



|
CHI'ISME
ET SUNNISME : VERS UNE RADICALISATION DES DISSENSIONS[1]
Ely
Karmon*
L'existence
de deux tendances islamistes concurrentes au sein du monde
musulman--le modèle chi'ite révolutionnaire iranien opposé au
modèle sunnite radical wahhabite ou salafiste--est un facteur
déterminant dans la stratégie des nombreux groupes terroristes
agissant au Moyen-Orient. Ceci est illustré par le conflit
ouvert opposant groupes chi'ites et sunnites au Pakistan,
en Afghanistan et en Irak, ainsi que récemment au sujet
de la guerre menée par le Hezbollah contre Israël. Ainsi,
depuis le 11 septembre 2001, et plus spécifiquement depuis
la guerre en Irak, on peut s'interroger sur l'origine de
ces conflits et leur influence sur une éventuelle coalition
comprenant sunnites radicaux d'al-Qa'ida et forces chi'ites
présentes dans la région.
La
guerre en Irak est à l'origine d'un changement considérable au Moyen-Orient
et dans l'ensemble du monde musulman. Pour la première fois,
un pays arabe est sous domination chi'ite. Toutefois, l'Occident
n'a pas encore saisi la pleine signification du renouveau
chi'ite : il n'est pas exclu que de nombreux régimes
politiques de la région, où les Chi'ites sont majoritaires
ou représentent une importante minorité, subissent de profonds
changements.
Depuis
le 11 septembre 2001, et plus spécifiquement depuis la guerre en
Irak, l'une des questions importantes consiste à se demander
si une coalition comprenant sunnites radicaux et forces chi'ites
présentes dans la région pourrait en effet se concrétiser.
Parmi
les différentes
tentatives d'al-Qa'ida pour unifier la Oumma musulmane, la
première était la formation
du Front islamique mondial (FIM) pour la lutte contre les
Juifs et les Croisés, tel que ben Laden l'annonça le 22 février
1998. L'objectif était de former une alliance internationale
composée d'organisations et de groupes islamistes sunnites,
ainsi que de dignitaires musulmans partageant une idéologie
politique et religieuse commune et se retrouvant autour d'une
stratégie mondiale de Guerre sainte (jihad). Toutefois, ce
mouvement, ou cette structure, n'exista pratiquement pas
en tant qu'organisation opérationnelle : les trois attentats
terroristes organisés entre février 1998 et le 11 septembre
2001--les attentats à la bombe contre les ambassades américaines
en Afrique en août 1998, l'attaque de l'USS Cole en
octobre 2000, puis les attentats du 11 Septembre aux États-Unis--étaient
en fait l'œuvre du noyau dur d'al-Qa'ida. Au lendemain de
la guerre en Afghanistan, au cours du printemps 2002, le
FIM fut rebaptisé Qa'idat al-jihad (" Base du
jihad "), peut-être restructuré aussi, et l'appellation
FIM pratiquement disparut.
Depuis
la fin de la guerre en Afghanistan et jusqu'aux attentats
de Madrid
en mars 2004, tous les attentats terroristes ayant abouti
visaient des pays musulmans (et des communautés musulmanes
comme celle de Mombassa au Kenya), ceci en dépit des menaces
répétées par ben Laden, al-Zawahiri et autres porte-paroles
d'al-Qa'ida, de frapper implacablement le cœur des États-Unis
et le monde occidental. Des groupes locaux ou régionaux affiliés à al-Qa'ida étaient
essentiellement responsables de ces opérations. Ceux-ci incluent
les factions salafistes en Tunisie et au Maroc, les islamistes
yéménites, ou encore la Jema'a Islamiyya indonésienne (un groupe dirigé par
Abu Bakar Bashir depuis l'Indonésie, mais comportant des
ramifications malaisiennes, philippines et singapouriennes
oeuvrant à la formation d'un nouvel État régional islamique).
Même les attentats-suicides perpétrés en Arabie saoudite
en mai 2003 n'ont pas été clairement attribués aux dirigeants
d'al-Qa'ida[2].
Dans
l'un des premiers documents d'al-Qa'ida, intitulé " Troisième
lettre adressée au Corps d'Afrique ", l'un des stratèges
de l'organisation avait déjà mis l'accent sur la difficulté de
construire une coalition :
Nous
devons absolument nous éloigner de toute tentative de
fusion structurelle, car l'expérience concrète des Musulmans
nous a démontré que toute tentative de fusion engendre
nombre de divisions et de ruptures. C'est pourquoi, toute
tentative
de fusion doit prendre fin. Nous devons nous satisfaire
d'une coordination dans des domaines concrets. À travers
cette dernière, il pourra être élaboré un véritable travail
préparatoire
conduisant à une unité structurelle dans un avenir lointain,
ou jusqu'à ce que Dieu veuille faire apparaître
le Mahdi[3].
Depuis
la nomination d'Abu Musab al-Zarqawi au poste de porte-parole
d'al-Qa'ida
en Irak par ben Laden en décembre 2004, des désaccords
croissants d'ordre stratégique et tactique sont apparus
entre les différents chefs des mouvements jihadistes. Ceux-ci
se rapportent à trois points essentiels[4] :
-
La
nécessité de définir le front où se déroulera
la plupart des affrontements, suite au déclenchement
de l'activité terroriste
jihadiste en Arabie saoudite en mai 2003 : l'Irak, l'Arabie
saoudite ou peut-être l'Égypte.
-
Le
meurtre de Musulmans innocents : Le nombre croissant
de Musulmans innocents
tués lors d'attentats
terroristes suite à l'accroissement de la violence en
Irak et en Arabie saoudite a engendré des réactions négatives
parmi l'opinion publique arabe, ce qui a entraîné la
nécessité de
définir des " lignes rouges " tactiques.
-
Le
fossé entre Sunnites et Chi'ites, lequel
représente probablement l'enjeu le plus important
au Moyen-Orient. En effet, la communauté chi'ite à été désignée
comme le principal ennemi du mouvement sunnite jihadiste,
du fait de l'accroissement
de son statut politique et stratégique en Irak, et
de la menace potentielle qu'elle représente dans
la région du Golfe
tout entière.
UNE COALITION
AU SEIN DU CAMP ISLAMISTE EST-ELLE DURABLE ? LES DISSENSIONS
ENTRE SUNNITES ET CHI'ITES
Les
nombreux conflits religieux, politiques, socio-économiques et parfois
ethniques qui existent entre communautés sunnites et chi'ites
au sein du monde musulman ont un impact sur le comportement
d'organisations plus radicales, ainsi que sur les acteurs étatiques
les soutenant, lesquels peuvent se servir de ces conflits
dans un but idéologique et tactique, pour renforcer la solidarité avec
les groupes alliés. L'existence de deux tendances islamistes
parallèles--le modèle chi'ite révolutionnaire iranien opposé au
modèle sunnite radical wahhabite ou salafiste--modifie l'idéologie
et la stratégie des nombreux groupes violents agissant dans
le monde musulman. Ceci est clairement illustré par la guerre
terroriste ouverte opposant groupes chi'ites et sunnites
au Pakistan, en Afghanistan et en Irak, ainsi que, récemment,
au sujet de la guerre menée par le Hezbollah contre Israël.
Quelles
sont les origines de ces conflits et comment influent-ils
sur la potentialité d'une coalition entre sunnites radicaux
d'al-Qa'ida et chi'ites radicaux du camp iranien ?
Selon
le poète
syrien Ali Ahmad Saïd Isbir :
L'histoire
des Musulmans depuis la création de l'État islamique
[est] une guerre permanente et sans fin qui s'acharne à nier
l'existence d'un pluralisme au sein de l'islam,
sur le fondement qu'il n'existe qu'un seul centre
du pouvoir, qui prend sa
source dans une religion unique. Ce conflit ne
prit jamais fin : d'une manière ou d'une autre,
son ardeur ne s'est jamais épuisée, non seulement
au sein des deux groupes antagonistes, les Sunnites
et les Chi'ites, mais également parmi les groupes
moins connus et moins impliqués.[5]
Le
chi'isme compte près de 130 millions d'adeptes et représente quelques
dix pour cent du 1,3 milliard de Musulmans dans le monde.
L'écrasante majorité des Chi'ites (approximativement 120
millions) vit dans la région comprise entre le Liban et le
Pakistan, où ils sont majoritaires en Iran, en Irak, au Bahreïn
et en Azerbaïdjan ; ils sont la communauté la plus importante
au Liban ; et ils représentent des minorités non négligeables
dans plusieurs émirats du Golfe, en Arabie saoudite, au Pakistan
et en Afghanistan (de même au sein de pays limitrophes comme
l'Inde et le Tadjikistan, ainsi qu'en Afrique australe).
Depuis la frontière sud de l'Irak jusqu'aux ghettos de Karachi,
les Chi'ites ont été les opprimés, marginalisés et oppressés
des régimes politiques sunnites au pouvoir et des communautés
majoritaires.
Dans
un article concis et convaincant, Vali Nasr examine l'origine
du renouveau chi'ite en Irak au lendemain de la chute de Saddam
Hussein, ainsi que ses implications au sein d'un Moyen-Orient élargi.
Il souligne ainsi le rôle de la révolution iranienne de 1979,
laquelle a mobilisé l'identité chi'ite et encouragé le développement
de programmes spécifiquement chi'ites en apportant un soutien
financier et politique à des groupes tels qu'Amal (" espoir ",
acronyme généralement utilisé pour désigner le mouvement
des dépossédés) au Liban, al-Da'wa al-Islamiyya (" l'Appel
islamique ") en Irak, Hizb-i Wahdat (" le
Parti de l'unité ") en Afghanistan et Tehreek-e-Jafria (" Mouvement
pour la jurisprudence chi'ite ") au Pakistan. L'axe
Téhéran-Damas est également une composante du programme expansionniste
de l'Iran chi'ite, à la faveur duquel le Hezbollah a pu s'implanter
au Liban. En soutenant cette organisation dans les années
1980-90, l'Iran avait pour objectif de s'opposer à la présence
américaine dans ce pays et de renforcer l'influence iranienne
parmi les Libanais. Toutefois, selon Nasr, l'Iran révolutionnaire
ne réussit pas à modifier l'équilibre des forces entre Chi'ites
et Sunnites dans la région et se résout finalement à abandonner
cet objectif, alors que les Saoudiens s'érigeaient en garants
du sunnisme et se posaient en symbole de la résistance aux " usurpateurs " chi'ites[6].
