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LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE AMÉRICAINE AU MAGHREB :
CONSTANCES ET ADAPTATIONS*
Yahia H. Zoubir**
Historiquement,
le Maghreb n’a jamais été une région
vitale pour les États-Unis, et ce malgré sa position
géostratégique. Pendant la guerre froide, l’Algérie et
même la Libye, bien qu’ayant de très bonnes relations
avec l’URSS, n’inquiétaient pas les intérêts américains
dans la région. Mais depuis la fin de la guerre froide,
les États-Unis montrent un intérêt croissant pour la
région, motivé notamment par des considérations énergétiques.
Les événements du 11 septembre 2001 ont grandement accru
ce regain d’intérêt, surtout sur le plan sécuritaire.
Cet article analyse l’évolution de la politique américaine
au Maghreb, en mettant l’accent sur ses objectifs et
sa conception du Maghreb. Il analyse aussi les relations
politiques, économiques, militaires et sécuritaires
qu’entretiennent les États-Unis avec chacun des États
dans la région.
Beaucoup
d’observateurs
en France[1] et
au Maghreb[2] suggèrent,
et s’inquiètent, que les États-Unis s’intéressent un
peu trop au Maghreb et qu’ils veulent supplanter l’influence
française dans la région. Qu’en est-il en réalité ?
Quels sont les intérêts des États-Unis au Maghreb ?
Est-il vrai que les États-Unis souhaitent éliminer l’influence
française et européenne au Maghreb ? L’hypothèse
principale dans cet article est qu’il existe un intérêt
incontestable des États-Unis pour cette région, devenue
d’autant plus stratégique depuis le 11 septembre 2001,
mais que les objectifs américains au Maghreb, certes
réels, sont moins ambitieux et moins inquiétants pour
les intérêts européens, français en particulier, qu’on
ne le pense. En fait, les relations transatlantiques
dans la région relèvent plus de la complémentarité que
de la rivalité[3].
L’ÉVOLUTION
DES RELATIONS DES ÉTATS-UNIS
AVEC LE MAGHREB
Pendant
des décennies,
les États-Unis ont généralement accordé assez peu d’attention
au Maghreb, les dirigeants américains considérant que
le Maghreb faisait partie de la zone d’influence de l’Europe
et notamment de la France. Cependant,
certaines périodes ont régulièrement marqué un regain
d’intérêt de la part des États-Unis, tant sur le plan économique
que politique. Il y eut au moins trois périodes au cours
desquelles les États-Unis accordèrent une attention particulière
au Maghreb : la deuxième guerre mondiale, la décolonisation
dans les années 1950 et 1960 et enfin le conflit du Sahara
occidental jusqu’aux années 1980.
Durant
la guerre froide, les États-Unis n’ont jamais perçu le Maghreb
en tant qu’entité régionale, malgré son importance géopolitique,
et lui ont préféré des relations bilatérales avec chacun
des États. Le Maghreb en tant
que région n’était important que par rapport aux conséquences
que son évolution pouvait avoir sur la stabilité de l’Europe
méridionale, flanc sud de l’OTAN (Organisation du Traité de
l’Atlantique Nord, NATO’s Southern Flank en anglais).
Durant toute la période de la guerre froide, il s’agissait
surtout d’endiguer l’influence communiste--celle de l’URSS
en particulier--et de promouvoir les intérêts occidentaux.
Malgré des relations sécuritaires et politiques privilégiées
avec le Maroc et la
Tunisie, les Américains s’en étaient remis à la
France, ancienne puissance coloniale, pour jouer un
rôle prépondérant au Maghreb. Donc, jusqu’au début des
années 1990, il n’existait pas de politique régionale américaine
au Maghreb[4]. Mais depuis la fin de la guerre
froide et l’effondrement du bloc de l’Est, une politique
régionale s’est graduellement dessinée, dictée par la stratégie
globale de l’« hyper puissance » américaine.
Ainsi, depuis la fin des années
1990, la politique américaine est devenue manifestement
favorable à l’émergence d’un ensemble régional maghrébin
intégré dans l’espace de l’économie de marché. Ceci fait
partie de la notion de trading blocs (« zones
commerciales »). Même si était
exclue de ce schéma, il ne fait aucun doute que les États-Unis
envisageaient son intégration éventuelle dans cet ensemble,
qui s’étend de au
Maroc et inclut le Sahara occidental. La normalisation
amorcée depuis décembre 2003, l’annonce le 15 mai 2006
du rétablissement des relations diplomatiques avec la Libye
ainsi que la suppression de celle-ci de la liste des pays
sponsorisant le terrorisme en sont la démonstration
concrète.
Au cours
de la période qui a suivi la guerre froide, l’intérêt américain
pour le Maghreb s’est d’abord accru en raison de l’inévitable
globalisation, puis surtout suite aux événements du 11
septembre 2001. En effet, à la fin des années 1990, les
hommes politiques américains étaient très séduits par
la vision d’une entité régionale maghrébine centrée sur
le marché ; et depuis les attentats anti-américains,
les États-Unis accordent encore plus d’attention à la
région, en partie parce que certains membres du réseau
terroriste al-Qa’ida, les dénommés « arabes afghans »,
sont d’origine nord-africaine. Cependant, la situation
de ni paix ni guerre au Sahara occidental continue d’être
une source de tensions dans la région et reste le principal
point de discorde entre l’Algérie et le Maroc, qui forment
la colonne vertébrale du processus de régionalisation[5].
Depuis ses débuts en 1975, le conflit du Sahara occidental
a exacerbé les tensions dans les relations algéro-marocaines.
