupe composé des Pasdarans, Fondations et Bassiji. Les élections
locales de 2003, les législatives de 2004 et les présidentielles
de 2005 ont été les phases de ce qui ressemble à un coup d'État
par un groupe non clérical mais doté d'un objectif religieux
et révolutionnaire, par une nouvelle classe qui entend succéder à l'ancienne
génération du clergé, considérée comme dépassée[6],
sans légitimité et corrompue. La dernière étape cruciale de
cette prise de pouvoir a eu lieu le 15 décembre 2006, lors
des élections pour le renouvellement de l'Assemblée des Experts.
Ce groupe de 86 religieux de haut rang, dont Rafsandjani fait
partie, détient au moins deux prérogatives majeures :
désigner en son sein le Guide suprême et pouvoir le renvoyer.
Il représente le sommet de la pyramide. Paradoxalement, le
fait que ces religieux soient élus au suffrage universel leur
confère une légitimité qui sert à dissimuler les pouvoirs démesurés
attribués au Guide par la Constitution iranienne et le principe
de velayat-e faqih (« guidance du juriste théologien »).
Les Occidentaux n'ont pas réalisé à quel point cette échéance
constituait un enjeu sans doute plus capital aux yeux des différents
acteurs du régime que d'autres dossiers, y compris celui du
nucléaire ; car c'est bien l'avenir des forces politico-religieuses
qui était en cause, donc la survie-même du régime.
Celui
qui parvient à contrôler
l'Assemblée des Experts détient assurément une emprise décisive
sur le régime, ce qui explique la lutte acharnée au sein des
différentes forces politico-religieuses pour s'emparer de cette
structure, alors dominée par une coalition assez diversifiée
de conservateurs. Le groupe inspiré par l'ayatollah Mohammad
Taqi Mesbah Yazdi[7], le mentor d'Ahmadinejad, a tenté tant
que possible de la conquérir. Cette consultation, qui, vu de
l'extérieur, semblait ne viser qu'un vague organisme consultatif
de vieux sages religieux guère concernés par les combats politiques,
fut trop négligée par les observateurs occidentaux. En effet,
la grande discrétion de l'Assemblée pourrait laisser croire à un
rôle mineur de réflexion : les réunions officielles sont
peu fréquentes et les publications et communiqués le sont encore
moins. Quelques prises de position sont destinées à faire connaître
que telle orientation du régime est un sujet de préoccupation
(autrement dit, clairement désapprouvée) ou au contraire doit être
renforcée. L'essentiel doit donc se passer lors de concertations à huis-clos,
dont généralement rien ne filtre à l'extérieur et dont l'objet
est souvent de recueillir un consensus sur des sujets brûlants
nécessitant un arbitrage délicat. De temps à autre, l'Assemblée
laisse courir des rumeurs, ou des fuites, laissant entendre
son insatisfaction, notamment à l'égard du Guide ou autres
acteurs. Il est possible que les positions et attitudes du
nouveau président aient suscité la contrariété des sages, qui
auraient demandé que des mesures correctives soient apportées.
Il a même été supposé (sans preuves) que le renforcement par
le Guide des pouvoirs de Rafsandjani et du Conseil du Discernement
par rapport au président et au gouvernement refléterait de
fortes pressions de l'Assemblée des Experts. Jusqu'à présent,
les effets de l'accroissement de ces prérogatives semblent
assez théoriques.
Ceci
explique pourquoi l'approche des élections de l'Assemblée
des Experts, le 15 décembre 2006, s'est traduite par
des manœuvres politiques d'une
rare violence (au sens strict du terme) et d'une détermination
dont l'ampleur en révéla l'enjeu. Le camp d'Ahmadinejad
avait lancé une offensive sur plusieurs axes. Il s'agissait
d'abord d'influencer les candidatures, la priorité étant
de bloquer ou de neutraliser celle de Rafsandjani ou d'un réformateur.
Tous les moyens étaient justifiés à cet
effet, y compris des menaces physiques contre les membres de
l'Assemblée ou contre
leur entourage. Des intimidations ont ainsi été infligées
par des membres des services parallèles ou même
des « disciples
religieux » de Yazdi. Par exemple, des « étudiants
religieux » ont « spontanément » interrompu
un discours de Rafsandjani ; tel autre dignitaire a été harcelé.
D'un
autre côté,
le Conseil des Gardiens de la Constitution a filtré les candidatures
(c'est-à-dire éliminé les candidats qui déplaisaient au régime),
comme lors des autres élections. Les Bassiji se sont vus chargés
de « surveiller » le scrutin. Dans le même temps,
la manipulation du calendrier électoral et le couplage de cette
consultation avec les élections aux conseils locaux (dont celui
de Téhéran) étaient un signe supplémentaire de la détermination
du groupe du président à parvenir à ses fins. Le fait que les
collectivités locales se soient vues dénier le droit de surveiller
les élections, au profit du ministère de l'Intérieur, atteste
que le camp présidentiel était pleinement déterminé à prendre
le contrôle de tous les échelons du pouvoir[8]. Ceci dit, l'issue de cette lutte était incertaine
car les outrances de Yazdi et de son camp agaçaient considérablement
une part non négligeable des membres de l'Assemblée des Experts
qui y siégeaient jusqu'à cette consultation.
Le
fait que ces élections
soient au suffrage universel direct n'est pas sans conséquence,
y compris sur les orientations de politique étrangère du camp
présidentiel. En effet, Ahmadinejad et le groupe Pasdarans/Fondations/Bassiji
avaient un intérêt essentiel à convaincre les électeurs de
voter pour des candidats proches de leur ligne. Cet électorat était
majoritairement constitué de populations plutôt modestes et
religieuses, qui s'étaient laissées séduire par les messages
populistes du nouveau président, espérant ainsi que leur propre
situation matérielle (emploi et logement) s'améliorerait, en
même temps que seraient chassés les représentants du clergé corrompu
et les réformateurs incapables de résoudre les problèmes de
la vie quotidienne. Or, ces électeurs constatent maintenant
que leur existence de chaque jour ne s'améliore pas, qu'il
s'agisse de l'emploi, des conditions de travail ou du coût
de la vie : des signes tangibles de mécontentement se
font déjà ressentir à travers les rares sondages connus, la
répression contre la presse devient féroce (comme le montre
la fermeture de plusieurs journaux dont Sharq), internet
est de plus en plus surveillé et filtré, des manifestations
sociales, comme celles des conducteurs de bus ou des travailleurs
non payés, sont réprimées brutalement, les opposants réformateurs
sont poursuivis et maltraités, et les étudiants sont harcelés
par les Bassiji et les forces sécuritaires, voire même exclus
des universités.
Les
résultats des
deux consultations (Assemblée des Experts et Conseils locaux)
constituent le premier revers du camp du président Ahmadinejad.
Le score flatteur de Rafsandjani, qui a engrangé un nombre
spectaculaire de suffrages (plus d'1,5 millions), et la déconvenue
de Yazdi, qui n'a décoché que la sixième position, attestent
de la dégradation du camp des ultras. Les Conseils locaux enregistrent
un recul identique au profit des conservateurs « pragmatiques » et
des réformateurs. Ces derniers effectuent une remontée inattendue
et gagnent le contrôle de certaines municipalités provinciales.
Les femmes, dans plusieurs villes, connaissent une percée remarquée. À Téhéran,
le succès du maire Mohammad Qalibaf et le maigre score de la
sœur d'Ahmadinejad sont notables. Bref, il s'agit d'une convergence
de votes en faveur des conservateurs dits « modérés »,
des alliés du Guide et des Bazari d'un côté, et des réformateurs
de l'autre. Cela ressemble à un vote-sanction visant directement
le président, de la part d'une population à la fois mécontente
de son sort (malgré le saupoudrage de subventions et les tournées
présidentielles en province) et inquiète des tensions internationales
qu'attise Ahmadinejad et des risques qui en découlent. Ces
résultats démontrent aussi un agacement des électeurs, lassés
des diatribes de leur président contre Israël, Washington et
les Occidentaux, et qui préfèreraient des emplois aux slogans.
Cette
consultation est une étape extrêmement importante : elle marque le
premier coup d'arrêt à l'ascension du camp présidentiel, à la
fois un signal et un révélateur, et peut-être le début de bouleversements
politiques majeurs dans la scène intérieure iranienne et d'inflexions
dans sa posture extérieure. L'année 2007 s'ouvre sur un appel
d'air, avec la remontée du couple Guide/Rafsandjani, la revanche
des conservateurs traditionnels (un peu rapidement qualifiés
de pragmatiques) et la réapparition des réformateurs. Celle-ci ne
signifie en rien qu'ils seront capables dans un proche avenir
de constituer une force d'opposition organisée, unie et dotée
d'un programme et de leaders charismatiques. Il reste que les
ultras auront symboliquement raté la dernière marche du contrôle
absolu du pouvoir. Certes, la posture et la légitimité de Rafsandjani
se trouvent renforcées, facilitant ainsi l'élaboration et la
négociation des positions iraniennes dans les grands dossiers.
Il bénéficiera sans doute, avec la bénédiction du Guide, d'un
peu plus de latitude pour « recadrer » les dérives
présidentielles. Depuis le début de l'année 2007, des critiques
acerbes contre les options d'Ahmadinejad fleurissent dans des
media contrôlés ou soutenus par le Guide, mettant ainsi en
cause la radicalisation du dossier nucléaire qui fait
peser de lourds périls sur le pays. Toutefois, le groupe Pasdarans/Fondations/Bassiji
et le président n'abandonneront pas les terrains où ils sont
en position de force, car ils détiennent une partie des leviers
qui échappent à leurs concurrents, notamment dans le cadre
du nucléaire. La rivalité entre les deux camps accroîtra le
retour des « politiques-bis », dans lesquelles les
théâtres extérieurs sont le champ des factions rivales, comme
on le voit en Irak. La très relative cohérence qui était attendue
du camp conservateur après les présidentielles, qui avaient
marqué une prise de contrôle des principaux centres de pouvoir,
a éclaté avec un retour aux rivalités des factions. Plus que
jamais, il n'existe pas un pouvoir iranien mais plusieurs.