Selon
ce point de vue, l'Arabie saoudite était motivée par la volonté de
contrôler sa propre minorité chi'ite et de répondre au défi
de Khomeini quant à la légitimité islamique du royaume saoudien.
L'implication de Riyad dans le militantisme sunnite ne suscita
que peu d'inquiétude au sein du monde occidental au cours
des années 1980-90 : durant cette période, l'Iran et
son militantisme chi'ite furent considérés comme la face
la plus dangereuse de l'islam et comme la menace la plus
inquiétante pour les intérêts occidentaux. Les termes d'anti-américanisme,
de révolution, de terrorisme, de prise d'otage et d'attentat-suicide
furent alors associés aux Chi'ites. Nasr considère qu'après
la mort de Khomeini en 1988, le militantisme chi'ite cessa
d'être la force idéologique à la pointe de l'activisme islamiste
et fut remplacé, après la première guerre du Golfe en 1991,
par le militantisme sunnite, lequel se développa du moins
partiellement, sinon essentiellement, en réponse à l'activisme
chi'ite qui suivit la révolution iranienne[7].
La
chute de Saddam bouleversa cet équilibre en renforçant la majorité chi'ite.
La rivalité pour le pouvoir, opposant Chi'ites et Sunnites,
se révéla être le principal déterminant à la paix et à la
stabilité en Irak, influençant directement la région, du
Liban jusqu'au Pakistan. Cependant, ce renouveau chi'ite
et le déclin de l'influence sunnite en Irak ne firent que
tonifier et renforcer un militantisme sunnite qui existait
déjà. Les violences anti-chi'ites qui minent aujourd'hui
l'Irak sont tout d'abord apparues en Asie du Sud et en Afghanistan
dans les années 1990, engendrées par des groupes militants
liés aux Talibans et à al-Qa'ida. Les attentats à la bombe
de Bagdad, Kerbala, Najaf et autres bastions chi'ites en
Irak ont fait de nombreuses victimes, mais ressemblent étroitement
aux événements de Mashhad, de Karachi, de Quetta et de Mazar-i
Sharif depuis le début des années 1990. La menace sectaire
qui prend forme actuellement en Irak serait donc le résultat
d'une rivalité profondément ancrée dans la région plutôt
que la conséquence directe des derniers développements
dans le pays[8].
Au Pakistan :
un conflit intercommunautaire sanglant
La
communauté chi'ite
du Pakistan, traditionnellement liée aux ouléma (" savants
de l'islam ") de Najaf et représentant 15 à 20 pour
cent de la population, soit près de 25 millions de personnes,
se tint à l'écart de la politique jusqu'au milieu des années
1970. La révolution iranienne, la guerre Iran-Irak, la transposition
sur le territoire pakistanais de la rivalité entre l'Iran
et l'Arabie saoudite, ainsi que la politique d'islamisation
instaurée par le général Zia ul-Haq dès 1979 dans le but
de transformer le Pakistan en État sunnite, tous ces facteurs
contribuèrent à la mobilisation religieuse et politique de
la communauté chi'ite. Le groupe Tehreek Nafaz-e-Fiqh-e-Jafria (TNFJ, " Mouvement
pour l'application de la jurisprudence chi'ite ")--mouvement
religieux fondé en 1980 et rebaptisé plus tard Tehreek-e-Jafria
Pakistan (TJP, " Mouvement pour la jurisprudence
chi'ite au Pakistan ")--se radicalisa dès 1985 sous l'influence
d'Allama Arif Hussein al-Husseini et se transforma en parti
politique en 1987. L'assassinat de ce dernier en 1988 marqua
le début d'une violence intercommunautaire généralisée,
qui perdure encore[9].
Afin de s'opposer à l'assurance politique croissante des
Chi'ites et de leur parti politique, le TJP, Zia ul-Haq,
dictateur militaire qui dirigea le Pakistan dans les années
1980, encouragea et assista des organisations extrémistes
sunnites comme le Sipah-e Sahaba Pakistan (SSP, " Gardiens
des amis du prophète au Pakistan ").
La
campagne anti-chi'ite et la violence qui en découla furent orchestrées principalement
par les militants déobandi-wahhabites, minoritaires au Pakistan
mais jouissant d'une influence considérable due au soutien
des élites militaires et de renseignement et à l'apport de
fonds apparemment inépuisables en provenance de l'Arabie
saoudite[10].
Entre
janvier 1989 et le 31 mai 2005, le conflit intercommunautaire
sanglant
opposant Chi'ites et Sunnites au Pakistan fut la
cause d'un total de 1 784 victimes pakistanaises et 4 279
personnes blessées à travers le pays, et certaines indications
laissent à penser que la situation ne peut que s'aggraver.
Ainsi, en 2004, au cours de 19 incidents de violence intercommunautaire,
187 personnes furent tuées et 619 autres blessées ;
et durant les cinq premiers mois de l'année 2005, au cours
de 30 tels incidents, 120 Pakistanais périrent et 286 autres
furent blessés[11].
L'un
des facteurs accablants de cette violence intercommunautaire
est le nombre
croissant d'attentats-suicides à l'intérieur ou à proximité de
mosquées et autres lieux saints, ainsi que les assassinats
d'éminents chefs religieux des deux parties (voir graphique
ci-dessous) : Le 19 mars 2005, 50 personnes ont été tuées
et 100 autres blessées lors de l'attentat à la bombe perpétré près
du tombeau d'un saint chi'ite dans le village de Fatehpur,
dans la province du Baloutchistan ; le 27 mai 2005,
au moins 25 personnes ont été tuées et près de 100 autres
blessées lors de l'attentat à la bombe perpétré sur le site
du tombeau chi'ite de l'imam Bari dans la capitale Islamabad ;
le 9 février 2006, 40 personnes ont été tuées et 50 autres
blessées lors de ce que l'on suspecte être un attentat-suicide
au cours d'une procession de musulmans chi'ites, à l'occasion
de Muharram (premier mois du calendrier musulman)
dans la ville de Hangu, située dans la province limitrophe
du nord-ouest[12].
Violence
intercommunautaire au Pakistan (1989 - 2002)[13]

Les
différents
groupes et membres affiliés à al-Qa'ida étaient directement
impliqués dans ce conflit intercommunautaire : Sunnites
pakistanais, Talibans et combattants d'al-Qa'ida unirent
leurs forces lors d'opérations militaires en Afghanistan,
comme lors des prises de Mazar-i Sharif et de Bamiyan en
1997, lesquelles entraînèrent le massacre de fidèles chi'ites.
Les combattants pakistanais du SSP furent responsables de
la plus grande partie des massacres et manquèrent
de provoquer un conflit avec l'Iran lors de la prise
de son consulat et
du meurtre de 11 diplomates iraniens[14].
Selon
des sources indiennes, Ramzi Youssef, actuellement emprisonné aux États-Unis
pour son implication dans l'explosion du World Trade Center en
février 1993, Maulana Masood Azhar, appartenant au Jaish-e-Mohammad (JEM, " Armée
de Mohammad "), Fazlur Rahman Khalil, membre du Harkat-ul-Mujahideen (HUM, " Mouvements
des guerriers saints "), et Abu Musab al-Zarqawi, tous
débutèrent leur carrière de terroristes en tant que membres
du SSP et furent impliqués dans de nombreux massacres anti-chi'ites
au Pakistan, en Iran et en Afghanistan. Ainsi, à titre d'exemple,
plusieurs attaques meurtrières contre la communauté chi'ite
eurent lieu suite à des soupçons selon lesquels l'arrestation,
en mai 2003 par les autorités pakistanaises à Rawalpindi,
de Khalid Cheikh Mohammad (responsable du " Département
des opérations extérieures " d'al-Qa'ida), ainsi que
son transfert au FBI, était la conséquence d'une trahison
des Hazaras (chi'ites) du Baloutchistan. De même, le massacre
de Chi'ites à Quetta, en mars 2004, fut perpétré en représailles à la
coopération suspectée de ces derniers avec les Américains
dans leur traque de ben Laden, et d'autre part à l'assassinat
de Maulana Azam Tariq, le chef du SSP, prétendument attribué aux
extrémistes chi'ites[15].
En Arabie
saoudite et au Golfe
Dès novembre
1997, soit presque en même temps que l'occupation du sanctuaire
de la Mecque par des sunnites radicaux, aux ordres
de Muhammad al-Utaybi et d'Abdallah al-Qahtani, des manifestations
chi'ites dans la province orientale de l'Arabie saoudite
marquèrent une nouvelle forme d'activisme, laquelle conduisit à leur
première intifada, la révolte spontanée[16]. Le Hezbollah saoudien, localement connu sous
le terme Ansar khat al-imam (" Partisans de la
voie de l'imam "), en référence à Khomeini, fut fondé en
1987 par plusieurs éminents dignitaires religieux,
dont cheikh Hashim al-Shukus, cheikh Abdulrahman
al-Hubail et Abduljalil
al-Maa, de la province orientale. L'organisation
revendique le principe de Khomeini de velayat-e faqih (" guidance
du juriste théologien ") et la plupart de ses membres
imitent la marja'iyya (direction religieuse
chi'ite) du chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Khamene'i. Les Partisans
de la voie de l'imam se méfient au plus haut point de la
famille régnante et du gouvernement. Pour la plupart,
ce sentiment se traduit par une attitude d'isolement,
bien qu'il
ait pu occasionnellement engendrer un comportement
violent[17]. Il est intéressant de noter
que l'ampleur de l'hostilité wahhabite à l'égard des Chi'ites
s'est traduite depuis le début du 19ème siècle
par la propagation d'un mythe selon lequel le fondateur du
chi'isme aurait été un Juif nommé Abdallah ibn Saba[18].