L’intégration économique maghrébine restera ainsi laborieuse
tant que la dispute entre le Maroc et les nationalistes
sahraouis ne sera pas résolue.
LES
OBJECTIFS DE LA POLITIQUE AMÉRICAINE
AU MAGHREB
De nos
jours, les États-Unis favorisent un type de développement privilégiant
la croissance économique durable au Maghreb. Officiellement, « les États-Unis
recherchent la stabilité et la prospérité de l’Afrique
du Nord » et souhaitent « renforcer [leurs]
relations avec le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, et
encourager les réformes politiques et économiques »[6].
Avant
les événements du 11 septembre, le principal intérêt
américain était tout d’abord économique, l’indicateur
le plus clair étant l’Alliance économique entre les États-Unis
et l’Afrique du Nord, aussi appelée l’Initiative Eizenstat.
Celle-ci fut lancée en 1999 et fut ultérieurement renommée
Programme économique américain pour l’Afrique du Nord.
Son objectif était de « resserrer les liens entre les États-Unis
et les trois pays de l’Afrique du Nord en matière de
commerce et d’investissements, de favoriser davantage
le commerce entre nos pays, d’inciter un plus grand
nombre d’entreprises américaines à investir dans la
région et à créer des emplois bien rémunérées […] et
de favoriser la réduction des barrières internes entre
les pays de l’Afrique du Nord, qui ont freiné les flux
de commerce normaux entre ces pays »[7].Cette déclaration
exprime implicitement le soutien aux trois pays du
Maghreb central afin qu’ils raniment l’Union du Maghreb
arabe (UMA)--à noter l’exclusion de la Libye et de
la Mauritanie--et pousse à la réouverture de la frontière
algéro-marocaine, fermée depuis août 1994. Le Programme économique
américain pour l’Afrique du Nord--qui fait à présent
partie du Broader Middle East Partnership Initiative (BMEPI, « Initiative
de partenariat avec le Moyen-Orient élargi »)--rappelle
constamment que les États-Unis souhaitent que le Maghreb
devienne une entité intégrée, qui finisse par s’étendre
vers l’Est. Il est fort probable qu’à long terme les États-Unis
souhaitent voir un ensemble nord-africain incluant
l’Égypte[8]--qui
occupe déjà un
rôle d’observateur dans l’UMA--allié proche des États-Unis,
qui servirait de maillon important dans la chaîne de
normalisation avec Israël. Étant donné l’amélioration
actuelle des relations entre la Libye et les États-Unis,
cette expansion n’est probablement pas exagérée.
Dans
les années
1990, le principal souci des États-Unis au Maghreb était
la situation extrêmement instable en Algérie[9].
Ainsi, l’incertitude dans ce pays a été la première raison
pour laquelle les États-Unis, à l’instar des autres États,
ont souhaité maintenir le statu quo dans le conflit du
Sahara occidental. La forte émergence de l’islamisme
radical, le chaos prévu par les analystes en cas de triomphe
islamiste dans les urnes et les risques d’insurrection
armée ont renforcé l’importance stratégique du Maroc.
Aux yeux des Américains et de nombreux Européens, notamment
les Français, le Maroc était perçu, jusqu’à récemment,
comme une forteresse, en raison de sa stabilité interne
et de sa situation de rempart géographique contre l’islamisme
radical. La crainte des États-Unis et de l’Europe était
que la déstabilisation de l’Algérie ou du Maroc entraîne,
par ricochet, des conséquences terribles pour l’Europe.
Un régime marocain affaibli, par exemple, faciliterait
l’ascension de l’islamisme radical au sein de ce pays,
ce qui donnerait lieu à une émigration massive vers l’Europe.
Durant la crise algérienne, particulièrement dans la
période 1992-1996, alors que le terrorisme islamiste
faisait ravage, plus de 400 000 cadres algériens (informaticiens,
médecins, etc.) auraient fui vers l’Europe et l’Amérique
du Nord[10].
Notons aussi que c’est durant ces années de la crise
algérienne que le Maghreb devenait important aux yeux
des États-Unis.
LE
MAROC : PILIER DES ÉTATS-UNIS AU MAGHREB
Dans
la politique étrangère
des États-Unis, le Maroc continue d’être un pilier de
la présence américaine au sein du Maghreb et du Proche-Orient,
notamment pour la sixième flotte américaine en Méditerranée
et pour le « processus de paix » au Proche-Orient. À la
fin de la guerre froide, l’aide économique et militaire
américaine avait relativement diminué. Cependant le Maroc
a su regagner sa place d’allié important, et ce pour
plusieurs raisons. La première était son soutien à la
guerre du Golfe de 1991, pendant laquelle 2 000 soldats
marocains ont été envoyés en Arabie saoudite.
La seconde
raison était,
comme nous l’avons vu, l’instabilité de l’Algérie. Alors
que le régime algérien luttait pour sa survie et que
le spectre d’une révolution islamiste radicale planait
sur l’Afrique du Nord, le Maroc retrouvait son rôle de « rempart » contre
les forces extrémistes anti-occidentales. Le royaume
renouait ainsi avec le statut de protecteur des valeurs
occidentales contre « l’obscurantisme islamiste », après
avoir rempli cette fonction contre le communisme au cours
de la guerre froide. La capacité du roi Hassan II à réprimer
les mouvements islamistes radicaux dans son pays lui
a permis de devenir un intermédiaire particulièrement
utile contre ces forces. Parallèlement, grâce à sa capacité à institutionnaliser
l’islamisme et à sa tolérance envers certains islamistes
agissant dans les limites qu’il a lui-même fixées, Hassan
II--au titre de « roi des croyants » et accepté en
tant que tel par une partie de la population marocaine--a
favorisé une certaine stabilité. C’est d’ailleurs ce
qui servit de modèle aux officiels américains, tels Robert
Pelletreau, pour encourager un compromis entre le régime
algérien et les islamistes « modérés »[11].