Le Guide est de plus en plus contraint d'asseoir la posture
extérieure iranienne sur un laborieux consensus. La lecture,
toujours complexe, des processus de décision sur lesquels la
politique étrangère se base continuera de constituer un exercice
inconfortable.
Le
lien entre politique étrangère
et lutte pour le pouvoir est chaque jour plus évident, et ceci à deux égards.
En premier lieu, les Occidentaux sont particulièrement impressionnés
par deux thèmes du discours du président Ahmadinejad. Ses propos
enflammés vouant à la disparition d'Israël de la carte du globe, à l'anéantissement
de l'État comme de la population, assortis de négations de
l'holocauste (dont le nouveau président se plaît à contester
l'ampleur, si ce n'est même l'existence), ont convaincu maints
responsables israéliens et néoconservateurs américains que
ces menaces sont tout à fait sérieuses et leur sont directement
adressées. Pourtant, ceci n'est pas certain et, pour être plus
précis, ces déclarations inquiétantes semblent être destinées
non seulement aux Occidentaux et aux Israéliens, qu'il s'agirait
d'impressionner, mais aussi à deux autres destinataires :
au monde arabe d'abord et plus largement au monde musulman, à l'Oumma.
D'où tirons-nous cette impression ? Rappelons qu'Ahmadinejad
a pris Israël violemment à partie au sommet de l'Organisation
de la conférence islamique de la Mecque en décembre 2005. Riyad
voulait profiter de cette rencontre pour délivrer un message
de « respectabilité » à un monde musulman hostile
aux extrémismes. Or, par ses diatribes, Ahmadinejad a « torpillé » la
conférence, dont il éclipsa complètement les objectifs, pour
les raisons suivantes : d'abord, le pouvoir iranien est
contrarié du fait de l'isolement croissant de la République
islamique et plus particulièrement de l'humiliation qu'il a
subie alors qu'il assistait, impuissant, à la réussite de l'offensive
diplomatique israélienne d'Ariel Sharon, lorsque celui-ci évacua
la bande de Gaza et amassa très vite les dividendes de ce retrait.
En effet, Israël, à la faveur de cette manœuvre, entreprit
la reprise de contacts « commerciaux » avec plusieurs États
du Golfe, dont l'Arabie saoudite et le Qatar (avec lequel les
relations politiques sont évidentes même si elles ne sont pas
officielles). De plus, par l'entremise de la Turquie, à travers
l'action décisive du premier ministre turc Erdogan, les dirigeants
pakistanais et afghans laissent entendre qu'il serait possible
qu'ils établissent des relations avec Israël afin d'élargir
quelque peu le paysage des rapports de force. Le régime iranien
perçoit cela comme une trahison.
L'Iran
mesure alors l'ampleur de son isolement dans le monde non
seulement arabe
mais musulman. Aussi, lorsque le président iranien fustige
Israël à la Mecque, les observateurs ne relèvent pas suffisamment
que la condamnation s'adresse non seulement à « l'ennemi
sioniste » mais également « à ceux qui l'aident ».
Ce détail est pourtant essentiel. Le discours d'Ahmadinejad
marque à la fois une dénégation du leadership saoudien et sunnite
sur la communauté des croyants (le vieil antagonisme chi'ite/sunnite,
perse/arabe) et une volonté iranienne de confisquer une autre
influence : il s'agit de dénier à ben Laden, al-Qa'ida
et tous ceux qui se réclament du jihad antioccidental et antisioniste,
toute légitimité à conduire ce combat. Cette prétention à choisir
le terrain de lutte, comme d'en prendre la tête, est une manifestation
du nationalisme exacerbé de Téhéran. Le régime cultive avec
force le ressort nationaliste, déjà profondément enraciné dans
la population.
Lors
de la conférence
sur la Shoah, qui a rassemblé à Téhéran en décembre 2006 (juste
avant les élections) un groupe de négationnistes contestant
la réalité ou l'ampleur de l'holocauste, Ahmadinejad a proclamé qu'Israël était
une « tumeur » destinée, comme l'URSS, à disparaître.
Une telle déclaration a de nouveau suscité l'émotion de la
communauté internationale. Il ne semble pas toutefois qu'elle
présente en elle-même des particularités qui la distinguent
des précédentes. Plus significatif est le choix du lieu où s'est
tenue cette conférence : elle était hébergée par l'Institute
for Political and International Studies (IPIS, « Institut
pour les études politiques et internationales »), think-tank
lié au ministère des Affaires étrangères et avec lequel plusieurs
homologues étrangers ont annoncé la cessation de tout contact
professionnel.
Le
discours du président iranien est révélateur d'autres enjeux moins évidents
mais représentant une dimension capitale. Au-delà des Occidentaux
et d'Israël, au-delà des « traitres saoudiens » et
de ceux qui veulent « parler à l'ennemi », les paroles
d'Ahmadinejad s'adressent à un autre public qui importe sans
doute plus à ses yeux que les deux autres précités : le
président parle à ses électeurs, à ce petit peuple modeste
et religieux qui l'a élu, prompt à se laisser persuader par
cet homme simple qui lui dit les choses qu'il veut entendre.
Or, ce petit peuple pauvre constate que, malgré les promesses
du président qui dit s'intéresser aux vrais problèmes quotidiens
de la population (le chômage, l'inflation et l'insuffisance
des salaires et des logements), son sort ne s'améliore pas :
le chômage ne faiblit pas, l'inflation croît et le logement
reste problématique.
Profitant
du cours élevé du
pétrole, le gouvernement a puisé dans les excédents de recettes
pétrolières, tirées du Fonds de stabilisation pétrolier, pour
se livrer à un saupoudrage de crédits et de mesures ponctuelles,
notamment dans les provinces, alors que ce Forex est
destiné à financer des investissements. Malgré les avertissements
des experts économistes, le pompage des recettes excédentaires
sert donc à financer les trous du budget et les dépenses supplémentaires.
Pire encore, le gouvernement, malgré maints projets discutés
au Majlis (Parlement) à chaque session budgétaire, se révèle
incapable de décider d'une coupe dans les subventions aux produits
de première nécessité. Ces subventions ruineuses pour le budget,
effectuées dans le but de peser sur le prix de l'essence, dont
le prix au litre est inférieur à celui de l'eau, ont pour conséquence
de maintenir la consommation à un niveau dramatiquement élevé et
croissant, obérant ainsi gravement les ressources financières
du pays. L'Iran s'enrichit en vendant du brut et du gaz, et
se ruine en important massivement des produits raffinés. Cette
situation est malsaine puisqu'elle rend l'Iran vulnérable à tout
mouvement baissier du cours du baril[9]. Lorsqu'en octobre 2006 ce dernier
s'est affaissé à proximité de 50 dollars, des économistes ont
exprimé leur inquiétude, surtout si cette tendance devait se
renforcer. La solution durable serait de construire des raffineries
d'urgence, ce qui est effectivement prévu à long terme, mais à court
terme, il faudrait rationner l'essence à la pompe. À cet effet,
les spécialistes du Parlement ont présenté un plan de rationnement à deux
niveaux, mais une résistance acharnée se manifeste contre ce
plan, notamment de la part des « appareils sécuritaires »,
qui disent craindre une explosion sociale, et bien entendu
du camp ultraconservateur, qui ne veut pas perdre ses électeurs.
En conséquence, conformément à une recette éprouvée, l'ennemi
extérieur sert à dissimuler les difficultés intérieures en
jouant, classiquement, le rôle de bouc-émissaire. Ainsi, les
raidissements « anti-sionistes et anti-occidentaux »,
y compris le « droit imprescriptible de maîtriser toute
la filière nucléaire » dite civile, ont pour vocation
de flatter le nationalisme iranien, tous les citoyens étant
invités à faire bloc pour défendre la souveraineté du pays.
L'attention est ainsi détournée d'autres enjeux.
Le
syndrome de la « forteresse assiégée » est aussi pratique pour
justifier les atteintes aux droits de l'Homme : l'emprisonnement
et les « aveux » de l'universitaire Ramin Jahanbegloo
sont très symptomatiques. Ce dernier est accusé d'être au service
des puissances étrangères et de participer à la fomentation
d'une « révolution de velours » (changement de régime) à travers
les contacts et la collaboration universitaire qu'il entretient.
En réalité, il est la malheureuse victime d'enjeux internes
iraniens, de rivalités entre factions sécuritaires, mis à part
le fait que ces dernières veulent se venger de leur mise en
cause dans l'assassinat de la journaliste irano-canadienne
Zahra Kazemi ; le fait que Jahanbegloo soit aussi un ressortissant
canadien n'est pas anodin dans cette affaire. Bien plus, celui-ci
subit aussi la conséquence du plan de « changement en
douceur », imaginé par Washington et qui repose sur un
développement massif de ces échanges afin de susciter une certaine
influence. Ce calcul est avisé mais il sera (trop) vite identifié par
le régime comme une menace contre lui. Cette incarcération
et les « aveux » arrachés au détenu comme condition
de son élargissement, dans lesquels il déclare réaliser que
ses travaux universitaires pourraient être utilisés par des
structures gouvernementales hostiles au régime, montrent que
ce dernier a compris l'efficacité potentielle de ce plan. En
embastillant Jahanbegloo, les dirigeants iraniens ont adressé le
message : « n'utilisez pas les universitaires pour
tenter d'affaiblir le pouvoir », ce qui atteste de l'efficacité du
projet.
Mais
ce n'est pas le tout : nombre d'observateurs occidentaux
ont été déroutés
par les propos du président qui s'est déclaré tour à tour
entouré d'un
halo mystérieux lors de ses harangues à la sortie
de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et, plus encore,
a appelé de ses vœux
le retour du douzième imam, le Mahdi. Ahmadinejad a
multiplié les
allusions à ce sujet, tandis que l'on apprenait son
projet de construire un boulevard grandiose à Téhéran
et, une fois élu
président, d'allouer 17 millions de dollars à des
travaux sur la mosquée de Jamkaran, au sud de Téhéran
; tout ceci étant
supposé accélérer le retour du dit douzième
imam[10].