En
juin 1996, l'attentat à la bombe à l'extérieur d'un complexe d'appartements
situé au sein des tours Khobar à Dhahran en Arabie saoudite--au
cours duquel 19 membres du personnel de l'armée de l'air
américaine furent tués et des centaines d'autres Américains
blessés--fut l'attentat principal perpétré par les chi'ites
radicaux en Arabie saoudite. Selon l'acte d'accusation américain
contre les auteurs du forfait, des officiels iraniens ainsi
que des membres du Hezbollah libanais auraient été impliqués
dans cette affaire. Suite à l'attentat de Khobar, le gouvernement
prit des mesures contre le Hezbollah saoudien, mais certaines
indications laissent à penser que le Hezbollah/les Partisans
de la voie de l'imam auraient dernièrement renforcé leur
assise et leur influence en se concentrant sur des activités
sociales et culturelles, à l'exclusion de la politique[19].
La
guerre en Irak, et les responsabilités croissantes auxquelles les Chi'ites
ont accédé depuis, ont à nouveau alimenté l'hostilité anti-chi'ite.
Des slogans publiés sur un forum internet populaire ont énoncé : " Ils
sont l'ennemi, ils sont l'ennemi, ils sont l'ennemi " et " Dieu
damne la Rafida ". Les actes de violence anti-chi'ites
ont augmenté ces dernières années et des rumeurs non confirmées
d'attaques planifiées ou ayant échoué se sont rapidement
répandues au sein de la communauté. En 2005-06, les incidents à connotation
vraisemblablement sectaire ont inclus l'incendie de mosquées
chi'ites à Qatif et de centres communautaires à Tarut, ainsi
que des actes de vandalisme dans un cimetière chi'ite d'Annak.
Les conflits entre Sunnites et Chi'ites s'emparent d'une
importance publique grandissante en Arabie saoudite. L'un
des faits particulièrement inquiétants liés à l'avenir des
relations entre Sunnites et Chi'ites est l'augmentation alarmante
du nombre de militants jihadistes saoudiens envoyés en Irak.
L'hostilité envers les Chi'ites et leur rôle croissant en
Irak est également important, alors que beaucoup de jihadistes
saoudiens se rendent en Irak afin de " tuer des Chi'ites ".
La perspective du retour éventuel de plusieurs centaines
de mujahideen saoudiens aguerris augmente le risque qu'ils
soient à la recherche d'un nouveau champ de bataille, à l'instar
de leurs prédécesseurs s'en revenant d'Afghanistan, et deviennent
ainsi une menace potentielle pour la communauté chi'ite[20].
À Bahreïn
Les
musulmans chi'ites de Bahreïn, largement présents au sein des 35 îles
qui composent l'archipel de cet État du Golfe Persique, représentent
une majorité défavorisée. Ils partagent avec les autres Bahreïnis
des origines ethniques arabes communes, ainsi qu'une même
langue : l'arabe. Toutefois, ils se distinguent de la
minorité sunnite et de la royauté au pouvoir, également d'obédience
sunnite, par des croyances religieuses spécifiques[21].
Au
cours des années 1980, l'opposition au régime se manifesta par des
actes de sabotage de petite envergure menés par de petites
factions bien organisées. Suite à la mort, en mars 1999,
de l'émir de Bahreïn, cheikh Isa bin Salman al-Khalifa, et
suite aux troubles sporadiques causés par les activistes
chi'ites depuis 1994, l'opposition fit part de sa volonté de
mettre un terme aux protestations. Cette approche plus conciliatrice
eut pour conséquence de réduire les tensions. Par ailleurs,
bien que des rencontres de moindre envergure continuèrent
d'être organisées ces dernières années, cheikh Hamad, le
nouveau dirigeant bahreïni, décida d'adopter une nouvelle
constitution à la fin du mois de décembre 2000. Ainsi, en
2002, le pays devint officiellement une monarchie constitutionnelle ;
en octobre de la même année, plus de la moitié des électeurs
en droit de voter se rendirent aux urnes lors des premières élections
organisées depuis 1973. Ils élurent à cette occasion 40 membres
du Conseil des députés--la chambre basse de l'Assemblée nationale
bahreïnie. Parmi ces élus figurent une douzaine de députés
chi'ites, ce nombre étant toutefois loin d'être proportionnel à la
place des Chi'ites au sein de l'ensemble de la population[22].
Bahreïn est souvent
décrit comme un indicateur des relations entre Sunnites et
Chi'ites, du fait de l'influence grandissante de ces derniers
dans la région. Certains associent ainsi les Chi'ites de
Bahreïn à une enclave qui reproduirait les schémas de l'importante
population chi'ite en Irak, particulièrement affectée par
la situation en Iran et en Irak. Les extrémistes sunnites
de Bahreïn dépeignent d'ailleurs le pays comme la pointe
d'un croissant chi'ite contrôlé par l'Iran et menaçant le
reste du monde arabe, largement plus étendu et essentiellement
sunnite.
Depuis
décembre
2005, date à laquelle un dignitaire religieux iranien fut
arrêté à l'aéroport, les heurts planifiés entre jeunes chi'ites
et forces de sécurité bahreïnies sont devenus presque hebdomadaires.
Les hommes politiques chi'ites prétendent que ces jeunes
manifestants revendiquent simplement des emplois, une égalité des
chances et une représentativité au gouvernement plus importante,
alors qu'ils brandissent des portraits de dirigeants iraniens
et de leaders du groupe militant Hezbollah, soutenu par l'Iran.
Le Mouvement des jeunes sans-emplois a d'ailleurs adopté un étendard
de couleur jaune, très similaire à la bannière du Hezbollah,
et des photographies des dirigeants de ce mouvement trônent
souvent sur les murs des foyers chi'ites du pays. Les sunnites
modérés eux-mêmes soulignent que l'opposition chi'ite se
bat pour le pouvoir plutôt que pour des réformes[23].
En Irak
Al-Qa'ida
Depuis
l'assassinat en 2003 de l'ayatollah al-Hakim, Abu Musab
al-Zarqawi a redoublé d'efforts
pour inciter la communauté chi'ite d'Irak à user de représailles
contre les Sunnites et provoquer ainsi une guerre civile.
Cette stratégie, reflet de la doctrine wahhabite commune,
devint évidente suite à la divulgation, en janvier 2004 par
les autorités américaines, d'une de ses lettres. Les Chi'ites
y sont décrits comme " les plus malfaisants du genre
humain [...], le serpent menaçant, le scorpion rusé et malveillant,
l'ennemi qui espionne et le venin qui s'insinue ". Leurs
crimes sont : " un polythéisme avéré, l'adoration
de tombeaux et leurs lieux de pèlerinage où se pratique
la circumambulation "[24].
La
position de Zarqawi contredit les opinions de ben Laden
et d'al-Qa'ida
quant à la question chi'ite. Précisons que ben Laden insiste,
dans son message audio de février 2003, sur l'importance
pour les Sunnites et les Chi'ites de s'unir dans la lutte
contre les Américains. Il énonce même que l'attentat-suicide
perpétré par le Hezbollah en 1983 contre des casernes de
marines américains à Beyrouth était la première " défaite
américaine " perpétrée par des islamistes radicaux[25].
L'image
victorieuse qu'ont réussi à imposer le mouvement chi'ite Hezbollah et
son leader Hassan Nasrallah au sein du monde arabo-musulman
après le retrait unilatéral israélien du Sud Liban en mai
2000, et plus récemment suite à l'échange de prisonniers
(dont de nombreux Palestiniens) entre Israël et le Hezbollah
en janvier 2004,
a créé un fort ressentiment et une critique virulente parmi
les éléments salafistes jihadistes
saoudiens. De surcroît, l'image d'un Nasrallah présenté comme le " nouveau Saladin " compromet
le rôle d'avant-garde mondial de l'islam, joué par Qa'idat
al-Jihad, et l'expose au risque d'une prédominance du Hezbollah.
Depuis le début du processus d'instauration d'un nouveau
gouvernement en Irak, composé d'une nette majorité chi'ite,
les sites internet et les forums salafistes ont intensifié leurs
attaques contre les Chi'ites et leurs doctrines,
et contre l'Iran[26].
Notons
qu'en fin de compte, ben Laden accepta la stratégie de Zarqawi
et des jihadistes salafistes, reconnaissant ainsi la prépondérance
des dirigeants agissant sur le terrain, plutôt que celle
de chefs symboliques cachés quelque part au Pakistan. Ce
processus prit une année entière (de décembre 2003 à décembre
2004) et eut pour conséquence la nomination de Zarqawi comme " émir " d'al-Qa'ida
en Irak[27].
Dans
une vidéo
diffusée par al-Jazeera--qui semblait être une réponse à l'appel
au vote lancé par le grand ayatollah Ali al-Sistani à ses
fidèles chi'ites, dans laquelle ce dernier qualifie ceux
qui boycotteraient les élections d'" infidèles "--ben
Laden mit en garde contre la participation aux élections
(en Irak) : " Quiconque participera à ces élections
[...] aura commis le crime d'apostasie contre Allah ".
Ben Laden y revendique également le meurtre de personnels
de sécurité " au nom d'Allah "[28].
Cependant,
ben Laden resta prudent dans son attaque contre la communauté chi'ite, évitant
de se référer directement à ses dirigeants. Remarquons que,
dans l'ouvrage qui compile la plupart de ses déclarations,
ne figure aucune mention au chi'isme en tant que
tel et a
fortiori aucune attaque n'est dirigée contre celui-ci[29].
Ce
point important continue d'être un facteur de dissensions entre les dirigeants
d'al-Qa'ida et al-Zarqawi, comme le prouve la lettre adressée à ce
dernier par Ayman al-Zawahiri en juillet 2005. Dans ce document
de première importance, Zawahiri énonce " l'ampleur
du danger que représente, pour l'islam, le chi'isme duodécimain
[...], école religieuse fondée sur l'excès et le mensonge " et
qui " fait preuve de connivence avec les Croisés ".