La troisième raison
du soutien américain au Maroc est peut-être liée à l’accélération
des réformes économiques et de libéralisation du marché,
comprenant une privatisation à grande échelle, qui coïncide
avec les objectifs idéologiques américains. Le soutien
au profit du Maroc au sein du Congrès américain joue également
un rôle important, le Maroc étant considéré comme un
pays moins hostile à l’égard d’Israël. Ainsi, malgré les
violations des droits de l’Homme, les États-Unis ont
maintenu leur politique envers le Maroc.
Le gouvernement
de George W. Bush a renforcé les coopérations économique
et militaire, lesquelles ont été particulièrement importantes
dans le domaine antiterroriste. Pour les États-Unis,
le Maroc se distingue également en tant que « modèle
de démocratie » au sein du monde arabe. L’ancien
ambassadeur américain au royaume chérifien déclara au
mois de novembre 2000 « qu’en ce qui concerne le
Maroc, nous sommes très enthousiasmés par l’expérience
démocratique. Au ministère des Affaires étrangères, nous
sommes persuadés que le Maroc est probablement la meilleure
expérience démocratique en cours au Moyen-Orient »[12]. En
novembre 2003, Bush annonça que :
Les États-Unis
comptent prendre de nombreuses et importantes mesures
pour renforcer nos relations avec le royaume [du Maroc],
notamment des mesures visant le développement de la coopération économique
et militaire, ainsi qu’en matière de lutte antiterroriste.
Les États-Unis sont également sur le point de concéder
au Maroc la considération d’allié de longue durée.[13]
Mis à part l’Égypte, le Maroc a reçu, depuis son indépendance en 1956,
plus d’aide financière américaine que tout autre pays arabe. À partir
de 1975, lorsque débuta le conflit au Sahara occidental,
le Maroc obtint plus d’un cinquième de l’aide totale américaine
en Afrique, avec plus d’un milliard de dollars allant à l’aide
militaire. En 2002, le Maroc reçut 72 pour cent de l’aide
totale américaine aux trois pays du Maghreb. En 2005, cette
aide représentait 81,8 pour cent, avec près de 58 millions
de dollars[14].
L’aide militaire s’élève à présent à 20
millions de dollars, afin d’aider le Maroc non seulement à stopper
l’immigration clandestine mais aussi, et surtout, à protéger
ses frontières et poursuivre la lutte antiterroriste.
Il convient
cependant de signaler que, malgré son soutien affirmé au Maroc,
Washington refuse de reconnaître la souveraineté marocaine
dans le différend du Sahara occidental[15] afin
de ne pas se trouver en désaccord avec les congressistes
américains partisans de l’organisation d’un référendum
sur ce territoire et surtout afin d’éviter une franche
inimitié avec l’Algérie.
L’ÉVOLUTION
DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET L’ALGÉRIE
À la fin des années
1990, les relations entre les États-Unis et l’Algérie
ont connu, à tous les niveaux, un essor considérable
par rapport à ce qu’elles avaient été jusqu’alors. L’antagonisme
politique et idéologique du passé s’est peu à peu dissipé.
La meilleure illustration de cette évolution fut la visite
officielle du président Abdelaziz Bouteflika aux États-Unis
en juillet 2001. L’influence croissante de l’Algérie
au sein de l’Organisation de l’unité africaine (OUA,
devenue l’Union africaine), ainsi que l’importance grandissante
de l’axe Algérie - Nigeria - Afrique du Sud, ne sont
pas passées inaperçues à Washington, que l’on soupçonne
même d’en être un actif promoteur (en comparaison avec
l’échec du plan Oméga, défendu par le Sénégal et la France,
que le président sénégalais Abdoulaye Wade a tenté de lier
au Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique)[16]. Quant à la résolution
du conflit du Sahara occidental, les hommes politiques
américains sont conscients qu’elle est impossible sans
l’approbation de l’Algérie[17].
Sur
un autre registre, les États-Unis avaient compris bien avant le 11 septembre
qu’il était nécessaire de coopérer avec l’Algérie en
matière de terrorisme mondial. En effet, au mois de mars 2001, le directeur du FBI,
Louis Freeh, était venu en Algérie pour solliciter l’aide
de ses autorités dans la lutte contre le réseau d’Oussama
ben Laden[18]. Néanmoins,
les attentats du 11 septembre ont accéléré le rapprochement
entre les deux pays, au moins en ce qui concerne la coopération
sécuritaire. Malgré certaines réserves, l’Algérie a accepté de
se joindre à la coalition internationale menée par les États-Unis.
Les autorités algériennes ont ainsi remis à Washington
une liste de plusieurs centaines de suspects--militants
islamistes algériens réfugiés en Europe et en Amérique--et
ont offert leur coopération en matière de sécurité et
d’échanges entre les services secrets. Le président Bouteflika
a aussi effectué une visite à Washington le 5 novembre
2001. Au cours de ce voyage, dont le thème principal était
la lutte mondiale contre le terrorisme, les Algériens
ont obtenu des résultats politiques positifs : le
soutien à la lutte antiterroriste en Algérie, l’appui
au manifeste de l’OUA à Alger sur la lutte contre le
terrorisme, la condamnation des violentes prises de pouvoir
en Afrique et le soutien à la diplomatie de l’Algérie
en Afrique et en Méditerranée. La CIA, le FBI et la NSA
(National Security Agency ou « Agence de
sécurité nationale ») continuent de solliciter l’aide
des Algériens, qui ont acquis une expérience extrêmement
précieuse dans le domaine de la lutte antiterroriste.