Certains interprètent ces propos comme l'annonce d'actions
quasi-suicidaires. Bernard Lewis par exemple voit une étrange
coïncidence entre la date du 22 août 2006, choisie
par les dirigeants iraniens pour répondre à l'ultimatum
des Occidentaux leur conseillant de cesser toute activité d'enrichissement
d'uranium, et une possible initiative apocalyptique, dans l'acception
chi'ite
du terme. D'autres y perçoivent le reflet du délire
d'un dirigeant qu'ils qualifient de dangereux fanatique à la
limite de troubles pathologiques. Ces appréciations
semblent refléter une erreur
complète et grave de diagnostic. Ahmadinejad est tout
sauf un exalté, encore moins un homme frappé de
quelconque délire.
Les analystes qui ont étudié de près le
profil présidentiel
le considèrent comme un dirigeant doté d'un sens
et d'un flair politiques hors du commun, et d'une capacité tactique à saisir
les opportunités et à créer des rapports
de force en sa faveur--ce qui n'exclut pas les erreurs stratégiques.
Il a usé et abusé d'une
rhétorique populiste qui était plutôt efficace
sur son électorat.
Les dirigeants étrangers notent sa détermination
et son sens du calcul froid. S'il n'est assurément pas
le seul, ni même
le principal, responsable de la politique étrangère
de l'Iran, il réussit à capter l'attention par
ses prises de position enflammées qui galvanisent les
foules populaires du Moyen-Orient jusqu'à mettre dans
l'embarras les dirigeants arabes sunnites. Les dirigeants qui
ont eu l'occasion de négocier avec lui ont
bien compris que leur interlocuteur est tout sauf un illuminé.
Dans
ces conditions, quelle signification doit-on attribuer à cette attitude ?
En réalité, le discours eschatologique sur le retour escompté du
douzième imam s'adresse à un auditoire bien ciblé. Ce sont
les électeurs du président, peuple pauvre et religieux, et
non les Occidentaux ou les Israéliens, prompts à craindre qu'une
apocalypse ne s'abatte sur eux, qui sont les vrais destinataires
de ces messages. Les épisodes troublés--tensions internationales,
menaces d'interventions américaines ou israéliennes, éventuelles
sanctions, etc.--sont présentés à ces personnes pieuses comme étant
les prémices d'un « nouvel ordre » et de la venue
prochaine du douzième imam. Ainsi sont-elles conditionnées
et se sentent-elles un devoir religieux de soutenir le régime « assiégé ».
De plus, le réflexe nationaliste, toujours vif en Iran, trouve
dans cette vision une légitimité religieuse. L'enjeu ici
est de permettre l'émergence, à l'intérieur du pays, d'une
seconde révolution religieuse par le biais de nouvelles forces,
non cléricales et dont la vocation est de faire directement
concurrence à la génération précédente de dignitaires du clergé,
considérés comme corrompus et ayant manqué à leur mission.
De ce point de vue, le processus politique interne majeur auquel
nous avons assisté en décembre 2006 n'est autre qu'une tentative--avortée--de coup
d'État, de prise de pouvoir. Ces forces sont de plus en
plus en conflit d'intérêt avec le Guide Khamene'i. Barry Rubin,
dans son article précité, estime que l'objectif du régime iranien
est de fomenter une révolution islamique mondiale. Ce n'est
pas évident ; ce qui semble en revanche assuré est que
le groupe Pasdarans/Fondations/Bassiji veut s'emparer du pouvoir
interne, qu'il était déjà très avancé dans cette voie et que
cette visée implique aussi une réislamisation de la société iranienne,
afin de mieux la contrôler. Cet électorat, détourné des difficultés
de la vie de tous les jours malgré les crédits et subventions
distribués, les promesses d'augmentation de salaires et les
mirages d'actionnariat populaire, représentait le socle sur
lequel le camp présidentiel, sous la houlette de son mentor
Yazdi, espérait remporter les élections de l'Assemblée des
Experts.
Le
fait que la politique étrangère iranienne soit le reflet d'enjeux internes,
du factionnalisme, et des rivalités en vue du contrôle du pouvoir,
n'est pas nouveau. La victoire d'Ahmadinejad aurait dû sceller
la disparition de ces dernières au profit d'une politique unifiée,
les conservateurs contrôlant les conseils locaux, le Parlement
puis la présidence, outre les structures non élues placées
sous l'autorité du Guide. Or, ces présidentielles ont révélé un
nouveau factionnalisme à l'intérieur même du camp conservateur.
Les élections de l'Assemblée des Experts confirment spectaculairement
l'existence de ce phénomène.
Les
acteurs contribuant à la
politique étrangère et traitant des principaux dossiers (le
nucléaire, le Liban et Israël, les relations avec l'Europe,
les États-Unis, la Russie, la Chine, l'Inde et autres grandes
puissances, dont les puissances régionales) sont plus nombreux
qu'il n'y paraît. Il s'avère aussi, et surtout, que l'élaboration
des positions iraniennes présente des caractères originaux
qui en compliquent l'interprétation. D'une part, le Guide semble être
le décideur principal[11] ;
il est doté à cet effet d'outils d'aide à la décision, comme
le fameux bureau du Guide, et de représentants dans la plupart
des structures publiques. D'autre part, le président Ahmadinejad
occupe une place spécifique qui comporte plusieurs dimensions.
Il disposerait lui aussi d'une cellule stratégique, Hassan
Abbasi en étant l'un des inspirateurs. Avec les dirigeants
pasdarans, Ahmadinejad représente ce nouveau groupe au pouvoir
et pèse ainsi sur les décisions de politique étrangère pour
conforter également ses propres intérêts. À cet égard, il est
capital de noter que l'appareil nucléaire est entre les mains
des Pasdarans, qui contrôlent cette filière. Or, le nucléaire,
même « civil », a fortiori militaire, est
un attribut du pouvoir. C'est bien parce qu'il représente ce
groupe que le président s'autorise des déclarations qui font
oublier que ses prérogatives sont en réalité limitées :
le président iranien a, en gros, les attributions d'un premier
ministre. Or, il s'exprime et est abusivement considéré comme
s'il possédait les véritables capacités de décision sur ces
grands dossiers.
Ali
Larijani, principal négociateur du dossier nucléaire, fait partie du cercle restreint
des principaux responsables. Le Conseil suprême de la sécurité nationale
détient également d'importantes prérogatives sur les orientations
de la politique extérieure. Cela dit, il est particulièrement
intéressant de souligner que le Guide a inclus dans ce cercle
restreint Rafsandjani, président du Conseil du Discernement,
rival déclaré d'Ahmadinejad et triomphalement élu en décembre à l'Assemblée
des Experts. Comme nous l'avons mentionné précédemment, le
Guide a renforcé (sans résultat apparent) les pouvoirs du Conseil ;
plus significatif encore, le Conseil du Discernement a constitué une
sorte de cellule stratégique dans laquelle Rafsandjani a intégré l'ancien
négociateur nucléaire, Rohani, ainsi que l'ancien président
Khatami. Ce dernier, très certainement avec l'assentiment de
Khamene'i, multiplie les contacts internationaux, auxquels
il délivre des « messages » apaisants, comme sa tournée
aux États-Unis l'a démontré. Tout aussi notoire est le recrutement
de l'ancien ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal
Kharrazi, à la tête du nouveau Conseil stratégique pour les
relations extérieures, créé le 25 juin 2006 par le Guide et
rattaché à son bureau. À ses côtés, se trouvent Ali Velayati,
prédécesseur de Kharrazi, et Ali Shamkhani, ancien ministre
de la Défense. Cette structure, dont on ignore l'influence
réelle, semble avoir pour vocation de faire contrepoids au
président, tout en conservant un certain contrôle sur ces personnalités.
En regard, le ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki
s'avère être un exécutant plutôt qu'un véritable concepteur.
Que
penser de ce curieux dispositif ? Il reflète visiblement la volonté du
Guide d'obtenir un consensus sur les principales options de
ces grands dossiers. Il s'agit aussi de contrebalancer la tentation
du camp présidentiel d'imposer ses vues et ses intérêts. En
janvier 2007, à la suite des élections et des critiques adressées à Ahmadinejad
sur l'impasse et les tensions suscitées dans la crise nucléaire,
avec en toile de fond un raidissement américain perçu de plus
en plus menaçant, il est question d'inflexions dans la conduite
de ce dossier, auquel Rafsandjani donnerait de nouvelles orientations
avec le concours d'anciens négociateurs comme Moussavian. À défaut
de réalité concrète, ces échos reflètent au moins un sérieux
malaise. Le Guide veut également conserver son propre pouvoir.
Ce processus de décision pose de sérieux problèmes pour les
analystes et surtout pour les décideurs étrangers. Les grandes
options étant le fruit de négociations entre ces acteurs et
factions, les décisions nécessitent un long temps de maturation
pour arriver à un consensus. Ce caractère laborieux alimente
(à juste titre) l'impression des observateurs selon laquelle
les dirigeants iraniens joueraient, de propos délibéré, la
carte du temps afin de gagner de précieux avantages, comme
la crise nucléaire le démontre. Un autre trait de ce dispositif
est l'opacité des circuits de décision, compliqués par les
contradictions entre les différents acteurs. Lorsque des officiels
iraniens affirment qu'Ahmadinejad n'engage que lui lorsqu'il
voue à la disparition d'Israël, comme l'attestent les démentis
de Rafsandjani, les responsables occidentaux restent perplexes.
C'est alors que la grille de lecture sur les enjeux internes
de ce débat aide à en comprendre les méandres.
Les
vraies continuités cachées sous le voile idéologique
Le
discours islamisant du président Ahmadinejad et les diatribes contre « l'ennemi
sioniste » risquent fort d'induire en erreur sur les caractéristiques
des orientations iraniennes. Dès la présidence Rafsandjani,
et plus encore sous Khatami, les dirigeants iraniens ont compris
que la révolution religieuse interne est un échec. La
population aspire à vivre en bénéficiant de la modernité ;
il y a un rejet de la religion et des religieux. De
même, les rêves de révolution islamique mondiale se sont évanouis.