Il admet que " le heurt opposant tout État fondé sur
le modèle de la prophétie et le Chi'isme surviendra tôt ou
tard ". La question que lui-même et les " cercles
mujahideen " posent à Zarqawi " concerne la justesse,
présentement, de ce conflit avec les Chi'ites. Est-ce inévitable ?
Ou peut-il être différé jusqu'à ce que le mouvement mujahid
se renforce en Irak ? ".
D'autre
part, Zawahiri rappelle à Zarqawi que " plus de cent prisonniers--dont
beaucoup sont des dirigeants recherchés dans leur pays--[sont]
captifs des Iraniens ". Les attaques dirigées contre
les Chi'ites en Irak pourraient pousser " les Iraniens à prendre
des mesures de réaction ". En fait, al-Qa'ida " et
les Iraniens doivent actuellement se garder de se mettre
réciproquement en défaut, tant que les Américains
les visent "[30].
C'est en effet une realpolitik d'un nouveau genre de la part
des dirigeants d'al-Qa'ida.
Toutefois,
ceci n'a pas altéré la position d'al-Zarqawi. Dans son dernier
message audio, il s'attaqua violemment au plus haut dignitaire
du clergé chi'ite en Irak, l'ayatollah Ali Sistani, le qualifiant
de " leader des croyances infidèles et de l'athéisme ",
et accusa les groupes chi'ites et les forces du gouvernement
d'être responsables de nombreuses attaques dirigées contre
les Sunnites. Il suggéra également que les Chi'ites étaient
eux-mêmes à l'origine de l'attentat à la bombe survenu sur
le lieu de pèlerinage chi'ite de Samara en février 2006.
Il critiqua par ailleurs la milice du dignitaire chi'ite
radical Moqtada al-Sadr pour avoir cessé le combat contre
les forces américaines[31].
Au
cours d'un récent entretien avec l'unité chargée des relations médiatiques
d'al-Qa'ida, lors du cinquième anniversaire des attentats
du 11 septembre, Ayman al-Zawahiri a laissé entendre pour
la première fois que le comportement meurtrier de Zarqawi à l'encontre
des Chi'ites n'avait pas été cautionné par ben Laden : " Les
consignes du cheikh Oussama--puisse Dieu lui apporter sa protection--à nos
frères d'Irak et à leur dirigeant Abu Musab consistaient à concentrer
leurs efforts sur les Américains et à neutraliser le reste
des forces présentes de leur mieux ". Al-Zawahiri écarta
l'affirmation du journaliste selon laquelle il était admis
que le conflit entre Chi'ites et Sunnites avait été provoqué par
al-Qa'ida : " Al-Qa'ida ne s'est jamais attaqué à eux
[les Chi'ites], car le jihad contre l'occupation croisée
l'accaparait totalement "[32].
Les Chi'ites
Pendant
un an et demi, d'août 2003 à février 2005, les Chi'ites, dans leur
grande majorité, ont très peu répondu aux attaques perpétrées
par les Sunnites. Seuls les membres de l'organisation Badr
ont été accusés d'actes de représailles dès les prémices
du conflit : ils auraient été responsables des assassinats
d'officiels ayant appartenus au régime précédent, de membres
suspectés d'appartenir au parti Baas et d'insurgés présumés.
Toutefois, pendant longtemps, ces actions n'eurent aucun
impact notable. En revanche, dès que les partis chi'ites,
réunis dans l'Alliance irakienne unifiée, gagnèrent la majorité simple
des votes lors des élections de janvier 2005, puis, unis à la
liste kurde, accédèrent au pouvoir trois mois plus tard,
le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII)
s'arrogea les prérogatives du ministère de l'Intérieur, permettant
aux troupes de l'organisation Badr d'infiltrer sa police
et ses unités de commandos. Suite à cela, les Irakiens assistèrent à une
augmentation rapide du nombre de meurtres de fidèles sunnites,
lesquels ne pouvaient être expliqués par le conflit contre
les seuls insurgés[33].
Les
populations arabes chi'ites se sont de plus en plus polarisées sur les
attentats-suicides visant des cibles chi'ites et sur les
enlèvements et disparitions en nombre croissant depuis les élections
de janvier 2005. Ils sont en réalité bien conscients que
des personnages comme Zarqawi ont menacé de jihad l'ensemble
des Chi'ites, les accusant de ne pas être des adeptes authentiques
de l'islam. C'est pourquoi, bien que l'autorité provisoire
de la coalition ait tenté, par des moyens légaux, de faire
disparaître les milices, le CSRII ainsi que la faction d'Abdul
Aziz al-Hakim continuent d'entretenir de nombreux éléments
s'y rattachant. Depuis le printemps 2005, des groupes sunnites
accusent de plus en plus souvent ces derniers de commettre
des atrocités contre eux. Les Sunnites se sentent particulièrement
menacés par l'organisation Badr, créée par le CSRII et entraînée
par l'armée iranienne. Selon eux, cette organisation est
responsable de la prise pour cible puis de l'assassinat de
nombreux dignitaires sunnites de haut rang, dont beaucoup étaient
membres du Muslim Scholars Board (" Conseil des érudits
musulmans "). Entre août et novembre 2005, des hommes
se prévalant d'appartenir aux forces du ministère de l'Intérieur
ont été impliqués dans certains des massacres au cours desquels
quelques 700 Sunnites ont péri. Des sources américaines ont également
rapporté que depuis la formation du nouveau gouvernement
en avril 2003, beaucoup de membres de l'organisation Badr
ont rejoint les forces du ministère de l'Intérieur, dont
la police et les unités de commando : de plus en plus,
unités du ministère de l'Intérieur et organisation Badr tendent à se
confondre[34].
Dès les premiers
jours qui suivirent la chute de Saddam Hussein, le rôle de
Moqtada al-Sadr devint source de division. D'aucuns l'accusèrent
d'avoir été impliqué dans le meurtre de dignitaires chi'ites
rivaux, comme celui du grand ayatollah Abdel Majid al-Khoï le
10 avril 2003. En octobre 2003, ses hommes de main attaquèrent
des partisans du grand ayatollah chi'ite modéré Ali al-Sistani
près du tombeau de l'imam Hussein à Najaf. Durant la plus
grande partie de l'été et au début de l'automne 2004, sa
milice, l'Armée du Mahdi, représenta une sérieuse menace
pour les forces de la coalition et du gouvernement à Najaf,
dans le quartier bagdadi de Sadr City, ainsi que dans d'autres
régions chi'ites du sud. Depuis les élections, Sadr a contribué au
renouveau de l'Armée du Mahdi, laquelle a recommencé à agir
ouvertement dans certaines parties du sud de l'Irak, comme à Bassorah, à Amarah
et à Nassiriyah ; elle a également conservé ses cellules
actives à Najaf et à Qut. Depuis l'automne 2005, son organisation,
alliée à d'autres groupes chi'ites réunis autour de convictions
similaires, a été accusée d'assassinats politiques et d'enlèvements[35].
Certains dirigeants iraniens semblent considérer Sadr comme
un allié potentiel utile pour une éventuelle coopération
du même type que celle engagée avec le leadership du Hezbollah,
du fait des similitudes que présente le mouvement de Sadr
avec le groupe libanais. Dans les circonstances actuelles,
Téhéran pourrait vouloir transposer le modèle de
cette organisation en Irak[36].
L'Armée du Mahdi
et les brigades de Badr se partagent, avec les forces de
police irakiennes, le contrôle des principales villes du
pays : Bagdad et Bassorah. Ces deux milices sont bien
organisées et bénéficient d'un soutien populaire du fait
de leur orientation religieuse et de leur capacité à maintenir
l'ordre et à fournir certains services à caractère social.
De plus, quelques unités de police et de l'armée appartenant
aux Forces de sécurité irakiennes (FSI) ont abandonné leur
formation initiale et développé des méthodes d'opérations
indépendantes, souvent problématiques[37].
Au Liban
Au
cours de l'année
2006, un changement de stratégie semble avoir été opéré par
al-Qa'ida et Zarqawi quant à l'Iran et à son organisation
mandataire, le Hezbollah libanais. Il est possible que les
attaques à la roquette, perpétrées en décembre 2005 par les
hommes de main de Zarqawi depuis le sud du Liban en direction
du nord d'Israël, aient représenté la première étape d'une
sorte d'entente mutuelle entre al-Qa'ida et l'Iran, permettant
ainsi ces attaques, menées depuis un territoire notamment
connu pour être sous le contrôle strict du Hezbollah[38].
Il
aura fallu deux semaines au Hezbollah pour démentir avoir eu
connaissance de l'attaque et mettre en garde contre
l'utilisation d'un
territoire considéré être sous sa responsabilité : " Certains
[agents] sont présents au Liban ", déclara alors
cheikh Naïm Qassem, secrétaire général adjoint du
Hezbollah:
Nous
n'en connaissons pas le nombre ni ne sommes informés de leurs intentions.
Nous ne savons pas non plus s'ils envisagent des opérations
[militaires] ici [...]. Il est important de mettre en garde
quiconque envisage de prendre le Liban comme terrain d'un
règlement de compte.[39]
Il
déclara ainsi
qu'il était effectivement possible d'agir sans que cela ne
fut porté à la connaissance du Hezbollah et que l'organisation
continuait d'enquêter sur les déclarations d'al-Qa'ida.
Dans
diverses régions du pays, les autorités libanaises arrêtèrent 13 membres
suspectés d'appartenir à al-Qa'ida, les accusant de " constituer
une équipe chargée de mettre en oeuvre des actes terroristes,
de falsifier des documents officiels et personnels, et de
posséder des armes sans autorisation ". Parmi ces
13 suspects, se trouvent sept Syriens, trois Libanais,
un Saoudien,
un Jordanien et un Palestinien. Le Daily Star de
Beyrouth rapporta une déclaration présumée d'al-Qa'ida stipulant que
l'organisation mettait en garde les camps palestiniens de
Sabra et Shatila au Liban : ils seraient confrontés à des
attaques d'al-Qa'ida s'ils ne se conformaient pas à leur
idéologie[40].