Plus important encore, tout en refusant de vendre à l’Algérie
des armes de guerre, les États-Unis ont accepté de fournir
aux forces de sécurité algérienne un équipement efficace[19],
permettant d’éliminer
les groupes « résiduels » de militants armés dans les
zones rurales. Ceci a permis à l’Algérie
de rompre l’embargo militaire qui l’accablait depuis
l’annulation du processus électoral en janvier 1992.
L’embargo avait longtemps forcé les Algériens à s’approvisionner
sur des marchés parallèles et hypothétiques dans l’ancien
bloc communiste, en Afrique du Sud et en Turquie[20].
Ce rapprochement
entre Washington et Alger n’aurait pas été aussi facile
sans le rôle régional de plus en plus important que l’Algérie
pouvait jouer dans la préservation de la sécurité en
Méditerranée, une région vitale pour l’Alliance atlantique.
L’OTAN a reconnu l’importance de la relation entre la
sécurité euro-atlantique et la stabilité en Méditerranée.
Ainsi, les visites de Bouteflika au quartier général
de l’OTAN en Belgique en décembre 2001 et en décembre
2002 ont donné lieu à l’établissement d’un programme
de coopération et à des manœuvres conjointes en Méditerranée
par les forces algériennes et celles de l’OTAN.
Sur
le plan économique,
les relations entre l’Algérie et les États-Unis ont connu
une croissance remarquable. En juillet 2001, les deux
pays ont signé un accord-cadre sur le commerce et l’investissement, établissant
une procédure consultative qui donna lieu à un accord
bilatéral d’investissement, à des concessions commerciales
mutuelles et à un accord sur la double imposition fiscale,
ouvrant plus largement les ressources pétrolifères et
gazières algériennes aux entreprises multinationales.
L’objectif de cet accord était de doubler le volume des échanges
et de permettre aux entreprises américaines d’acquérir
une plus grande part du marché algérien, notamment en
matière d’hydrocarbures. Les États-Unis sont ainsi devenus
les plus grands investisseurs dans ce secteur (avec 2,7
milliards de dollars[21]),
alors que la France, premier partenaire économique de
l’Algérie, n’investit que 500 millions d’euros[22].
Lors de sa visite à Washington en juillet 2001, Bouteflika
avait aussi exprimé le souhait que cet investissement
double en 2005. Cependant, ces dernières années les entreprises
américaines se sont également intéressées à des secteurs
autres que celui de l’énergie, comme par exemple ceux
des finances, des produits pharmaceutiques, des télécommunications
et de l’informatique.
Il n’en demeure
pas moins que, malgré cette évolution positive, les investissements
américains, hors des hydrocarbures, demeurent faibles.
L’instabilité de l’Algérie au cours des années 1990 explique
en partie le faible niveau d’investissements étrangers
directs (IED) américains. La lenteur des réformes économiques,
la vétusté de certaines infrastructures et la bureaucratie
sont autant de facteurs ayant maintenu les investisseurs
américains à l’écart. Signalons cependant que l’Afrique
du Nord, en général, bénéficie d’une part peu élevée
du marché mondial d’IED (cinq milliards de dollars chaque
année). L’Algérie a tout de même réussi à attirer 3,4
milliards de dollars en 2004, soit le double de 2003,
dont la majorité hors du secteur des hydrocarbures[23].
Il ne fait aucun doute que les relations économiques
entre l’Algérie et les États-Unis vont bon train. Les États-Unis
sont devenus le premier client de l’Algérie et son troisième
fournisseur au premier trimestre 2005[24].
La coopération
algéro-américaine s’étend peu à peu à d’autres domaines,
tels ceux ayant trait à l’activité parlementaire ou au
fonctionnement des banques. En janvier 2006, par exemple,
une délégation de la National Conference of State Legislatures (« Conférence nationale des institutions
législatives des États américains ») a séjourné en
Algérie. La mission de la délégation était d’évaluer,
sur la base de ce qui avait été accompli jusque là, les
projets susceptibles de figurer dans le nouveau programme
de coopération pour le biennum 2006-2007[25], ceci toujours dans le cadre
de la MEPI.
LA
TUNISIE : PRESSIONS AMÉRICAINES POUR UNE OUVERTURE
DÉMOCRATIQUE
(?)
Depuis
son indépendance
en 1956, et jusqu’en 2003, la Tunisie occupait une place
privilégiée sur la liste des pays préférés des États-Unis.
L’alliance exemplaire américano-tunisienne ne s’est vue
menacée qu’une seule fois, suite au bombardement israélien
du quartier général de l’OLP (Organisation de libération
de la Palestine) à Tunis en 1985[26].
L’attitude pro-occidentale tunisienne s’est avérée extrêmement
attrayante, de même que son modèle de développement politique, économique
et social. Dans les années 1990, les hommes politiques
américains ont présenté la Tunisie comme un modèle de
réussite : réformes, libéralisation du marché, laïcisme,
promotions liées au statut des femmes, alphabétisation
et contrôle des naissances. Même le mouvement islamiste
tunisien a été présenté dans le années 1990 par le département
d’État comme étant beaucoup plus modéré que le FIS (Front
islamique du salut) algérien.