Cela explique la normalisation progressive des relations de
Téhéran avec ses voisins du Golfe. À bien des égards, la politique étrangère
iranienne présente, paradoxalement, des orientations fondamentales
qui reflètent une certaine continuité avec celle du
Shah[12]. L'Iran d'aujourd'hui se considère comme un
grand acteur régional incontournable. Comme sous le régime
impérial, la République islamique se perçoit comme un contrepoids
face au monde arabo-sunnite du Golfe. En fait, nous sommes
toujours dans un jeu où se rencontrent, coopèrent et s'affrontent les
héritiers des empires russe, ottoman et perse. « Le grand
jeu » autour de la Caspienne, du Caucase et de l'Asie
centrale en est la manifestation emblématique. Les Iraniens
n'ont réalisé que tardivement l'intention de Poutine de reconquérir
le contrôle des marches de son ancien empire, alors que Téhéran
affirme ses « droits historiques », tout en devant
faire face aux intérêts turcs et azéris. La possession d'un
outil nucléaire civil comme militaire est aux yeux du régime
actuel, comme de ses prédécesseurs, à la fois le moyen de parer
aux limites de tout armement conventionnel, mais aussi l'attribut
d'une puissance régionale importante et nationaliste. À cet égard,
indépendamment de son caractère préoccupant pour la communauté internationale,
l'option nucléaire militaire iranienne est plutôt banale et
ne rompt fondamentalement pas avec le passé impérial. Les ambitions
iraniennes en Afghanistan ne paraissent pas plus inédites.
L'IRAN :
UNE PUISSANCE DANGEREUSE ?
Une
fois établi
que l'Iran est une puissance régionale qui entend le rester,
voire même développer son influence, il reste à déterminer
si cette puissance régionale est dangereuse. Barry Rubin estime--dans
son article précité, après avoir abordé le dossier nucléaire
et la crise libanaise--que la République islamique poursuit
les objectifs suivants : « fomenter une révolution
dans tout État où existe une majorité musulmane, encourager
les forces radicales islamistes partout où résident des musulmans,
rayer Israël de la carte, chasser l'influence occidentale du
Moyen-Orient ».
L'analyse
de la crise nucléaire, de celle du Liban et des ambitions réelles
de l'Iran en Irak nous permettra d'évaluer ces objectifs et
de déterminer si les discours offensifs du président, du Guide
et du groupe Pasdarans/Fondations/Bassiji ne dissimulent pas,
sous couvert de menaces, une grande vulnérabilité.
La
crise nucléaire
L'impasse
des négociations
européennes avec l'Iran est principalement le fruit de graves
erreurs de diagnostic stratégique de la part de l'ensemble
des protagonistes du dossier. L'Iran, à travers la révélation
de ses dissimulations quant au développement de son programme
nucléaire, successivement éventées par les inspections de l'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA) ou par d'autres
sources, en est arrivé à générer des suspicions, initialement
auprès de Washington puis auprès des Européens. L'ancien responsable
iranien des négociations nucléaires, Hassan Rohani, a d'ailleurs
reconnu la part cachée du programme de Téhéran[13] et s'est trouvé dans l'embarras
lorsque la filière pakistanaise a été révélée, ou plutôt rappelée,
au cours de l'examen du démantèlement négocié du dispositif
nucléaire libyen. Les Européens étaient persuadés qu'ils parviendraient à obtenir
de Téhéran l'arrêt définitif de son programme d'enrichissement
d'uranium en lui proposant une coopération économique, technologique
et politique, comprenant la facilitation de son accession à l'Organisation
mondiale du commerce (OMC) et la livraison de pièces détachées
d'aéronefs (Washington a d'ailleurs récemment donné son assentiment à la
livraison de pièces pour remettre en état des avions Airbus).
L'objectif de l'Union européenne était surtout de parvenir à conclure
un grand accord commercial entre l'Europe et la République
islamique. Cependant, les Européens ont joint à leurs projets
d'accord des volets les vouant à l'échec : droits de l'Homme
et lutte contre le terrorisme (donc cessation du soutien au
Hezbollah libanais, au Hamas et Jihad islamique palestiniens).
De
son côté, Téhéran
a longtemps misé sur l'incapacité de l'ONU de décider de sanctions
réellement contraignantes contre l'Iran. Convaincus que la
paralysie du Conseil de sécurité les mettrait à l'abri suffisamment
longtemps, les dirigeants iraniens ont poursuivi le développement
de leur programme nucléaire, passant d'ultimatum en ultimatum,
dans le but d'en franchir, sans dommage, les étapes principales :
la capacité et surtout la compétence technologiques requises
pour passer au stade éventuel de fabrication. Insistant sur
le caractère exclusivement civil de ce programme et sur le
droit inaliénable de l'Iran à enrichir l'uranium, ce dernier
a cependant perdu un atout de taille : la confiance de
ses interlocuteurs européens. Ceux-ci n'avaient plus guère
le choix que de tenter d'obtenir du Conseil de sécurité qu'il
prononce des sanctions graduées mais efficaces : isolement
diplomatique, restrictions commerciales, gels d'avoirs financiers,
blocage d'importations de produits nécessaires comme l'essence,
etc. La palette est large, mais pour être efficace, une sanction
doit être à la fois forte et surtout respectée. La résolution
1737 votée à l'unanimité le 23 décembre 2006 répondra-t-elle à ces
impératifs ?
Les
Iraniens ont fini par indisposer également leurs fidèles soutiens russes
et chinois. Même si les deux pays veulent éviter que des mesures
trop rigoureuses ne pénalisent leurs propres marchés, ils ont
accepté de voter des sanctions (certes édulcorées), tout en
proclamant qu'elles ne constituent pas une véritable solution
au problème. Ce changement d'attitude découle notamment de
la situation causée par la Corée du Nord, dont l'essai nucléaire
a entraîné le vote d'une résolution du Conseil interdisant
la livraison de certains équipements à Pyongyang, mais aussi
de l'obstination défiante de Téhéran à poursuivre son programme
en l'absence de toute véritable coercition.
En
quoi consiste le caractère dangereux de la posture iranienne
?
Contrairement à des
idées couramment répandues, la possession de la bombe atomique
par l'Iran ne constitue pas en soi une menace mortelle
pour l'État hébreu, car toute attaque nucléaire sur Israël
déclencherait de sa part, avec ou sans la participation américaine,
une riposte qui causerait des ravages fatals à la République
islamique. Par conséquent, l'objectif prêté à l'Iran de rayer
Israël de la carte semble peu réaliste et les discours du camp
présidentiel en ce sens semblent relever surtout d'un exercice
rhétorique destiné à la fois à flatter l'électorat d'Ahmadinejad, à gêner
Rafsandjani et à concurrencer le leadership saoudien ainsi
que celui des islamistes d'al-Qa'ida.
Deux
autres dimensions de ce dossier le rendent périlleux. En premier lieu, alors
que se profile la fin du mandat de George Bush et que l'Irak
continue sa marche vers le chaos, si la communauté internationale
ne parvient pas à persuader l'Iran de renoncer à l'enrichissement
de l'uranium ou si des sanctions s'avèrent impuissantes à cet égard,
le risque existe que la Maison Blanche ne cède à la tentation
de créer un choc par une frappe aérienne sur l'Iran, ou n'encourage
Israël dans cette voie. Les échos de mise en place d'un dispositif
naval renforcé sur zone comportent une ambigüité volontaire,
dont l'objectif est d'exercer une pression psychologique tout
en mettant en place des préparatifs à toutes fins utiles. De
façon tout à fait parallèle, l'Iran multiplie les exercices,
tant à terre que dans le Golfe Persique, ainsi que les annonces
télévisées de lancements de nouveaux missiles adaptés à un
conflit affectant les détroits d'Ormuz. De même, les dirigeants
pasdarans ont déclaré publiquement que la République islamique
a adopté une doctrine stratégique asymétrique. Chacun
sait que les ressources conventionnelles iraniennes sont insuffisantes ;
en revanche, les capacités de nuisance de Téhéran
sont significatives : les monarchies du Golfe sont exposées à des
attaques iraniennes visant leurs installations pétrolières
et gazières. Les responsables iraniens n'ont pas fait mystère
de leur intention d'utiliser toutes les possibilités d'agitation
dont ils disposent en Irak ; au Liban, le Hezbollah serait
clairement mis à contribution, comme ce fut le cas lors de
la crise libanaise.
D'autre
part, il est probable que les Iraniens feraient appel à une mobilisation
anti-occidentale et anti-israélienne dans tout le monde arabo-musulman.
Le risque ici serait que des islamistes--quelle que soit leur
obédience (al-Qa'ida comprise), voire même sans obédience aucune--ne
se lancent dans le jihad contre les Occidentaux et contre toute
présence israélienne ou juive dans le monde. Des opérations
terroristes pourraient être menées aussi bien sur le continent
américain qu'en Europe, sans qu'aucune coordination ne soit
nécessaire.
Le
caractère dangereux
de cette situation réside dans le fait qu'elle pourrait survenir
en cas d'agression caractérisée (frappe aérienne ou actions
navales) de la part de Washington, mais aussi si les sanctions
(probablement unilatérales et hors du cadre de la Charte de
l'ONU) atteignaient un niveau de sévérité tel que l'Iran se
considérerait financièrement acculé, donc attaqué. Par exemple,
un blocus naval des importations et exportations aboutissant à l'étranglement
de la République islamique serait une façon de « pousser
l'Iran à la faute ».
Une
deuxième dimension
de la dangerosité de la posture nucléaire iranienne doit être
rapidement rappelée : la possession d'un outil nucléaire
militaire comporte un risque élevé de prolifération en aval.
Cette filière, sous le contrôle des Pasdarans, a été principalement
constituée à travers une prolifération en amont, alimentée
par les réseaux pakistanais d'Abdul Qader Khan. Rien n'empêcherait
les détenteurs de cette filière de proposer une coopération à des « clients » peu
scrupuleux ; cette perspective, notamment à l'égard de la
Corée du Nord, n'a rien de théorique.
Une
autre conséquence
du développement nucléaire militaire iranien serait un coup
sévère porté au Traité de non-prolifération (TNP) et la possibilité que
plusieurs pays de la région cherchent à se doter d'un programme
similaire. Des rumeurs courent déjà régulièrement à ce sujet,
sans certitudes pour autant. À titre d'exemple, lors de
la conférence du CCG, qui s'est tenue début décembre 2006,
le lancement d'une étude de projet de coopération nucléaire
entre ses membres a été annoncé, à des fins pacifiques. Plusieurs
pays arabes ont déjà entrepris un programme nucléaire civil.
L'Égypte, par exemple, a annoncé le développement de ses recherches.