Il
est intéressant
de préciser qu'en avril 2006, neuf hommes ont été inculpés
de complot visant à l'assassinat du secrétaire général du
Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah. Ils ont été dépeints
comme " Salafistes qui voyaient en cheikh Nasrallah
la cible chi'ite idéale pour se venger de la mort de Sunnites
en Irak ". Nasrallah déclara lui-même qu'il ne tiendrait
pas les sunnites libanais responsables si les conspirateurs
s'avéraient avoir été incités à un tel acte par
le militantisme sunnite[41].
Notons
que quelques jours avant sa mort, Zarqawi appela au désarmement du Hezbollah
libanais, si l'on s'en réfère à un message audio parvenu
via Internet. Il y accuse le Hezbollah de servir de " bouclier
afin de protéger l'ennemi sioniste [Israël] des frappes des
mujahideen au Liban ", en référence aux militants arabes
sunnites se réclamant du réseau al-Qa'ida. En réaction, un
porte-parole du Hezbollah rejeta les dires de Zarqawi et
l'accusa d'essayer de " fausser l'image de la résistance
et de ses leaders " à travers les médias[42].
Il
est possible que cette volte-face de Zarqawi--laquelle
fait suite à sa
tentative d'opérer à partir du Sud Liban, sous la bienveillante
neutralité du Hezbollah--soit le résultat de sa
relation complexe avec l'Iran.
Le
2 juin 2006, le Hezbollah organisa de violentes manifestations à Beyrouth,
afin de protester contre la diffusion, sur la chaîne de télévision
LBC, d'un programme tournant en dérision la position de la
milice chi'ite quant à un éventuel désarmement et suggérant
que le Hezbollah s'empresserait de présenter ses excuses
si cela pouvait lui éviter de déposer les armes. Les regrets
du producteur de l'émission ne réussirent toutefois pas à faire
cesser les manifestations : seule l'apparition de Nasrallah
lui-même sur le propre réseau du Hezbollah al-Manar, ainsi
que ses appels au calme, y parvinrent. Ces manifestations
organisées par la milice étaient en fait destinées à soutenir
le groupe dans le cadre du Dialogue national libanais, le
Hezbollah n'étant pas pressé de déposer les armes. En effet,
ces dernières servent non seulement à renforcer l'image de " résistance " du
parti chi'ite, mais elles représentent également pour ce
dernier une police d'assurance contre l'éventuel retranchement
d'al-Qa'ida au Liban. Nasrallah se montra ainsi conscient
du danger du " phénomène Zarqawi " lors d'interviews
qu'il accorda en février et juin 2006. Selon ce point de
vue, la présence d'éléments anti-chi'ites se réclamant d'al-Qa'ida
ne fera que renforcer le Hezbollah dans sa détermination
de maintenir les armes, qu'il considère comme essentielles
pour la défense de la communauté chi'ite[43].
LE CROISSANT
CHI'ITE
Selon
le roi Abdallah de Jordanie, l'ingérence de l'Iran dans les récentes élections
irakiennes avait pour objectif de " créer un croissant
chi'ite partant de l'Iran jusqu'à la
Syrie et le Liban ". Selon certains analystes arabes,
ce projet stratégique n'est pas viable : un Irak divisé pourrait
en effet affecter l'équilibre régional des forces mais pas
nécessairement en faveur de l'Iran, tandis qu'un Irak unifié autour
d'un partage du pouvoir entre les trois grandes communautés
servirait les intérêts de l'Iran mais restreindrait son influence.
Dans tous les cas, il existe d'importantes disparités au
sein des communautés chi'ites : les chi'ites irakiens
sont arabes et, de fait, plus proches culturellement des
sunnites irakiens que des chi'ites perses ; les Alawites
de Syrie ne représentent qu'un faible courant au sein de
l'islam chi'ite et, de surcroît, 85 pour cent des musulmans
syriens sont sunnites ; au Liban, le dangereux brassage
ethnique et religieux est si instable que les Chi'ites, à l'instar
des autres communautés, ne souhaitent pas assister à un
embrasement de la violence intercommunautaire[44].
Zaman,
un journal turc à tendance islamiste, souligne avec inquiétude
que l'Iran est en train d'étendre son influence économique,
militaire et religieuse, même si ce dernier aspect n'est
pas empreint d'une connotation révolutionnaire. Ce développement
s'est réalisé à la faveur d'une force " centripète " dirigée
vers l'Irak et ses villes saintes chi'ites de Najaf et Kerbala, étant
donné le potentiel que celles-ci représentent pour la réalisation
de changements radicaux au sein de la structure théologique
chi'ite ; force centripète également dirigée vers le
Liban, au sein duquel le Hezbollah dispose d'un potentiel
aussi important qu'en Irak pour tirer avantage du conflit
avec Israël et se faire le champion de la cause des opprimés.
Essentiellement, l'auteur estime que, suite à la guerre au
Liban, il est plus probable que Hassan Nasrallah se retrouve à la
tête des chi'ites libanais plutôt que cheikh Mohammad Hussein
Fadlallah. L'expansion de l'axe iranien vers l'ouest se manifeste à la
fois à l'est et au sud : il existe aujourd'hui une présence
chi'ite plus affirmée et plus active politiquement au Pakistan,
au Tadjikistan et en Azerbaïdjan ; à Bahreïn, la population
principalement chi'ite voit son influence grandir au sein
de la société et redouble d'efforts pour implanter
ses organisations en Arabie saoudite.
À la fin du mois
d'août 2006, l'exercice militaire iranien portant le nom
de code " Coup de Zulfikar " devait servir d'avertissement
aux forces américaines et britanniques afin qu'en aucun cas
elles ne pénètrent le territoire iranien. Toutefois,
note le journal Zaman, au vu du conflit
entre chi'isme et sunnisme, il parait évident que ce coup n'était pas uniquement
destiné aux occupants occidentaux[45].
D'un
point de vue iranien, ce concept de croissant chi'ite prit
forme il
y a de cela vingt-cinq ans, quand Téhéran commença à entretenir,
organiser, entraîner et armer des groupes chi'ites irakiens
opposés à Saddam Hussein. Cette intégration de l'Irak dans
une alliance formée par Téhéran, Damas et Beyrouth, aurait également
une influence sur l'équilibre des forces dans la région :
elle fournirait à la Syrie une assise politique, financière et militaire,
ainsi qu'une plus grande profondeur stratégique. Cette alliance
tendrait, de surcroît, à renforcer l'assise de groupes islamistes
tels que le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique. Toutefois,
les tenants de la politique iranienne sont conscients du
fait que le régime syrien n'est pas un régime chi'ite et
que sa politique étrangère ne tend pas à servir les intérêts
chi'ites. L'actuel régime baasiste se réclame plutôt du nationalisme
arabe et l'objectif premier de sa politique étrangère est
de contribuer au développement des intérêts arabes, tels
qu'ils sont définis par Damas. D'un point de vue iranien,
l'alliance scellée avec la
Syrie est fondée sur son opposition aux États-Unis et à Israël,
sans que la question chi'ite n'interfère. Par conséquent,
bien que l'avènement d'un " croissant chi'ite " ne
soit pas à l'ordre du jour au Moyen-Orient, l'arrivée au
pouvoir en Irak d'un gouvernement à dominante chi'ite engendrerait
plusieurs conséquences importantes : elle renforcerait
les droits politiques de la communauté chi'ite, serait à l'origine
d'une alliance Iran-Irak contre le Conseil de coopération
du Golfe (CCG) et renforcerait la position de la Syrie et de groupes islamistes au détriment
d'Israël[46].
Vali
Nasr, dont nous avons mentionné précédemment l'analyse des conséquences
régionales du renouveau chi'ite en Irak, soutient que la
plus grande menace aux intérêts américains provient aujourd'hui
du militantisme sunnite et de l'activisme wahhabite, non
de la ferveur révolutionnaire chi'ite, du fait de leur caractère
dominant, violent et idéologique, non seulement anti-chi'ite
mais également résolument anti-américain. Cet analyste considère
que, pour l'essentiel, l'activisme chi'ite révolutionnaire
est daté et que l'Iran ne représente " actuellement
[plus qu'] une dictature usée et vacillante, sur le point
de s'effondrer ". Selon lui, le chi'isme n'est plus
en mesure de produire le type d'idéologie politique que le
sunnisme continue de générer. De plus, les pays à prédominance
chi'ite (Iran et Irak) parviendraient plus aisément au développement économique
et à la démocratie que leurs voisins sunnites (à l'exception
de la Turquie)[47].
Cependant,
l'article de Nasr a été publié au cours de l'été 2004, soit avant l'élection
d'Ahmadinejad en Iran, avant la radicalisation de la politique
de Téhéran sur le nucléaire--qui engendra des heurts avec
l'Organisation des Nations Unies et la communauté internationale--et
avant la violente crise dirigée contre Israël, laquelle fut
engagée par le Hamas et le Hezbollah mais clairement orchestrée
par l'Iran dans une stratégie de déstabilisation du Moyen-Orient[48].
Selon
l'ouvrage publié au cours de l'année 2005 par le journaliste jordanien
Fouad Hussein, qui rencontra al-Zarqawi en prison, ce dernier
aurait évalué qu'une confrontation entre Israël et les États-Unis
d'une part et l'Iran d'autre part était inévitable et serait à même
de détruire l'ensemble des infrastructures iraniennes. Par
conséquent, l'Iran se préparerait à user de représailles
en s'armant des puissantes cartes dont elle dispose. Le conflit
s'étendrait alors aux communautés chi'ites pro-américaines
en Irak et en Afghanistan, lesquelles seraient en position
suffisamment inconfortable pour reconsidérer leurs alliances.
Ce serait alors pour al-Qa'ida l'occasion d'étendre son espace
vital, qui inclurait le Liban, afin de mener à bien ses activités[49].