De plus,
les États-Unis
apprécient la Tunisie pour des raisons de sécurité, ce
que prouve le nombre de manœuvres militaires conjointes
effectuées chaque année. Pendant la crise algérienne,
la Tunisie, tout comme le Maroc d’ailleurs, a bénéficié d’un
soutien américain ferme afin d’éviter que l’islamisme
radical ne se propage et de dissuader la Libye de toute
tentative de déstabilisation de son voisin tunisien.
Compte tenu de son importance stratégique, la Tunisie
a échappé aux critiques relatives aux graves problèmes
de violation des droits de l’Homme, du moins publiquement.
Contrairement aux critiques adressées au régime algérien
par les États-Unis pendant les années 1990, la Tunisie
fut épargnée car, comme le Maroc et l’Égypte, elle justifia
cette répression au nom de la stabilité et de la survie
du régime contre des forces islamistes hostiles à l’Occident.
Les Tunisiens profitaient de l’instabilité en Algérie
pour justifier leurs mesures répressives non seulement
contre l’opposition islamiste mais contre toute opposition,
démocratique ou autre.
Deux
exceptions récentes à l’indulgence américaine envers le régime tunisien
sont notables. L’ancien secrétaire d’État Colin Powell
critiqua les violations des droits de l’Homme au cours
de sa visite en Tunisie en novembre 2003. En février
2004, le président Bush, ainsi que d’autres dirigeants,
ont déclaré à un Zine al-Abidine Ben Ali déconcerté qu’il
fallait entreprendre des réformes dans les domaines de
la liberté de la presse et du système législatif, judiciaire
et électoral.
Cependant,
hormis ces réprimandes ponctuelles, la Tunisie continue de bénéficier
du soutien de Washington et tout particulièrement du
département de la Défense, qui souhaite la maintenir
aux côtés des États-Unis. Bien entendu, à l’instar d’autres
gouvernements arabes, ce pays a profité des circonstances
qui ont suivi le 11 septembre pour conserver les faveurs
des États-Unis : participation à la lutte globale
contre le terrorisme, aide à l’Irak, reconnaissance du
Conseil de gouvernement irakien et participation à des
opérations de paix. La Tunisie a aussi utilisé la carte
israélienne pour atténuer les critiques américaines.
Ainsi, elle a invité, en février 2005, le premier ministre
israélien Ariel Sharon à se rendre en Tunisie. Cette
manœuvre rappelle celle utilisée par le roi Hassan II
lorsqu’il invita, en été 1986, Shimon Pérès, alors premier
ministre d’Israël, à se rendre au Maroc. L’objectif était
de regagner les faveurs américaines à la suite du Traité d’Oujda
(1984-1986) entre le Maroc et la Libye, qui avait irrité Washington à cause
de son inimitié envers Tripoli.
La Tunisie
bénéficie
toujours de très bons soutiens à Washington, non seulement
au niveau du Congrès--impressionné par le système social--mais
surtout au département de la Défense, qui joue le rôle
de lobby pour la Tunisie auprès du département d’État
et de la Maison Blanche afin d’atténuer les critiques
envers le régime autoritaire de Ben Ali.
LA
LIBYE : RÉHABILITATION DE L’ÉTAT « VOYOU »
Les
relations américano-libyennes ont connu l’évolution la plus extraordinaire
ces trois dernières années. Après des décennies d’animosité et
d’affrontements directs[27],
les deux pays ont beaucoup avancé dans le processus de
normalisation en peu de temps. L’accord de 2003 sur l’attentat
contre l’avion de la PanAm a constitué le point de départ,
suivi par l’annonce de la Libye, fin décembre 2003, de
sa décision d’abandonner ses programmes d’armes de destruction
massive (ADM). La coopération concernant ce type d’armes
a ouvert la voie aux discussions bilatérales et, à terme, à la
normalisation des relations diplomatiques. Les États-Unis
et la Libye sont actuellement en pourparlers quant à l’élargissement
des négociations ayant trait à la politique en Afrique,
au terrorisme, aux droits de l’Homme et aux réformes économiques
en Libye. Washington souhaiterait utiliser l’influence
dont jouit la Libye en Afrique pour mener des actions
dites positives[28] :
s’abstenir de s’ingérer dans les affaires intérieures
de certains pays africains, modérer la politique de Mugabe
au Zimbabwe, influer sur certains groupes d’opposition
et tempérer certains groupes islamistes, comme ce fut
le cas lors de la libération, grâce à la médiation des
Libyens, des otages occidentaux détenus par le groupe
islamiste d’Abou Sayyaf sur l’île de Jolo aux Philippines.
Les Libyens semblent avoir agi dans ce sens[29].
Les États-Unis
et la Libye discutent également de questions pétrolifères
et commerciales, qui risquent d’être extrêmement lucratives
pour les compagnies américaines, qui ont mené un lobby
incessant auprès des autorités américaines durant toute
la période de l’embargo afin que celui-ci soit levé et
que les compagnies puissent reprendre leurs activités
en Libye. Le retour des compagnies américaines en Libye s’est
accéléré ces derniers mois. Ainsi, en décembre 2005,
ExxonMobil a signé des accords pour l’exploration et
la production de pétrole avec la compagnie nationale
libyenne de pétrole (National Oil Company, NOC)[30].
Les autres compagnies ayant bénéficié de cette ouverture sont Occidental Petroleum,
Chevron et Amerada Hess, chargées elles aussi de prospecter
le pétrole libyen et de moderniser les structures pétrolières
du pays.