L'AIEA a été invitée à des consultations sur ces projets. Au-delà des
objectifs réels de ces projets, ne constituent-ils pas aussi
une « réponse » aux ambitions iraniennes, qui inquiètent
les États du Golfe ? En effet, le Koweït a appelé à un
renforcement de la coopération stratégique avec l'OTAN ;
et le fait que l'Inde et le Pakistan (pays non signataires
du TNP) aient déjà réalisé des essais nucléaires ne contribue
pas à stabiliser cette situation. En laissant entendre, possiblement
en réponse aux propos du président iranien sur la disparition
souhaitée d'Israël, que l'État hébreu disposerait d'un arsenal
nucléaire, le premier ministre israélien Ehoud Olmert a suscité une
vive émotion tant dans son pays que dans le monde arabe, à tel
point que les membres du CCG ont demandé à Washington et à la
communauté internationale de sanctionner Israël pour ce programme.
Cet « aveu » d'un pays non membre du TNP ne pourrait-il
pas, à l'inverse, ouvrir la voie aux négociations sur la dénucléarisation
de la zone ?
Cela
dit, les scénarios apocalyptiques ne sont jamais certains et des projections
intermédiaires existent. Par exemple, l'Iran, qui a signé mais
non ratifié le Protocole additionnel, a déjà menacé (puis promptement
démenti) de se retirer purement et simplement du Traité, ne
permettant ainsi plus à l'AIEA d'avoir accès aux installations
qu'elle veut inspecter. En refusant en janvier 2007 un accès à 38
inspecteurs de l'Agence, la République islamique a envoyé un
(petit) signal. Le Majlis avait voté précédemment un texte
(non contraignant pour l'exécutif) demandant à ce dernier de
suspendre toute coopération avec l'AIEA. Cependant, la résolution
1696 du Conseil de sécurité en date du 31 juillet 2006--invitant la
République islamique à suspendre ses activités d'enrichissement
et de traitement, et à respecter ses engagements--donne une
base juridique aux Nations Unies pour prononcer des sanctions
au titre du chapitre VII, la Charte de l'ONU ayant une valeur
supérieure dans la hiérarchie des normes du droit international à celle
des dispositions du TNP et de l'AIEA. Le texte de décembre 2006
a également été fondé sur cette même base juridique (chapitre
VII, article 41).
À travers les défis
qu'ils posent aux Occidentaux, les dirigeants iraniens tentent
assurément de convaincre leurs voisins, et plus généralement
le monde islamisé, que l'Iran est le seul et unique défenseur
de ce dernier. De la sorte, cette puissance régionale est persuadée
de sa force. En revanche, rien de précis ni de prouvé ne permet
de soutenir que l'Iran a pour objectif de relancer une révolution
islamique mondiale ou de renforcer les islamistes dans l'ensemble
du monde musulman. La République islamique n'en a ni les moyens
financiers ou humains ni la capacité opérationnelle, et elle
n'en a très probablement pas l'ambition. Certes, des signes
de coopération ou de tentative d'influence des services parallèles
iraniens, ou par procuration du Hezbollah libanais, sont détectés
même loin de l'Iran, comme en Afrique subsaharienne, en Amérique
Latine et en Asie du Sud-Est, mais ces interférences comportent
une dimension économique non négligeable, destinée à financer
des actions clandestines. De plus, les islamistes promoteurs
d'une révolution religieuse sont plus souvent sunnites que
chi'ites et, dans bien des cas, haineusement hostiles à ces
derniers.
Irak
et Liban : « fronts
iraniens » ou terrains d'existence ?
Une
illusion particulièrement
répandue semble peser sur l'évaluation des ambitions iraniennes
en Irak : la République islamique est souvent considérée
par Washington (et même parfois en Irak) comme étant à l'origine
de tentatives de déstabilisation dans ce pays, par le biais
d'interférences des services sécuritaires, des Pasdarans et
autres agitateurs. En offrant son soutien à diverses milices
chi'ites (au-delà des groupes qui lui sont alliés)--voire même
en leur fournissant des explosifs, y compris à des insurgés
sunnites--contre les troupes de la coalition, Téhéran porterait
ainsi une part de responsabilité dans le chaos actuel. Si des
symptômes d'interférences « parallèles » iraniennes,
dont l'ampleur est d'ailleurs discutée[14], sont effectivement détectés, prétendre que
l'Iran vise à créer le chaos relève d'un contresens stratégique
majeur. Au fait que la République islamique entend développer
une large clientèle d'obligés chi'ites et au-delà, s'ajoute
le jeu singulier de l'ensemble constitué par les Pasdarans
et les activistes sécuritaires qui mènent leurs propres « politiques-bis »,
non pas à l'insu du régime mais de façon sans doute moins coordonnée
qu'il n'y paraît. Les dirigeants iraniens aimeraient certainement
que les forces américaines et les troupes alliées se retirent
d'Irak, mais Téhéran souhaite également avoir à ses portes
un Irak stable[15]. Un État fort en Irak consacrerait le pouvoir
d'une majorité chi'ite ; et l'Iran, délivré (par les Américains)
d'un dangereux voisin, ne semble avoir aucune raison de vouloir
se priver d'un tel partenaire.
D'autre
part, diaboliser l'Iran sur le thème du terrorisme en Irak amène à sous-estimer
dangereusement une dimension essentielle des ambitions de puissance
régionale de Téhéran. C'est en effet ne pas reconnaître la spectaculaire
présence économique iranienne en Irak ; les envoyés
ou représentants d'entreprises iraniennes (potentiellement
liées aux Pasdarans) sont présents et actifs pratiquement dans
tout le pays. Par exemple, un groupe iranien de travaux publics
a ouvert le chantier de construction d'un aéroport à Najaf
officiellement pour acheminer des pèlerins, mais sûrement également
pour dynamiser les opérations commerciales. Les deux pays ont
signé d'importants accords dans des secteurs aussi divers que
l'automobile, la construction, les communications et le tourisme,
dont, entre autres, un accord sur la fourniture massive de
ciment ou encore le projet de construction d'un oléoduc pour évacuer
du brut irakien vers des raffineries iraniennes. L'Irak est
un marché sur lequel la République islamique nourrit de vastes
et très concrètes ambitions. Téhéran étant devenu une puissance
régionale incontournable pour stabiliser l'Irak, il dispose
de moyens de pression sur Washington. Comme le note justement
Hosham Dawod[16], Téhéran pourrait être tenté de
monnayer ceci contre la possession ou la capacité de fabriquer
une bombe nucléaire ou, du moins, contre une sortie de crise.
Paradoxalement, les dirigeants iraniens avaient communiqué aux
Américains à plusieurs reprises dans le passé leur désir (intéressé)
d'un retour à l'ordre en Irak et leur disposition à y concourir.
La posture défiante de la présidence d'Ahmadinejad conjuguée à un
refus obstiné des néoconservateurs de Washington n'ont pas
permis d'aller plus loin dans ces conversations ; mais
les contacts discrets ne sont pas rompus.
Ainsi,
plusieurs signaux témoignent d'une prise de conscience du rôle incontournable
de l'Iran dans un processus de stabilisation de l'Irak. Un
document important, rédigé sous la direction de James Baker
et Lee Hamilton, pose un diagnostic lucide sur la situation
irakienne et invite à impliquer l'Iran dans une démarche destinée à consolider
l'État irakien[17]. Ce rapport a été immédiatement accompagné de
réflexions d'experts qui concluent dans le même sens :
l'Iran est un acteur incontournable qui doit être impliqué dans
ce processus et qui n'a pas vocation à entretenir le chaos
existant[18].
Ali Larijani a, pour sa part, déclaré que l'Iran était disposé à aider
Washington en Irak à condition que les États-Unis changent
de politique, c'est à dire qu'ils quittent le pays. Ainsi présentée,
cette offre n'a guère de chances d'être acceptée, car elle
revient à obliger les États-Unis à capituler. C'est en outre
une façon pour l'Iran de signifier qu'il est en position de
force sur ce terrain et que ceci fait partie d'une négociation
plus globale, dont le nucléaire fait assurément partie. Toutefois,
ce signal doit être aussi décodé comme une invitation à un
dialogue réaliste.
Un
contresens analogue a conduit les monarchies sunnites à agiter
le spectre d'un arc
chi'ite sous le leadership de Téhéran. Cet arc constituerait
une dangereuse menace d'hégémonie et de constitution d'un bloc
susceptible de saper l'ordre saoudien et jordanien, et d'y
semer l'agitation parmi les minorités non sunnites, afin de
prendre le contrôle du Golfe. Les religieux iraniens tenteraient
par là d'exporter le modèle du velayat-e faqih. Ce fantasme
n'a pas résisté longtemps à l'analyse. Les chi'ites iraniens
ne sont en rien monolithiques[19] et
sont plus que jamais divisés (à la grande contrariété de Téhéran).
Même si les échanges entre les centres de Najaf, Kerbala et
Qom sont constants, la plupart des chi'ites irakiens ne reconnaissent
pas l'autorité des séminaires iraniens. L'ayatollah al-Sistani
(d'origine iranienne) qui, jusqu'à son récent retrait, exerçait
une autorité morale sur la communauté n'entendait pas instaurer
le velayat-e faqih, mais cela ne l'empêchait pas de
prôner une islamisation de la société. Les chi'ites irakiens
sont éclatés en factions rivales tout en étant nationalistes,
ce qui exclut tout « arc » ou « croissant chi'ite ».
La crise politique de décembre 2006, au cours de laquelle Moqtada
al-Sadr s'est retiré du gouvernement (pour protester contre
la rencontre en novembre du premier ministre irakien Nouri
al-Maliki) puis finit par accepter d'y revenir au nom de « l'unité chi'ite »,
suite à une médiation de l'ayatollah Sistani, montre à quel
point les groupes chi'ites sont morcelés en factions opposées.
Aux rivalités idéologiques s'ajoutent des concurrences maffieuses :
Sadr, dont les effectifs ont connu de lourdes pertes lors de
violents affrontements avec les troupes américaines en début
2007, ne contrôle pas vraiment toute sa milice infiltrée de
délinquants. Le SCIRI (Supreme Council of Islamic Revolution
in Iraq ou « Conseil suprême de la Révolution islamique
en Irak ») songeait à constituer une coalition avec l'Alliance
kurde et le Parti islamique irakien, de tendance sunnite, en
vue d'exclure Sadr.