Toutefois,
un récent document publié après la mort de Zarqawi évoque la " sombre
situation " de l'insurrection islamiste en Irak, à tel
point qu'elle conduit Zarqawi à concevoir une stratégie de
substitution dans le but de provoquer une " guerre par
délégation ", dont le meilleur scénario serait :
une
[guerre] entre les Américains et l'Iran car elle présentera de nombreux
avantages en faveur des sunnites et de la résistance, tels
que : la libération du peuple sunnite en Irak, qui représente
30 pour cent de la population mais vit sous le joug chi'ite ;
l'embourbement des Américains dans un autre conflit qui engagerait
une partie importante de leurs forces ; la possibilité de
faire l'acquisition de nouvelles armes en provenance du camp
iranien, soit après la chute de l'Iran, soit durant les combats ;
l'incitation de l'Iran à apporter son soutien à la résistance,
du fait de la nécessité de
cet appui ; l'affaiblissement de la voie
de ravitaillement chi'ite.[50]
Le
document conclue sur divers projets d'opérations visant à provoquer
ce conflit.
LES
CONSÉQUENCES DE LA GUERRE AU LIBAN
L'auteur
estime que l'escalade de la violence perpétrée aux frontières d'Israël
au cours des mois de juin et juillet 2006 fut déclenchée
par des acteurs soutenus par l'Iran : Hamas, Hezbollah
et Syrie. L'idée était d'alléger les pressions qui pèsent
sur l'Iran en déclenchant un conflit militaire de grande
envergure au Moyen-Orient, créant ainsi une diversion dans
le but de détourner l'attention de la communauté internationale
quant au programme nucléaire iranien. Conjointement, cette
opération servait les intérêts stratégiques principaux des
trois autres parties. Plus précisément, l'intervention du
Hezbollah dans ce conflit à ce moment précis--laquelle fut
préparée stratégiquement au cours des six dernières années
par l'Iran, qui munit la milice d'une artillerie et de roquettes
de longue portée--avait pour objectif d'envoyer un message
clair aux États-Unis, à l'Occident et à Israël sur ce
qui se passerait en cas de lourdes sanctions internationales
imposées à l'Iran, ou bien dans l'éventualité d'une attaque
américaine ou israélienne visant à détruire les capacités
nucléaires de ce pays[51].
En
réalité, la
stratégie hésitante des Israéliens lors de la guerre, ainsi
que la résistance du Hezbollah au cours des trois semaines
d'offensive militaire israélienne ont eu pour conséquence
de renforcer l'image et la position de la milice chi'ite
au sein du monde arabo-musulman. Bien qu'Israël ait reçu
un soutien indirect des principaux régimes sunnites (Arabie
saoudite, Égypte et Jordanie) dans sa tentative d'endiguer
le Hezbollah, la population arabe de ces pays ainsi que des
mouvements tels que la confrérie des Frères musulmans ont
massivement soutenu le mouvement radical chi'ite libanais.
Hassan Nasrallah est ainsi devenu le nouveau Saladin, regagnant
l'honneur perdu des Arabes et des Musulmans--élément éminemment
présent au sein de la culture arabo-islamique. Quant au Hezbollah,
il apparait à présent comme le modèle de la lutte menée
au nom de l'islamisme.
En
juillet 2006, le Saoudien Salman al-Awdah publia une fatwa
dans laquelle
il proclama son soutien au Hezbollah et en fit
même un devoir,
malgré les différends qui les opposent. Sa position fut toutefois
durement condamnée par les théoriciens du jihad mondial.
L'un d'eux l'accusa même de fomenter un complot
interne (fitnah)
au sein du monde musulman, du fait de son soutien au mouvement
chi'ite apostat[52].
Dans
un message diffusé sur al-Jazeera le 27 juillet 2006, le bras droit
de ben Laden, Ayman al-Zawahiri déclara qu'al-Qa'ida ne resterait
pas sans réagir alors que " les obus [israéliens]
brûlent nos frères " au Liban et à Gaza. Il appela les
Musulmans à unir leurs forces et à lutter contre ce qu'il
qualifia de " guerre croisée-sioniste " contre
les nations musulmanes[53].
Selon
Reuven Paz, le message qui circula au sein des forums jihadistes
provoqua un débat animé parmi les jihadistes
sunnites. À titre d'exemple, l'Égyptien Saïf al-Din al-Kinani
publia une analyse intéressante sur le site internet Global
Islamic Media Front (GIMF, " Front global des médias
islamiques "), intitulée " L'Énigme de l'oppressé et
les lignes rouges ", dans laquelle il interprète le
message de Zawahiri comme la nécessité pour les Musulmans
de lutter pour la Palestine et le Liban, alors que seuls
les Sunnites sont considérés être les vrais croyants. Par
conséquent, puisque, selon cette analyse, les Chi'ites ne
sont pas des Musulmans, le combat qu'ils mènent contre Israël
n'est pas considéré comme jihad et ne sert que des intérêts étrangers.
Abdallah bin Jaberin, l'un des dignitaires religieux les
plus influents parmi les salafistes saoudiens, renouvela
sa fatwa populaire d'avril 2002 dirigée contre
le Hezbollah[54].
Khubab bin Marwan al-Hamad, un autre théologien salafiste, énonça
sur le site internet Nour al-Islam que l'attaque juive dirigée
contre les musulmans libanais devait être considérée comme
une partie de l'épreuve voulue par Allah afin de sanctionner
leur manque de foi et la culture corrompue qu'ils ont empruntée à l'Occident.
Toutefois, lui aussi considère que tout soutien au Hezbollah
et aux Chi'ites doit être exclu, du fait des nombreux péchés
qu'ils ont commis.
Paz
considère
qu'à la fin de la guerre, l'ensemble des jihadistes estimait
que le principe sacré d'al-Wala' wal-Bara' (" alliance
et désaveu ") s'opposait à toute forme de soutien au
Hezbollah, à Nasrallah ou encore à l'Iran, et ceci bien que
le mouvement chi'ite mena la lutte contre les Juifs, apporta
sa protection au Hamas et au jihad palestinien, et fut à l'origine
de l'image de défaite associée au camp israélien.
Bien souvent, le Hezbollah fut surnommé Hizb al-Shaytan (" Parti
du diable ") et Hassan Nasrallah rebaptisé Hassan Nasr, ôtant
ainsi le terme Allah de son patronyme. Dans la
plupart des cas, l'image victorieuse du Hezbollah
semble avoir accru
davantage la fureur anti-chi'ite au sein des jihadistes sunnites[55].
Le
dignitaire religieux salafiste et jihadiste koweïtien, cheikh Hamed
al-Ali, dirigea l'attaque contre le chi'isme et nia toute
possibilité de soutien au Hizb al-Shaytan. Dans une fatwa
datée du mois d'août 2006, il critiqua violemment " la
campagne orchestrée par l'Iran dans le but de détruire les
Musulmans ", la qualifiant de " conspiration safavide
impérialiste et raciste semblable à [celle] en Irak ".
Dans une autre fatwa, publiée après le cessez-le-feu entre
Israël et le Hezbollah, il soutint que ce conflit aura engendré un
chaos tel que seule une guerre étendue à l'Iran pourrait
le résoudre. La politique iranienne fut qualifiée de " projet
safavide / iranien [...] plus dangereux que le projet croisé-sioniste ".
De fait, il appela au " jihad contre l'Iran [...], lequel
viendrait s'ajouter au [jihad contre] les Juifs et les Chrétiens "[56].
Dans
ce contexte d'opposition arabe au Hezbollah, menée par l'Arabie saoudite
et l'Égypte, le quotidien conservateur iranien Jomhouri-ye
Eslami, proche des ayatollahs iraniens, publia
un éditorial
au ton méprisant, dans lequel il attaqua à la fois les dirigeants
saoudiens et égyptiens, ainsi que les grands muftis. Le journal
accusa ces derniers de trahir l'islam en servant les intérêts
des rois arabes sunnites pro-occidentaux, des Américains
et des infidèles occidentaux.
Le
succès du
Hezbollah représente en effet un défi pour les mouvements
islamistes sunnites : le fait qu'une organisation chi'ite
de moindre envergure ait réussi à ébranler Israël là où les
armées arabes sunnites ont échoué peut être perçu comme une
preuve de l'authenticité de l'islam chi'ite, alors que les
tenants de ce courant sont stigmatisés par les jihadistes
sunnites d'Irak et par leurs leaders spirituels comme infidèles
et apostats. Les islamistes sunnites tiennent par conséquent à démontrer
que les Sunnites aussi peuvent mener la lutte contre Israël.
Tout au moins, ils tiennent à montrer que le Hezbollah ne
fait pas face à l'État juif seul, délaissé par les Sunnites,
et qu'ils ne sont pas moins efficaces que les chi'ites dans
la lutte pour la défense de l'Islam et de l'honneur arabe[57].
Des
observateurs arabes soutiennent que l'opinion publique
arabe--galvanisée
par la position du Hezbollah, la capacité toujours effective
du Hamas à envoyer des roquettes sur le sol israélien, les
victoires électorales des islamistes chi'ites en Irak, au
sein de l'Autorité palestinienne et en Égypte, le défi posé par
l'Iran à l'Occident et à Israël, ainsi que sa promesse de
se doter du nucléaire--semble pencher de nouveau vers une
vielle approche rejectionniste, laquelle vise à la destruction
de l'État d'Israël, considérée comme réalisable. Cette approche
est considérée comme une sérieuse menace non seulement pour
Israël, mais également pour les régimes politiques arabes.
Toutefois, étant donné que le Hezbollah a réussi à minimiser
son appartenance chi'ite et son allégeance au
principe du velayat-e faqih, le soutien
de l'Iran au Hezbollah et son influence grandissante
au Moyen-Orient sont soigneusement
dissimulés[58].
Lors
d'un discours tenu le 19 novembre 2006, le secrétaire général du Hezbollah
Hassan Nasrallah (également représentant personnel
du leader spirituel iranien l'ayatollah Ali Khamene'i
au Liban[59])
appela ses partisans à prendre le contrôle de la rue et à renverser
le gouvernement libanais de Fouad Siniora. Un quotidien proche
du Hezbollah promit que dans l'éventualité où la chute du
gouvernement ne serait pas effective dans une période de
40 jours, ce dernier aurait à subir un " coup décisif " visant à son
renversement. D'éminentes personnalités issues de la coalition
politique libanaise, rassemblées dans l'" Alliance du
14 mars ", mirent ainsi en garde contre la menace imminente
de putsch politique pesant sur le Liban. Ils dénoncèrent également
le rôle décisif de la Syrie et de l'Iran dans la fomentation de cette
crise par le Hezbollah. La toile de fond de ces troubles
fut l'assassinat, le 21 novembre 2006, du ministre de l'Industrie,
le chrétien libanais Pierre Gemayel[60].