Cependant,
malgré l’avancée
positive des relations américano-libyennes depuis décembre
2003, il fallut attendre le 15 mai 2006 pour que la Libye
soit effacée de la liste des pays qui sponsorisent le
terrorisme. La Libye compte toujours de nombreux ennemis à Washington,
surtout parmi les néo-conservateurs, qui auraient souhaité punir
le gouvernement libyen pour ses actions passées. Certains
d’entre eux pensaient sérieusement attaquer la Libye
quelque temps après les événements du 11 septembre et
en même temps que la décision de renverser le régime
de Saddam Hussein en Irak.
Conscient
que les États-Unis
pourraient attaquer les pays ayant aidé des groupes terroristes,
même dans un passé lointain, Kadhafi s’attela sérieusement à dissocier
son pays de toute collusion avec les terroristes et à normaliser
ses relations avec les États-Unis, un projet qu’il tenta
de mener tant bien que mal pendant des années[31].
Lors de son discours du 31 août 2002, célébrant l’anniversaire de ses 33 ans au pouvoir,
Kadhafi déclara que « nous devons nous conformer à la
légalité internationale même si celle-ci a été faussée
et imposée par les États-Unis ; sinon nous serons
anéantis »[32].
Cependant,
il faut remarquer que la décision de la Libye d’abandonner les armes de destruction
massive et de normaliser ses relations avec les États-Unis
et l’Europe n’était pas, comme l’avait déclaré l’administration
Bush, le fait de la guerre en Irak[33].
En réalité, malgré les déclarations
faites auparavant, qui étaient dans la ligne des autres
annonces officielles de Bush, Colin Powell conclut lui-même,
après la décision de la Libye en décembre 2003 d’abandonner
ses armes de destruction massive, qu’aucun facteur ni aucun évènement
isolé ne suffirait à lui seul à expliquer les récentes
positions de la Libye. Ceci dit, la décision libyenne
nous montre un élément intrinsèque d’une diplomatie réussie.
La pulsion libyenne fut transformée en « victoire » grâce
aux persuasions américaine et britannique. Reconnaissant
l’interaction entre la diplomatie et la force, Powell
admit aussi que le processus dura plusieurs années, c’est-à-dire
qu’il fallut « en tout plusieurs administrations »[34] pour
atteindre ce résultat.
Bien
que le régime de Kadhafi
ait réduit son aide aux groupes terroristes, il décida
d’user de ses relations et de son influence passées sur
ces groupes pour mettre en avant les intérêts nationaux
libyens. C’est précisément son aptitude à influencer des
groupes du mouvement islamiste international, notamment à travers
l’association missionnaire Da’wa al-islamiyya, qui
permit à la Libye d’être incluse dans la liste des pays
en lutte contre le terrorisme. Ainsi, à l’instar d’autres
régimes arabes, la Libye eut l’opportunité de déclarer
qu’elle aussi combattait de tels mouvements sur son sol
depuis trois décennies.
Avec
les plus grandes réserves
en Afrique, la Libye est un
riche producteur de pétrole[35] ;
donc les États-Unis
surveilleront de près sa réhabilitation. La Libye « peut
récupérer une place sûre, être respectée parmi les autres
nations et, au fil du temps, améliorer ses relations avec
les États-Unis », a déclaré le président Bush. Il
semblerait à présent que Kadhafi soit prêt à jouer le rôle
d’allié des États-Unis dans la région. En tout cas, sa
déclaration, le 26 juillet 2006, dans laquelle il admet
que sa politique étrangère s’est avérée être un échec et
que la Libye a payé un tribut lourd pour sa politique dans
le passé[36], semble augurer
un processus d’alignement avec
les États-Unis.
LE
MAGHREB : ENTITÉ RÉGIONALE DANS LE CADRE DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE
AMÉRICAINE
Le principal
objectif pour les États-Unis est de développer au sein du Maghreb
une étroite coopération militaire, économique et sécuritaire.
Un examen des déclarations officielles, des conférences
de presse et des documents publiés montre que les États-Unis
tentent de mettre en place une alliance économique avec
le Maghreb par le biais de l’accélération des réformes
des structures au sein de chaque pays, en offrant un
plus grand rôle au secteur privé et en démantelant les
barrières intra-régionales, qui représentent un obstacle
pour le commerce et l’investissement. Mais le plus important
pour les États-Unis est de mettre en place un système
de sécurité maghrébin.
Les
Américains
sont également conscients de l’importance du pétrole
et du gaz naturel dans la région, notamment en Algérie
et en Libye. Dans ce contexte, le conflit au Sahara occidental
acquiert une dimension nouvelle car sa non résolution
signifie la persistance d’obstacles majeurs à la réalisation
de la politique régionale sécuritaire et économique américaine.
C’est pourquoi Bush insista, en novembre 2003, sur la
nécessité pour l’Algérie et le Maroc de trouver des « façons
créatives et pragmatiques de résoudre leurs différends »[37].
Or, cette insistance ne tient pas compte de la position
algérienne, et tant que les États-Unis et la France continueront à soutenir
le Maroc, le statu quo au Maghreb restera de mise. Il
est donc indispensable que le conflit du Sahara occidental
soit résolu de manière juste, équitable et rapide afin
de permettre un développement durable dans le Maghreb.
L’analyse montre que les États-Unis redoutent de voir la région devenir
une base de recrutement et d’activités du réseau d’al-Qa’ida
car, selon eux, ceci constituerait un véritable danger
pour l’Europe, puisque beaucoup des recrues d’al-Qa’ida
viennent d’Afrique du Nord mais aussi des banlieues des
villes européennes. Trois jours seulement avant les attentats
de Madrid le 11 mars 2004, le général Charles Wald, commandant
adjoint du commandement européen de l’armée américaine
(U.S. European Command, EUCOM) déclara sans ambages
qu’al-Qa’ida est en train de s’implanter en Afrique du
Nord[38].