La
crise libanaise, marquée par l'offensive puis le retrait israélien, est aux
yeux de bien des observateurs un tournant dans les rapports
de force régionaux. Tout ou presque a été écrit sur les succès
tactiques inattendus du Hezbollah libanais et sur le prestige
politique considérable que ce dernier et surtout son chef,
cheikh Hassan Nasrallah, ont acquis, tant au Liban que dans
l'ensemble du monde arabe. La « rue arabe » plébiscite
le secrétaire général du Hezbollah, au grand dam des monarchies
du Golfe, dont les dirigeants, généralement hostiles aux initiatives
de l'organisation chi'ite, sont contraints d'applaudir timidement à son
succès avant d'afficher leur inquiétude de voir se répandre
une contagion dans les minorités chi'ites et le fameux « arc
chiite », ignorant l'arabité fondamentale des populations
et les crises sociales et de représentation politique en cours.
La très forte implication de l'Iran dans les activités du Hezbollah
libanais (financement considérable, fournitures de matériels
et instructeurs, entraînements en Iran, etc.) a rapidement
fait croire que la formation chi'ite n'est qu'une simple courroie
de transmission au service des intérêts iraniens, un mode d'exercice
de la puissance iranienne et donc, à ce titre, une menace existentielle
pour Israël. La présence de responsables iraniens au sein même
des instances dirigeantes du Hezbollah, la concertation permanente
avec les diplomates de Téhéran et l'affichage spectaculaire
en Iran d'une solidarité active avec le Hezbollah, renforcent
cette impression, d'autant plus confortée par le renforcement
des mécanismes de coopération militaire entre responsables
pasdarans et le Hamas palestinien.
En
rester à ces
impressions nous ferait passer à côté d'une analyse stratégique des
rapports de force et des objectifs de ces acteurs. En premier
lieu, les convergences d'objectifs et l'étroite coordination
entre le Hezbollah libanais et les représentants de Téhéran
ne démontrent pas pour autant que les dirigeants du Hezbollah
ne sont que des exécutants d'ordres venus d'Iran[20].
Au contraire, malgré les convergences évoquées, l'organisation
libanaise ne semble privée ni de son autonomie de décision ni
de la maîtrise de son calendrier. Par ailleurs, comme
ce fut démontré à plusieurs reprises, la convergence entre
les deux acteurs n'exclut pas qu'ils aient des objectifs politiques
différents. Le Hezbollah, dont l'alibi de posture militaire
se base sur ses demandes du retrait israélien des fermes de
Chebaa, sait bien qu'en cas d'accord sur ce contentieux il
sera condamné à une reconversion politique[21].
Les fortes pressions du Hezbollah (manifestations de masse
et appels à la démission du gouvernement Siniora depuis décembre
2006) et de ses alliés (le chrétien Michel Aoun a déclaré son
appui au Hezbollah, estimant que ce dernier ne veut pas installer
un régime islamique totalitaire à la solde de la Syrie et de
l'Iran) ont toutes les apparences de tentatives de « coup
de force » pour prendre le pouvoir et servir les intérêts
iraniens, comme la grève générale du mardi 23 janvier 2007,
au cours de laquelle la tension est montée au point d'arriver
au bord de la guerre civile, le démontra.
Si
tout renforcement du Hezbollah est très largement soutenu par l'Iran, ces manœuvres
doivent cependant être comprises au regard du fort complexe échiquier
interne libanais : alors que le Hezbollah veut s'y positionner
dans le cadre d'une future recomposition politique, la perspective
d'un leadership chi'ite inquiète beaucoup les pays arabes sunnites,
qui ont apporté leur concours aux sunnites et au premier ministre
libanais. L'Arabie saoudite a non seulement promis des dons
financiers dans le cadre de la Conférence des donateurs Paris
3, le 25 janvier 2007, mais elle a aussi eu des entretiens
avec Ali Larijani à Téhéran pour tenter de trouver une issue à la
crise ; des échanges de vues ont également eu lieu à Riyad
avec le Hezbollah. Encouragée à multiplier les démarches par
son secrétaire général Amr Moussa, la Ligue arabe a entrepris
une médiation en vue de faciliter la formation d'un gouvernement
d'union nationale et de traiter de la question du tribunal « international » chargé de
juger les coupables de l'assassinat de Rafic Hariri. Notons
par ailleurs les actions de financement du Qatar pour l'assistance
humanitaire aux victimes libanaises, afin de ne pas laisser
au Hezbollah le « monopole » de cette assistance
et l'influence qui en découle. L'Arabie saoudite joue un rôle
pivot car dans son dialogue avec les iraniens, lors de plusieurs
rencontres au cours desquelles ceux-ci protestent de leurs
intentions pacifiques et stabilisantes, Riyad fait aussi « passer
des messages » clairs à Téhéran sur d'autres thèmes :
invitation ferme à négocier avec les Américains sur le nucléaire,
abstention de toute posture menaçante pour les pays du Golfe
et retenue dans l'assistance au Hezbollah et dans les ingérences
en Irak. En échange, les Iraniens essaient de recueillir un
appui de Riyad pour dissuader Washington d'entreprendre une
action militaire. À cet effet, les dirigeants du royaume ont
rappelé leur hostilité aux implications des puissances occidentales
dans ces dossiers, qui doivent être réglés à l'échelon régional.
Pour conclure sur l'issue de l'impasse libanaise, celle-ci
passe-t-elle par un nouvel accord de Taief ?
Il
n'est donc pas certain que la « main de Téhéran » soit
l'unique moteur du processus libanais ni que cette situation
demeure durablement à son
avantage. Si, en outre, la Syrie se voyait complètement
affaiblie ou contrainte de mettre un terme au différend
avec Israël sur
le Golan, des perspectives nouvelles s'ouvriraient. Des observateurs
ont noté avec intérêt la déclaration
dans des médias américains
du ministre syrien des Affaires étrangères, qui
laissa entendre que Damas était disposé à ouvrir
des négociations avec Israël
sans conditions[22]. Les mêmes sources constatent,
d'une part, la tournée de visites du président
syrien al-Assad au Yémen et dans les Émirats,
ainsi que sa rencontre avec le président Poutine à Moscou,
et, à l'inverse, le fait qu'il
ait décliné une invitation à Téhéran.
Sans tirer de conclusions hâtives sur un éventuel relâchement
des liens Syrie-Iran, il est permis de se demander si le président
syrien n'est pas en train de réexaminer ses différentes
options. Même si des
rumeurs circulent quant à un possible affrontement armé avec
Israël, si les négociations (sur le Golan) aboutissaient,
des éléments
artificiels de tension perdraient leur raison d'être
; et si Israël parvenait à rétablir un processus
de négociations
avec le gouvernement palestinien, les conséquences pour
la région seraient considérables : les limites
de la puissance attribuée à l'Iran dans cette
zone se trouveraient mises en évidence.
En
effet, la crise libanaise a créé une illusion dont Téhéran a largement profité.
Cette illusion est dangereuse car elle conforte l'axe Iran-Syrie
et peut pousser les deux alliés à prendre des initiatives aventureuses.
Contrairement aux apparences, l'Iran ne détient pas de clé significative
sur le dossier israélo-palestinien mais tout au plus des capacités
de nuisance (certes plus importantes qu'auparavant) via
le Hezbollah et l'appui accordé au Hamas et au Jihad islamique.
Les projets des Pasdarans de renforcer l'appui militaire (entraînement
et matériel) au Hamas ne sont autres qu'une volonté d'engranger
les bénéfices tactiques de la crise libanaise. En réalité,
l'Iran ne maîtrise pas ce dossier, comme en témoignent les
oscillations entre déni d'Israël et acceptation forcée (si
les Palestiniens le demandent) d'une solution à deux États.
L'affichage visible d'appuis financiers et militaires au Hamas[23] ne
doit pas faire illusion. L'Iran est une puissance moyenne qui
ne s'est jamais vraiment remise de la disparition de l'URSS,
avec qui la République islamique partageait des objectifs stratégiques.
L'option projetée de Téhéran pourrait être de créer une capacité de
nuisance pour Israël telle qu'elle puisse constituer un élément
de dissuasion sur le terrain nucléaire. Mais n'est-ce pas attirer
le péril ? Si les éléments de conflictualité que nous
venons de citer trouvaient le chemin de l'apaisement, les limites
du poids de l'Iran sur ce théâtre seraient plus perceptibles.
CONCLUSION
Au
terme des réflexions
qui précèdent, une vision plus nuancée de la puissance iranienne
se dégage. Un autre exemple aurait pu être l'échec de la stratégie
asiatique iranienne au cours de la crise nucléaire : l'Inde,
partenaire « stratégique », a voté contre l'Iran,
qui fut pris au dépourvu[24],
et la Chine ne s'est pas opposée à la condamnation de l'Iran. À l'approche
de l'examen du cas iranien par le Conseil de sécurité, Téhéran
a déployé sa diplomatie pour tenter des stratégies de revers
avec ses partenaires européens, russes et chinois. Les projets
de consortiums européens pesaient dans les choix difficiles
des diplomates occidentaux. De même, malgré les annonces de
solidarité tiers-mondistes, il ne faut pas nourrir d'illusions
excessives sur l'axe latino-américain que Téhéran tente de
constituer à l'occasion de la tournée d'Ahmadinejad en janvier
2007 au Venezuela, au Nicaragua et en Équateur : le contentieux
argentin reste présent et les proclamations iraniennes suscitent
plutôt de la perplexité et des critiques.
La
puissance iranienne à l'échelle
régionale est une donnée géopolitique qu'il faut constater.
Mais est-elle par nature source de péril ? La communauté internationale
n'est pas dépourvue de cartes pour tenter d'en limiter la dangerosité.
L'extinction des différends précités avec le Liban et la Syrie,
et la reprise des négociations avec les palestiniens devraient être
des priorités absolues. Dans la crise nucléaire, Washington
détient les clés décisives : une garantie de « non
agression »[25] et une levée des sanctions économiques (loi
d'Amato) peuvent constituer le prélude à un « grand bargain » (« marché »).