Les
manifestations organisées en plein cœur de Beyrouth à l'instigation de Nasrallah
le 30 novembre 2006 se poursuivirent au cours de la première
semaine de décembre. Dans un contexte d'émeutes et d'affrontements
entre tenants de l'opposition et partisans de l'Alliance
du 14 mars, le terme d'" intifada " fut employé pour
décrire ces manifestations. L'Opposition nationale libanaise émit
un communiqué appelant à participer à un rassemblement massif
le 10 décembre " afin de prendre des dispositions visant à l'établissement
de nouvelles formes et moyens de protestation, dans un esprit
de non-violence ". Le journal iranien Sobh-e Sadeq,
porte-parole du Guide suprême iranien l'ayatollah
Khamene'i, affirma que la victoire du Hezbollah " dans la tenue
d'élections anticipées ou dans la modification de la composition
de la [structure] politique du gouvernement libanais signifierait
[...] l'échec de la politique occidentale et la défaite du
régime sioniste au Liban "[61].
Certains
analystes envisageaient déjà avant la guerre que le Hezbollah puisse
se servir d'un processus démocratique pour faire basculer
le Liban en une république islamiste chi'ite. Dans un article
publié au lendemain de la guerre au Liban, l'intellectuel
et chercheur réformiste américano-jordanien Shaker al-Nabulsi
mit en garde contre l'objectif du Hezbollah d'instaurer une
république qui s'alignerait aux principes régissant le régime
iranien actuel. Pour al-Nabulsi, la menace la plus inquiétante
réside dans la propagation de l'idéologie du Hezbollah au
sein du monde arabe tout entier, à tel point qu'il ne serait
alors plus nécessaire d' " exporter " le modèle
de révolution de l'ayatollah Khomeini. Le danger pour la
démocratie et la liberté se trouve ainsi dans la victoire
possible de l'idéologie du Hezbollah, plutôt
que dans ses exploits militaires.
Selon
l'analyse d'un observateur saoudien libéral, l'une des conséquences
les plus intéressantes de la guerre opposant Israël et le
Hezbollah fut la mise à l'écart du mouvement jihadiste mondial
et, en parallèle, le soutien plus large à des courants salafistes,
lesquels, en dépit de leur rhétorique, furent relégués au
rang de simples spectateurs tandis que le Hezbollah entamait
sérieusement, une fois encore, le prestige d'Israël. Selon
le même journaliste, bien que certains analystes aient pu
interpréter le dernier message d'Ayman al-Zawahiri comme
une main tendue à l'Iran, au Hezbollah et aux militants chi'ites
plus généralement, celui-ci ne reflétait en réalité aucun
changement dans la ligne directrice du réseau terroriste
quant aux relations entre les différents courants de l'islam.
Quoi qu'il en soit, al-Qa'ida tend de plus en plus à être
marginalisé au sein du mouvement jihadiste salafiste et son
influence idéologique est loin d'être aussi prépondérante
auprès des nouvelles générations de militants radicaux que
ce que l'on présume généralement[62].
CONCLUSION
L'alliance
entre l'Iran, la
Syrie, le Hezbollah et les Palestiniens (Hamas,
Jihad islamique palestinien et certains éléments du Fatah) laisse à penser
qu'une telle union est non seulement de l'ordre du possible,
mais qu'elle opère victorieusement contre ses ennemis déclarés :
les États-Unis, Israël, l'Occident dans son ensemble et les
régimes arabes modérés.
Cependant,
ce cas précis est différent : le moteur et le soutien de
cette alliance proviennent de deux États " voyous " (ou rogue
states), l'Iran et la
Syrie, régimes autoritaires ayant usé pendant trente ans
d'une stratégie de terrorisme à un niveau international,
sans avoir à subir de réelles sanctions. Leur position dominante
face à des organisations terroristes satellites ou mandataires,
le soutien politique, financier et militaire ainsi que l'asile
qu'ils accordent aux membres secondaires de l'alliance, sont
ainsi des éléments déterminants facilitant le
fonctionnement de cette alliance.
L'expérience
historique de ces trente dernières années démontre que la
plupart des coalitions rassemblant organisations terroristes
radicales et groupes issus de toutes origines n'auront fonctionné que
partiellement et généralement duré que peu de temps[63].
Les
dissensions qui existent entre Chi'ites et Sunnites montrent
l'extrême
difficulté pour les mouvements religieux islamistes et les
groupes faisant usage du terrorisme et de la violence de
construire de véritables coalitions, qui puissent durer suffisamment
longtemps pour aboutir à la création d'une Oumma musulmane
unifiée et victorieuse.
Toutefois,
des coalitions d'ordre tactique pourraient se créer à la faveur
de périodes de fragilité opérationnelle et de pression, ou
de menace, extérieure accrue. De telles coalitions auraient
pour principales conséquences une déstabilisation des régimes
politiques fragiles dans la région, un ébranlement du processus
démocratique qui se met en place dans certains pays, ou encore
un affaiblissement du processus de négociation engagé entre
Israël et les Palestiniens.
*Ely
Karmon est directeur de recherche à l'Institute for Counter-Terrorism (ICT)
et chercheur à l'Institute for Policy and Strategy (IPS),
tous deux rattachés à l'Interdisciplinary Center (IDC)
basé à Herzliya, en Israël. Il enseigne le terrorisme et
la guérilla à l'époque moderne à l'IDC, à l'Israeli
Defense Forces (IDF) Military College, ainsi
qu'au National Security Seminar of the Galilee College.
Ely Karmon est l'auteur de Coalitions of
Terrorist Organizations. Revolutionaries, Nationalists
and Islamists [Coalitions
d'organisations terroristes. Révolutionnaires,
nationalistes et islamistes], Leiden, Boston, Brill Academic Publishers,
2005.
NOTES
[1] Traduction
par Stéphanie Lévy de l'original " Radicalization of
the Sunni-Shi'a Divide ". Cet article est une version éditée
et actualisée de deux présentations : " Is
a Coalition Viable in the Islamist Camp? The Sunni - Shi'a
Divide " [" Une Coalition au sein du camp islamiste est-elle
durable ? Dissensions entre Sunnites et Chi'ites "],
réflexion proposée lors de la tenue du Proteus Futures
Academic Workshop, intitulé " Analyzing Future National
Security Challenges " [" De l'analyse des futurs
defis sécuritaires nationaux "], organisé par le Center
for Strategic Leadership, rattaché à l'U.S. Army War
College, à Carlisle Barracks (Pennsylvanie, États-Unis),
du 22 au 24 août 2006. La seconde présentation s'intitule " Radicalization
of the Sunni-Shi'a Divide: from Pakistan and Afghanistan
to Iraq, Lebanon, and the Gulf " [" Chi'isme
et sunnisme, vers une radicalisation des dissensions :
du Pakistan et de l'Afghanistan jusqu'en Irak, au Liban et
dans le Golfe "] ; elle fut présentée lors de la
sixième édition annuelle de la Conférence internationale sur le
terrorisme mondial, organisée par l'Institute for Counter-Terrorism (ICT) à Herzliya (Israël),
du 11 au 14 septembre 2006.
[2] Al-Qa'ida
ne s'est sérieusement attaqué à sa cible principale, à savoir
la royauté saoudienne, qu'elle exècre, qu'après sa défaite
en Afghanistan. Il semble plus réaliste de considérer qu'il
existait un accord tacite entre les dirigeants saoudiens
et ben Laden, selon lequel aucune attaque ne serait menée
contre les intérêts et le territoire saoudiens. Ceci peut également
expliquer le fait que l'Arabie saoudite ait été l'un des
trois seuls pays (avec le Pakistan et les Émirats Arabes
Unis) à reconnaître la légitimité du régime taliban en Afghanistan,
l'avoir soutenu financièrement et avoir maintenu ses relations
diplomatiques avec lui jusqu'à la fin. Selon le Dr. Saad
al-Faqih, dont l'expertise sur al-Qa'ida est largement reconnue,
les dirigeants saoudiens auraient pris " un assez grand
nombre de décisions maladroites " dans un passé récent.
De plus, " à un niveau opérationnel, il existe à présent
un lien très fragile entre ben Laden et ses conseillers d'une
part, et les responsables locaux d'al-Qa'ida en Arabie saoudite d'autre
part ". Voir Mahan Abedin, " New Security Realities
and al-Qaeda's Changing Tactics: An Interview with Saad al-Faqih " [" Nouvelles
Réalités sécuritaires et évolution de la tactique d'al-Qa'ida :
entretien avec Saad al-Faqih "], Spotlight on Terror,
Jamestown Foundation, vol. 3, no. 12, 15 décembre 2005. Le
Dr Saad al-Faqih est à la tête du groupe d'opposition saoudien Mouvement
pour une réforme islamique en Arabie (MRIA).
[3] " The
Third Letter to the Africa Corps " [" Troisième
lettre au Corps d'Afrique "], traduit en anglais, figurant
dans l'ouvrage Harmony and Disharmony : Exploiting
al-Qa'ida's Organizational Vulnerabilities, Combating
Terrorism Center, Department of Social Sciences, United States
Military Academy, 14 février 2006, http://www.ctc.usma.edu/aq/AFGP-2002-600053-trans.pdf.
[5] Adonis, " Le
Chiavi del Islam ", L'Espresso, 29 juin 2006.
[6] Il
semble que l'article de Nasr ait également influencé le débat
au sein de l'establishment et du monde universitaire américain
sur cette importante question. Voir Vali Nasr, " Regional
Implications of Shi'a Revival in Irak " [" Conséquences
régionales du renouveau chi'ite en Irak "], The Washington
Quarterly, vol. 27, no. 3, été 2004.