Au niveau multilatéral, le
signal le plus important d’un changement fut le lancement
du programme de Dialogue méditerranéen (DM), qui rassemble
des pays tels que l’Algérie, Israël, le Maroc, la Tunisie,
l’Égypte et la Mauritanie autour d’une même table. L’intégration
de l’Algérie au DM représente un tournant de 180 degrés
car il marque une métamorphose des principes que l’Algérie
avait défendus résolument depuis son indépendance en 1962.
Quant aux régimes tunisien et marocain, leurs relations
avec les États-Unis se sont renforcées encore davantage
durant la crise algérienne des années 1990[39].
En 2002,
le président George W. Bush déclarait
dans le United States
National Security Strategy Report (« Rapport sur
la stratégie de sécurité nationale des États-Unis ») :
Nous
continuerons d’encourager nos partenaires régionaux à entreprendre
des efforts coordonnés afin d’isoler les terroristes. Une
fois que la campagne régionale aura localisé la menace
contre un État en particulier, nous nous assurerons que
cet État a les moyens militaires, les mesures légales,
ainsi que les instruments politiques et financiers pour
finir la tâche.[40]
L’exécution d’une telle décision consiste à établir des alliances et
des bases logistiques à travers le globe. Ainsi, en 2004,
le commandant en chef des forces américaines en Europe
et commandant suprême de l’OTAN, le général James Jones,
affirmait que, tout comme le Maroc, la Tunisie et les nouveaux
membres de l’Europe de l’Est de l’OTAN, d’autres nations
pourraient fournir des bases précieuses pour l’entraînement
des forces militaires américaines[41].
Ces
bases, même temporaires et simples, contenant des pistes, des casernes
et de l’électricité, pourraient être utilisées par des
forces expéditionnaires pendant plusieurs mois si nécessaire.
Des États précédemment isolés sur la scène internationale,
comme l’Algérie pendant la période 1992-1999, recevraient
des armes et des entraînements militaires et pourraient
même devenir la pierre angulaire des intérêts militaires
américains dans la région. « Nous souhaiterions pouvoir
atterrir avec nos avions dans des bases en Algérie, ou
avoir des exercices en commun […] Nous pensons que nous
avons beaucoup à apprendre des Algériens », déclarait
le général Charles Wald[42].
Cette déclaration est intervenue à un
moment où les États-Unis ébauchaient des plans pour le
déploiement de troupes à l’étranger, d’autant plus qu’une
diminution substantielle des troupes stationnées en permanence
en Allemagne et dans d’autres pays ouest-européens était
attendue. Ceci fait aussi partie des plans censés améliorer
les relations politiques et militaires avec le Moyen-Orient
et l’Afrique du Nord dans le cadre de la redéfinition,
par l’Alliance atlantique, des nouvelles menaces (terrorisme,
sécurité des frontières, trafic de drogue, immigration
illégale et instabilité régionale). Cet intérêt américain
au Sahel est lié aux pays du Maghreb. Dans ce contexte,
même la Libye se verrait réhabilitée et pourrait donc bénéficier
d’une coopération militaire avec les États-Unis. En effet,
le général Wald a affirmé, en avril 2005, qu’un rétablissement
des relations militaires avec la Libye favoriserait grandement
les États-Unis dans leurs efforts de contrer les forces
d’instabilité en Afrique du Nord[43].
LES ÉTATS-UNIS
ET LA SÉCURITÉ AU MAGHREB/SAHEL
Depuis
les événements du 11 septembre, l’objectif principal des États-Unis
au Maghreb est de développer une étroite coopération militaire
et sécuritaire, probablement plus importante que le partenariat économique.
Ces événements ont favorisé un développement des relations
entre les États-Unis et les régimes maghrébins, notamment
algérien (surtout depuis 2001), mauritanien (depuis 2002),
marocain (depuis mai 2003) et libyen (après décembre 2003).
Ainsi, le 22 mars 2004, EUCOM organisa à Stuttgart
une réunion de deux jours, qui rassembla les chefs des
forces armées maghrébines (Algérie, Mauritanie, Maroc et
Tunisie) et celles des pays du Sahel (Tchad, Mali, Niger
et Sénégal) afin de coordonner la lutte contre le terrorisme. À bien
des égards, ce fut là un véritable exploit de la part des États-Unis,
qui réussirent à regrouper autour d’une même table des
pays dont les intérêts stratégiques et de défense sont
diamétralement opposés, et à les convaincre de coordonner
leurs opérations antiterroristes[44].
Selon certaines sources, l’Algérie
aurait autorisé des troupes d’élites américaines à pénétrer
le territoire algérien pour traquer des groupes terroristes
et poursuivre des opérations de surveillance. Il reste à savoir
si, au-delà de ces exemples, les relations avec l’Algérie
se renforceront dans des secteurs autres que la sécurité.
Pour l’instant, il ne semble pas, malgré la rhétorique
des deux côtés, que la coopération soit aussi poussée que
l’on voudrait le faire penser, surtout sur le plan politique.
Les positions de l’Algérie sur la question palestinienne,
le Sahara occidental, le Liban et la Syrie, ainsi que sur
d’autres questions d’ordre international, sont diamétralement
opposées.