L'alternative, à savoir faire fléchir l'Iran par la pression
jusqu'à l'effondrement du régime, est une option dont la validité est
chargée d'incertitudes. La persistance de l'impasse peut entraîner
une dérive et une perte de contrôle de cette crise. La situation
chaotique de l'Irak devrait inciter à la retenue.
Cela
dit, une part non négligeable de l'avenir dépend
de l'évolution du dossier
nucléaire. En votant à l'unanimité, le
23 décembre 2006, la
résolution
1737[26], prononçant
des sanctions contre l'Iran, le Conseil de sécurité des
Nations Unies a voulu lui adresser un avertissement. Mais ce
texte,
considérablement adouci après plusieurs semaines
de négociations
entre Occidentaux, Russes et Chinois, se borne à des
mesures limitées : interdiction de fournir à l'Iran
certains matériels
et technologies susceptibles de contribuer à l'arsenal
nucléaire
de Téhéran, gel d'avoirs de certaines entreprises
iraniennes ou d'individus relevant de ce secteur, selon une
liste fixée
en annexe, et limitation et vigilance sur les déplacements
d'Iraniens liés de près ou de loin aux « secteurs
sensibles ».
En cas de refus de l'Iran de cesser l'enrichissement de l'uranium
et tout développement de réacteurs à eau
lourde, des sanctions non militaires plus sévères
pourraient être prononcées au titre
de l'article 41 de la Charte. L'AIEA a été invitée à présenter
un rapport sur l'attitude iranienne dans un délai de
60 jours.
De
cette étape,
l'Iran ne sortit apparemment guère ébranlé (du moins le croit-il),
si ce n'est que Pékin et Moscou ont voté ce texte, ce qui reflète à la
fois une mauvaise humeur des alliés traditionnels de l'Iran
mais aussi leur ferme volonté de préserver leurs intérêts économiques
et commerciaux, et de ne pas vouloir donner l'impression de
consentir aux diktats de Washington. C'est davantage le fait
que le vote ait été acquis à l'unanimité qui humilie l'Iran.
La réaction de Téhéran a été sans surprise : aux protestations
d'usage a succédé l'annonce, dès le lendemain, d'un programme
d'installation de 3 000 centrifugeuses à Natanz et de la saisine
d'urgence du Majlis pour un projet de texte révisant les relations
de la République islamique avec l'AIEA. L'exécutif iranien
réfléchit évidemment à la posture qu'il va devoir adopter,
qui devra faire l'objet d'un consensus politique interne. Avant
même l'adoption de cette résolution, l'Iran avait déclaré son
intention de renoncer au dollar au profit de l'euro dans ses
transactions commerciales. Cette mesure est perçue comme une
riposte aux pressions américaines sur différents établissements
financiers enjoints de cesser toute relation avec l'Iran ;
mais elle pourrait tout autant refléter une gestion « prudentielle » des
devises liée à la montée du cours de l'euro face au dollar.
D'autres pays ont d'ailleurs révisé la composition de leurs
réserves à cet égard ; il ne faut donc pas exagérer la
portée de cette annonce, sachant que le pétrole reste coté en
dollars.
Cependant,
les dernières semaines ont fait naître une prise de conscience
de la fragilité économique de l'Iran. D'une part, la situation économique
du pays est fragilisée par une conjonction de facteurs :
la politique chaotique du président, l'inflation qui a repris
une ascension préoccupante, le chômage croissant, les pouvoirs
publics qui n'ont pas résolu les défis prioritaires (comme
l'a vigoureusement dénoncé un groupe de parlementaires du Majlis),
la limitation des importations de produits pétroliers raffinés,
et le contrôle de la consommation d'essence et des subventions.
Les ponctions dans les recettes pétrolières assèchent les réserves en
devises ; en sus, les pressions du Trésor américain sur plusieurs établissements
financiers occidentaux[27] (les noms UBS, Crédit Suisse
et ABN Amro sont cités mais prudence est de mise sur ce point)
ont conduit à l'annulation de financement de projets. Le Japon
a été conduit à réviser sa position sur divers accords. D'autre
part, en vertu de la résolution du Conseil de sécurité, la
banque iranienne Sepah a reçu l'interdiction d'effectuer
des transactions avec les Occidentaux car elle serait impliquée
dans le financement de l'outil nucléaire militaire de Téhéran.
Il s'avère donc que l'étau financier commence à susciter de
fortes inquiétudes chez les Iraniens, qui commencent à se demander
si les investissements si nécessaires ne seraient pas mis en
péril. Par ailleurs, la raréfaction à terme inconnu des réserves
d'hydrocarbures[28], qui impose à l'Iran non seulement de développer d'urgence
son outil de production et de raffinage mais aussi de faire
croître la production d'électricité nucléaire, fait peser une
lourde hypothèque sur le pays.
Au
total, les États-Unis pèsent
sur l'Iran sur plusieurs fronts : aux plans économique
et financier s'ajoute une série de signaux forts. Le
raid conduit par des forces spéciales américaines
le 11 janvier 2007 à Arbil,
dans le Kurdistan irakien, contre un local de statut indéterminé (il
n'est pas officiellement déclaré être un
consulat), constitue un vigoureux avertissement et un précédent
; le local abritait des membres du personnel iranien, qui,
accusés d'être
des agents des services spéciaux fomentant des projets
subversifs, furent arrêtés. Si l'on en croit le
discours de George Bush sur l'Irak, il semblerait que la Maison
Blanche se détourne
du plan Baker-Hamilton et veuille s'attaquer aux « ingérences
iraniennes », ceci tout en augmentant le dispositif naval
dans le Golfe Persique et tandis que courent aux États-Unis
comme en Israël maintes rumeurs sur le caractère inévitable
d'un conflit armé si la voie diplomatique échouait.
S'agit-il d'une préférence donnée à la
carte militaire en poussant l'Iran « à la
faute », ou de la volonté de rendre crédibles
ces pressions afin d'aboutir à une solution négociée
? Il n'existe pas de réponse à cette question,
la vérité empruntant sans doute à ces
diverses hypothèses.
Enfin,
l'Iran rêve-t-il
d'éliminer l'influence occidentale au Moyen-Orient ? Ce
n'est pas certain ; Téhéran souhaite probablement un rééquilibrage
des forces en sa faveur, mais le président et ses alliés n'ont
pas compris que la population iranienne elle-même est attirée
par l'Occident. L'obstacle n'est peut-être pas là où les conservateurs
iraniens l'imaginent, mais à l'intérieur même de la société iranienne.
*Michel
Makinsky est chargé d'enseignement sur l'Iran à l'École supérieure
de commerce et de management de Poitiers, et conseiller scientifique à l'université de
Liège.
NOTES
[2] Selon
un rapport du Saudi National Security Assessment Project (« Projet
d'évaluation de la sécurité nationale saoudienne »),
les services armés iraniens fournissent du matériel et de
l'entraînement aux milices chi'ites, tandis que diverses
organisations caritatives financent écoles et hôpitaux. Voir,
Sharon Behn, The Washington Times, 18 décembre 2006.
Ce rapport présente des constatations pour l'essentiel exactes
mais pas inédites ; il doit cependant être considéré avec
circonspection car il s'agit principalement du support d'un « message » saoudien
laissant planer la perspective d'un engagement de Riyad aux
côtés des sunnites irakiens, notamment au cas où Washington
se retirerait de l'Irak. Voir aussi, Helene Cooper, « Saudis
Give a Grim 'What if' Should U.S. Opt to Leave Iraq » [« Les
Saoudiens conçoivent un 'Et si' morose si les États-Unis
décident de sortir d'Irak »], The New York Times,
13 décembre 2006.
[3] Pour
une présentation des positions iraniennes classiques sur
ce dossier, voir, Pirouz Mojtahed-Zadeh, « International
Seminar on the UAE and the Iranian Islands of Tunbs and Abu
Musa » [« Séminaire international sur les Émirats
Arabes Unis et les iles iraniennes de Tomb et Abou Moussa »], Payvand's
Iran News, 31 mai 2006, http://www.payvand.com/news/06/jun/1108.html.
[4] Emile
El-Hokayem et Matteo Legrenzi, « The Arab Gulf States
in the Shadow of the Iranian Nuclear Challenge » [« Les États
arabes du Golfe dans l'ombre du défi nucléaire iranien »],
Working Paper, The Henry L. Stimson Center, 26 mai 2006 ;
voir aussi, Mustafa Alani, « Gulf Cooperation Council
States Probable Attitude Towards a Military Action Against
Iran » [« Le Conseil de coopération du Golfe décrit
l'attitude probable face à une action militaire en Iran »],
Gulf Research Center, Policy Paper, 2004.
[5] Michel
Makinsky, « L'Iran, un pouvoir paralysé », Cahiers
d'Études de la Méditerranée Orientale et du Monde Turco-Iranien
(CEMOTI), no. 32, 2002 ; voir aussi, Michel Makinsky, « L'Iran
entre brouillard et tempêtes », CEMOTI, no. 37,
2004.
[6] Michel
Makinsky, « La nouvelle présidence iranienne :
un jeu à multiples inconnues », Politique étrangère,
no. 3, automne 2005.
[8] Ayeleth
Savyon, « Power Struggle in Iran - Part II: Election for
the Assembly of Experts » [« Rapports de force en Iran
- deuxième partie : élection de l'Assemblée des Experts »],
MEMRI, Inquiry and Analysis Series, no. 278, 1er juin
2006 ; voir aussi, Bill Samii, « Iran: No letup in Election
Controversy » [« Iran : pas de pause dans la controverse
des élections »], RFE/RL News Analysis, 29 août
2006 ; Faraj Sarkouni, « The Election of the Assembly of
Experts » [« L'Élection de l'Assemblée des Experts »], Gozaar,
no. 1, septembre 2006, http://www.gozaar.org/template1_en.php?id=228.