[9] " The
Ottoman Policy Toward the Shia Community of Iraq in the Late
19th Century " [" La Politique ottomane à l'égard de la communauté chi'ite
d'Irak à la fin du 19ème siècle "], texte présenté au
cours de la conférence sur " Images, Representations
and Perception in the Shia World ", présentée à l'Université de
Genève, 17-19 octobre 2002, http://www.unige.ch/lettres/meslo/arabe.
[10] B.
Raman, " Islamabad Blast: Gilgit-Related " [" Explosion d'Islamabad:
en relation avec Gilgit "], South Asia Analysis Group,
no. 1393, 29 mai 2005.
[11] South
Asia Intelligence Review (SAIR), vol. 3, no. 47, 6
juin 2005.
A participé à ce numéro : Amir Mir, rédacteur en chef
assistant, Herald mensuel, Dawn Group of Newspapers,
Karachi.
[14] Nasr, " Regional
Implications of Shi'a Revival in Iraq ".
[15] B.
Raman, " Massacres of Shias in Iraq & Pakistan -
The Background " [" Les Massacres de musulmans chi'ites
en Irak et au Pakistan - Éléments de base "], South
Asia Analysis Group, no. 941, 3 mars 2004.
[16] Yitzhak
Nakash, Reaching for Power. The Shi'a in the Modern
Arab World [Quête du pouvoir : le chi'isme au
sein du monde arabe moderne], Princeton University Press,
New Jersey, 2006, pp. 50-51.
[17] Nasr, " Regional
Implications of Shi'a Revival in Iraq ".
[18] Nakash, Reaching
for Power. The Shi'a in the Modern Arab World, p. 45.
[23] Hassan
M. Fattah, " Ripples from Iraq disturb Bahrain " [" L'Agitation irakienne perturbe
Bahreïn "], The New York Times, 15 avril 2006.
[24] Nimrod
Raphaeli, " The Sheikh of the Slaughterers: Abu Mus'ab Al-Zarqawi
and the Al-Qa'ida Connection " [" Le cheikh des
meurtriers : Abu Musab al-Zarqawi et sa relation à al-Qa'ida "], MEMRI
Inquiry and Analysis Series, no. 231, 1er juillet 2005.
[28] Nimrod
Raphaeli, " Iraqi Elections (III): The Islamist and
Terrorist Threats " [" Élections irakiennes (III) :
les menaces islamistes et terroristes "], MEMRI Inquiry
and Analysis Series, no. 202, 18 janvier 2005.
[29] Voir
Bruce Lawrence, Messages to the World. The Statements
of Osama bin Laden [Messages adressés au monde. Déclarations
d'Oussama ben Laden], London, New York : Verso,
2005.
[30] " Letter
from al-Zawahiri to al-Zarqawi " [" Lettre d'al-Zawahiri
adressée à al-Zarqawi "], ODNI News Release,
no. 2-05, 11 octobre 2005. Le bureau du directeur du Renseignement
national a publié cette lettre, datée du 9 juillet 2005,
obtenue à la faveur d'opérations contre-terroristes en Irak.
[31] " Zarqawi's
tape demands that Hizbullah lay down its arms. Head of Al-Qaeda
in Iraq lashes out at 'infidel' Shiites " [" La
cassette de Zarqawi exige du Hezbollah qu'il dépose les armes. Le
chef d'al-Qa'ida en Irak s'en prend violemment aux 'infidèles' chi'ites "], Daily
Star, 3 juin 2006.
[32] Michael
Scheuer, " Al-Zawahiri's September 11 Video Hits Main
Themes of al-Qaeda Doctrine " [" La vidéo d'al-Zawahiri
sur le 11 septembre heurte les principaux thèmes de la doctrine
d'al-Qa'ida "], Terrorism Focus, vol. 3, question
36, Jamestown Foundation, 19 septembre 2006.
[33] " The
Next Iraqi War? Sectarism and Civil Conflict " [" La
Prochaine guerre en Irak ? Sectarisme et guerre civile "], Middle
East Report, no. 52, International Crisis Group, 27 février
2006.
[34] Anthony
H. Cordesman, The Iraqi Insurgency and the Risk of Civil
War: Who Are the Players? [Insurrection en Irak et
risque de guerre civile : qui sont les acteurs ?],
Center for Strategic and International Studies, travail préparatoire,
révisé le 1er mars 2006.
[37] Pour
un compte-rendu détaillé des unités chi'ites anti-sunnites,
se référer à Cecile Zwiebach, " The Confused Security
Situation in Iraq: Some Less Publicized Units " [" La Confusion sécuritaire en Irak : quelques
unités peu médiatisées "], PolicyWatch, no. 1114,
The Washington Institute for Near East Policy, 21 août 2006.
[39] Ilene
R. Presher and Nicholas Blanford, " Al Qaeda takes aim at
Israel " [" Al-Qa'ida vise Israël "], The
Christian Science Monitor, 13 janvier 2006.
[41] Hamza
Hendawi, " Hezbollah Links Plot to Clashes in Iraq " [" Le
Hezbollah fait la relation entre le complot et les affrontements
en Irak "], Associated Press, 15 avril 2006.
[42] " Zarqawi's
tape demands that Hizbullah lay down its arms. Head of Al-Qaeda
in Iraq lashes out at 'infidel' Shiites " [" La
Cassette de Zarqawi exige du Hezbollah qu'il dépose les armes. Le
chef d'al-Qa'ida en Irak s'en prend violemment aux 'infidèles' chi'ites "], Daily
Star, 3 juin 2006.
[43] David
Schenker, " One Year after the Cedar Revolution: The Potential
for Sunni-Shiite Conflict in Lebanon " [" Un
an après la révolution du Cèdre : le conflit potentiel
entre Sunnites et Chi'ites "], Policywatch, no.
1114, The Washington Institute for Near East Policy, 20 juin
2006.
[44] Mourhaf
Jouejati, " Much ado about nothing. Shi'ite crescent " [" Beaucoup
de bruit pour rien. Le croissant chi'ite "], bitterlemons-international.org,
ed. 4, vol. 3, 3 février 2005.
[46] Kamran
Taremi, " Shi'ite Crescent. An Iranian Perspective " [" Le
Croissant chi'ite. Une perspective iranienne "], bitterlemons-international.org,
ed. 4, vol. 3, 3 février 2005.
[47] Nasr, " Regional
Implications of Shi'a Revival in Iraq ".
[49] Fuad
Husayn, The Second Generation of Al-Qa'ida (Part 13) [La
seconde génération d'al-Qa'ida (treizième partie)], ouvrage
sur al-Zarqawi et al-Qa'ida, publié en épisodes par al-Quds
al-Arabi, Londres, 11 juillet 2005.
[50] " Text
of a document discovered in terror leader Abu Musab al-Zarqawi's
hideout. The document was provided in English by Iraqi National
Security Adviser Mouwafak al-Rubaie " [" Texte
d'un document découvert dans la cache du chef terroriste
Abu Musab al-Zarqawi. Le document a été fourni en anglais
par le conseiller iranien à la sécurité nationale Mouwafak
al-Rubaie "], The Associated Press, 15 juin 2006.
[51] Voir
Ely Karmon, " The Axis of Destabilization of the Middle
East ".
[52] Reuven
Paz, " Hotwiring the Apocalypse: Jihadi Salafi Attitude
Towards Hizballah and Iran " [" L'Apocalypse mise en
marche : la position des jihadistes salafistes quant au Hezbollah
et à l'Iran "], Project for the Research of Islamist
Movements (PRISM) Occasional Papers, vol. 4, no. 4, août
2006.
[54] Paz, " Hizballah
or Hizb al-Shaytan? Recent Jihadi-Salafi Attacks Against
the Shiite Group ".
[55] Paz, " Hotwiring
the Apocalypse: Jihadi Salafi Attitude Towards Hizballah
and Iran ".
[58] Bernard Haykel, " A Hizbullah 'Victory'? " [" Une 'Victoire' du
Hezbollah ? "], Al-Sharq al-Awsat, 5 août
2006.
[59] Lors
d'une entrevue avec le Guide suprême iranien Khamene'i en
2001, Nassrallah baisa publiquement la main de ce dernier,
reconnaissant ainsi de facto l'ayatollah comme son
leader.
[60] Pierre
Amine Gemayel, fils de l'ancien président libanais Amine
Gemayel, fut le porte-parole des Phalanges libanaises sous
le gouvernement de Siniora. Il fut également l'une des figures éminentes
de la coalition politique " Alliance du 14 mars ".
Voir H. Varulkar, " Lebanon on the Brink of Civil War (3) " [" Le
Liban au bord de la guerre civile (3) "], MEMRI Inquiry
and Analysis Series, no. 302, 23 novembre 2006.
[61] " Lebanon
on the Brink of Civil War (6): Beirut, December 10 at 3 PM
-- A Mass Rally for a 'Second Phase' and Escalation of Actions
to Topple the Government " [" Le Liban au bord de la
guerre civile (6) : Beyrouth, 10 décembre, 15 heures
-- rassemblement massif afin d'entrer dans une 'seconde phase' et
d'intensifier les mesures visant au renversement du gouvernement "], MEMRI
Special Dispatch Series, no. 1385, 8 décembre
2006.
[63] Cf.
Ely Karmon, Coalitions of Terrorist Organizations. Revolutionaries,
Nationalists and Islamists [Coalitions d'organisations
terroristes : révolutionnaires, nationalistes et islamistes],
Martinus Nijhoff Publishers, Leiden, Boston, 2005. Équipe du Journal
MERIA
Directeur de publication et rédacteur en chef
: Prof. Barry Rubin
Rédactrices adjointes : Déborah
Touboul, Stéphanie
Lévy, Maureen Meyer
Le Journal MERIA est un projet du Centre GLORIA (Centre
de recherches
mondiales en affaires internationales), Centre Interdisciplinaire.
Site Internet : http://meria.idc.ac.il/journal_fr -
Email : meria@idc.ac.il
*Lu dans tout le Moyen-Orient et dans une centaine de pays*
Copyright © 2007 Journal MERIA. Tous droits réservés.
Pour citer ce document, respecter les règles
de citation. Demander la permission pour toute
reproduction.
|