[9] Delphine
Minoui, « La baisse des cours du pétrole fragilise l'Iran », Le
Figaro, 11 octobre 2006. 150 parlementaires ont fustigé la
politique économique du président : voir Robert Tait, « President's
future in doubt as MPs rebel and economic crisis grows » [« Futur
du président compromis : des membres du Parlement se
rebellent et la crise économique s'aggrave »], The
Guardian, 16 janvier 2007. Voir aussi, Abbas Bakhtiar, « Ahmadinejad's
Achilles Heel: Teh Iranian Economy » [« Le Talon
d'Achilles d'Ahmadinejad : l'économie iranienne »],
25 janvier 2007, http://www.payvand.com/news/07/jan/1295.html ;
et Vahid Sepehri, « Iran: Foes Challenge President's
Economic Rhetoric » [« Iran : des ennemis
questionnent la rhétorique économique du président »], RFE/RL,
22 janvier 2007.
[10] Hossein
Bastani, « Ahmadinejad in Touch with the
12th Imam » [« Ahmadinehad en contact avec le douzième
imam »], Rooz Online, 11 décembre 2005, http://r0ozonline.com/english/012416.shtml ;
Golnaz Esfandiari, « Iran's President Says Light Surrounded
Him During UN Speech » [« Le Président iranien
dit qu'une lumière l'entourait pendant son discours à l'ONU »], RFE/RL,
29 novembre 2005, http://www.rferl.org/featuresarticle/2005/11/184cb9fb-887c-4696-8f54-0799df747a4a.html ;
Mouna Naïm, « M. Ahmanidejad attend le retour du Mahdi », Le
Monde, 1er décembre 2006 ; Iqbal Latif, « 'Mahdaviat',
Iran President's '12th Imam' Fascination » [« 'Mahdaviat'
: la fascination du président iranien pour le douzième imam »], Persian
Journal, 2 septembre 2006.
[11] Sur
les structures de décision de la politique étrangère iranienne,
voir, Amir Ali Nourbakhsh, « Iran's Foreign Policy & its
Key Decision Makers » [« La politique étrangère
de l'Iran et ses décisionnaires clés »], The Tharwa
Project, 18 avril 2005 ; Bill Samii, « Iran: President
Still in Charge of Nuclear Program, Despite Speculation To
The Contrary » [« Iran : le président est toujours
chargé du programme nucléaire malgré des spéculations disant
le contraire »], RFE/RL, 1er novembre
2005, http://www.rferl.org/featuresarticle/2005/11/c3b2168c-ae56-4e01-b919-eb803ab472f6.html ;
Abbas William Samii, « The Iranian Nuclear Issue and Informal
Networks » [« La Question du nucléaire iranien
et les réseaux informels »], Naval War College Review,
vol. 59, no. 1, 20 mars 2006 ; Gareth Smith, « Khamenei
Appoints Body to Oversee Iran's Foreign Policy » [« Khamene'i
désigne un organisme pour superviser la politique étrangère
de l'Iran »], Financial Times, 27 juin 2006 ;
Ayelet Savyon, « Power Struggle in Iran - Part III: Iran
Establishes Foreign Relations Steering Council » [« Rapports
de force en Iran - troisième partie : l'Iran crée le
Conseil d'orientation pour les relations étrangères »], MEMRI
Inquiry and Analysis Series, no. 283 ; Bill Samii, « Iran:
New Foreign Policy Council Could Curtail Ahmadinejad's Power » [« Iran :
le nouveau Conseil pour la politique étrangère pourrait restreindre
le pouvoir d'Ahmadinejad »], RFE/RL, 29 juin
2006, http://www.rferl.org/featuresarticle/2006/06/ae0c686d-4809-4f2d-938e-8838f0ff6714.html.
[12] Fariba
Adelkhah, Jean-François Bayart et Olivier Roy, Thermidor
en Iran, Complexe, Paris, 1993, p. 91.
[13] Texte
du discours au Conseil de la révolution culturelle suprême,
par le secrétaire du Conseil suprême pour la sécurité nationale,
Hassan Rohani : « Beyond the Challenges Facing
Iran and the AIEA Concerning the Nuclear Dossier » [« Au-delà des
défis auxquels l'Iran et l'AIEA doivent faire face quant
au dossier nucléaire »], Rahbord, 25 septembre 2005,
pp. 7-38, FBIS-IAP20060113336001, analysé par Chen Kane, « Nuclear
Decision-Making in Iran : A rare Glimpse » [« La
Prise de décision nucléaire en Iran : un rare aperçu »], Middle
East Brief, no. 5, mai 2006.
[14] Ellen Knickmeyer, « British
Find no Evidence of Arms Traffic from Iran » [« Les
Anglais ne trouvent aucune preuve du trafic d'arme en provenance
de l'Iran »], The Washington Post, 4 octobre
2006 ; voir aussi les propos du leader chi'ite irakien Abdul
Aziz al-Hakim démentant les déclarations américaines sur
les ingérences iraniennes, AP, 29 août 2006. En sens inverse,
voir, « A Fresh Supply of Iranian Weapons for New Batch of
Iraqi Shiite Terrorists » [« Une récente livraison d'armes
iraniennes pour un nouveau groupe de terroristes chi'ites
irakiens »], DEBKAfile Exclusive Report, 15 mai
2006 ; Amit R. Paley and Saad al-Izzi, « Two of Iraq's Shiite
Parties Denounce Iran » [« Deux des partis chi'ites
irakiens dénoncent l'Iran »], The Washington Post,
19 août 2006 ; Toby Harnden, « Three Iranian factories 'mass-produce
bombs to kill British in Iraq' » [« Trois usines
iraniennes 'fabriquent des bombes en masse pour tuer les
Anglais en Irak' »], The Telegraph, 20 août 2006.
[15] G.
Esfandiari, « Ahmadinejad Declares Ties with Iraq 'Excellent' » [« Ahmadinejad
déclare que ses rapports avec l'Irak sont 'excellents' »], RFE/RL,
12 septembre 2006. Le président iranien a assuré le premier
ministre irakien de son concours pour renforcer la stabilité du
pays. Voir aussi, Le Monde, 15 septembre 2006.
[16] Hosham
Dawod, « L'Irak, un enjeu stratégique dans le duel entre
Téhéran et Washington », Le Monde, 31 mai 2006 ;
voir aussi, Vali Nasr, « When the Shiites Rise » [« Quand
les Chi'ites montent »], Foreign Affairs, juillet/août
2006.
[17] Iraq
Study Group, « The Iraq Study Group Report » [« Rapport
du groupe d'étude sur l'Irak »], New-York, 2006.
[18] International
Crisis Group, « After Baker - Hamilton: What to do in Iraq » [« Après
Baker -Hamilton : que faire en Irak? »], Middle East Report,
no. 40, 19 décembre 2006. Voir aussi, Bahram Rajaee, « Implementing
the Iraq Study Group's Recommendations on Iran » [« Appliquer
les recommandations du groupe d'étude sur l'Irak »], NIAC
Issue Brief, 20 décembre 2006.
[19] Notamment,
des dignitaires religieux chi'ites comme Mahmoud al-Hasani
sont résolument hostiles à l'Iran ; voir, Sami Moubayed, « Mahmud
al-Hasani: A profile of Iraq's Rising Shiite Leader » [« Mahmoud
al-Hasani : profil du nouveau leader chi'ite »], Terrorism
Focus, Jamestown Foundation, vol. 3, no. 35, 12 septembre
2006.
[20] Anthony H. Cordesman, « Preliminary 'Lessons' of
the Israeli-Hezbollah War » [« Premières 'Leçons' de
la guerre entre Israël et le Hezbollah »], Center for
Strategic and International Studies, Working draft, 17 août
2006. Voir aussi, Graham Fuller, « The Hizbollah - Iran Connection » [« La
Connexion Hezbollah - Iran »], The Washington Quarterly,
vol. 30, no. 1, hiver 2006/2007.
[21] Voir Joseph Alagha, « Le Hezbollah joue
sa survie », Le Figaro, 11 décembre 2006, et
son ouvrage : Joseph Alagha, The Shifts in Hizbullah's
Ideology [Les Changements dans l'idéologie du Hezbollah],
Amsterdam University Press, Amsterdam, 2006. Voir aussi,
Nicholas Blanfod, « In Lebanon, Hizbullah's rise provokes
Shiite dissent » [« Au Liban : la montée du Hezbollah
provoque des protestations chi'ites »], Christian
Science Monitor, 15 décembre 2006.
[22] Iason
Athanasiadis, « Syria flirts with the West » [« La
Syrie flirte avec l'Occident »], Asia Times Online,
22 décembre 2006.
[23] « Hamas
- Iran Alliance: A Blessing for the Palestinian People ? » [« L'Alliance
Hamas - Iran : une bénédiction pour le peuple palestinien ? »], Al
Bawaba, 23 décembre 2006 ; Avi Issacharoff, « Haniyeh
in Tehran: Iran gives us 'strategic depth' » [« Haniyeh à Téhéran :
l'Iran nous donne une 'profondeur stratégique' »], Haaretz,
10 décembre 2006.
[24] Michel
Makinsky, « La République islamique après les Présidentielles
de juin 2005 : un Iran sûr de lui et dominateur ? », Géoéconomie,
no. 36, hiver 2005/2006.
[25] Ne
pas envisager une certaine forme de garantie ni une perspective
de levées des sanctions est une faiblesse des propositions
adressées aux Iraniens en échange de la cessation de l'enrichissement.
Une sortie de crise devrait prendre ces deux aspects en considération.
Voir, Gareth Porter, « Assessing the P5+1 package to
Iran » [« Évaluation du package P5+1 accordé à l'Iran »], NIAC
Issue Brief, 11 août 2006 ; Keith Putnam-Delaney & Paul
Ingram, « Resolving the nuclear dispute with Iran by negotiation » [« Résoudre
la dispute nucléaire avec l'Iran par la négociation »], Basic
Notes, 31 août 2006.
[26] Texte
et présentation dans, « Security Council imposes sanctions
on Iran for failure to halt uranium enrichment, unanimously
adopting Resolution 1737 (2006) » [« Le Conseil
de sécurité impose des sanctions à l'Iran
en raison de son échec
quant à la cessation de l'enrichissement de l'uranium,
adoptant à l'unanimité la
Résolution 1737 (2006) »], 23 décembre 2006, http://www.un.org/News/Press/docs/2006/sc8928.doc.htm.
[28] Voir
Roger Stern, « The Iranian Petroleum Crisis and the United
States National Security » [« La Crise iranienne du pétrole
et la sécurité nationale des États-Unis »],
Proceedings of the National Academy of Sciences the United
States, 26 décembre
2006.
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