L’intérêt
des États-Unis pour le Sahel, point de liaison entre l’Afrique
du Nord et l’Afrique noire, revêt une double dimension :
sécuritaire/militaire et économique. La région du Sahel
est perçue à Washington comme une région vulnérable à cause
de sa faible densité géographique et de ses frontières
facilement perméables. Les décideurs américains affirment
que des groupes terroristes--aussi bien indigènes qu’internationaux--sillonnent
la région, s’adonnant à tous genres de contrebande, armes
incluses, et recrutant de nouveaux membres parmi les populations
locales. Selon Washington, les groupes terroristes islamistes--dont
le plus actif est le Groupe salafiste pour la prédication
et le combat (GSPC)--représentent une menace pour cette
région, qui compte plus de 100 millions d’habitants. La
région est à présent considérée comme « le nouveau front
dans la guerre globale contre le terrorisme ». L’objectif
des États-Unis est donc de « faciliter la coopération
entre les gouvernements dans la région (Algérie, Maroc,
Tunisie, Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Sénégal et Nigeria)
et de renforcer [leur] capacité à combattre les organisations
terroristes »[45],
mais aussi d’empêcher les
groupes terroristes d’établir des bases comme ils avaient
réussi à le faire en Afghanistan avant le 11 septembre. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’a été lancée, fin
2002, l’Initiative pan-Sahel (PSI), un programme d’un peu
plus de huit millions de dollars (mais censé augmenter
de manière substantielle) afin de former des troupes spécialisées
dans la lutte antiterroriste en Mauritanie, au Mali, au
Niger et au Tchad. En 2003-2004, des instructeurs américains
des forces spéciales de EUCOM ont été détachés pour former
les forces de sécurité de ces nations. Des forces nigériennes
et tchadiennes ont ainsi combattu les éléments du GSPC
dans leur pays respectif. Les décideurs américains estiment
que le programme du PSI a été un vrai succès et un suivi
a été mis en place sous l’appellation d’« Initiative
transsaharienne de lutte contre le terrorisme » (Trans-Sahara
Counterterrorism Initiative, TSCTI), dont l’objectif est de renforcer les capacités
antiterroristes dans la région et d’y consolider et institutionnaliser
la coopération entre les forces de sécurité[46].
Le coût initial de ce programme a été estimé à 100
millions de dollars. Le général Wald a déclaré en
avril 2005 qu’il espérait que le montant attribué au programme
atteindrait au moins 30 millions de dollars en 2006 (il
n’était que de cinq millions en 2005) et 60 millions ou
plus par an pour les années suivantes[47].
Le Centre
d’études stratégiques de l’Afrique (CESA)--créé en
1999 au sein de l’Université de défense nationale (National
Defense University, NDU) en tant qu’« instrument, pour les Africains et leurs
partenaires internationaux, de réflexion collective sur
les défis stratégiques vitaux auxquels l’Afrique est confrontée
en matière de sécurité »--a réuni à Washington,
du 8 au 20 février 2004, 120 officiers supérieurs et responsables
civils de la défense, provenant de presque tous les pays
africains (42 au total), mais aussi des Américains, des
Européens et des représentants d’organisations régionales,
internationales et de la société civile, pour discuter
de questions de sécurité--lutte antiterroriste, relations
civils-militaires, armée et démocratie--et d’économie en
matière de défense. Dans son discours de bienvenue, le
vice-ministre de la Défense, Paul Wolfowitz, a rappelé que
l’Initiative pan-Sahel et l’Initiative antiterroriste en
Afrique de l’Est constituent les éléments clés de la politique
sécuritaire américaine sur le continent africain :
Nous
envisageons notre capacité militaire réelle dans
le contexte de notre collaboration avec beaucoup d’amis
et d’alliés autour du globe. Lorsque les États-Unis agissent
dans le monde, nous ne le faisons pas seuls mais dans le
cadre d’une communauté de nations et c’est ainsi que la
force des États-Unis est multipliée par la contribution
des autres et que nous réalisons nos intérêts lorsque les
autres aussi parachèvent les leurs.[48]
Il est
donc évident pour les Américains qu’il s’agit d’associer d’autres États
aux opérations dans lesquelles les États-Unis sont impliqués,
et qu’une préparation et harmonisation sont les conditions
préalables nécessaires pour le succès de telles opérations.
Des unités d’environ 200 troupes de forces spéciales de
l’armée américaine ont été déployées au Mali, au Tchad,
au Niger et en Mauritanie, afin d’entraîner les armées
de ces pays à lutter contre le terrorisme et d’améliorer
leur coordination avec les forces armées américaines. C’est
précisément ce type de coordination sur le terrain qui
a permis la déroute du groupe d’Abderrezak « al-Para » au
Tchad. C’est en effet grâce au soutien des appareils de
surveillance aérienne P-3 de la U.S. Navy que les
troupes tchadiennes ont réussi à détruire ce groupe et à arrêter
son leader[49].
La nouvelle
approche des États-Unis envers la Mauritanie est assez intéressante.
Les objectifs officiels de ce rapprochement mauritano-américain
sont la « stabilisation » du Sahel et l’arrêt total des
agissements des « groupes salafistes liés à al-Qa’ida ».
Cependant, cette interprétation diffère non seulement de
celle de l’opposition mauritanienne, mais aussi de celle
de certains think tanks (« centres d’études »)
aux États-Unis. Pour l’opposition mauritanienne, il n’existe
aucun danger terroriste menaçant la sécurité du pays. La
Mauritanie, qui avait de très bons rapports avec le régime
de Saddam Hussein, avait déjà pris ses distances avec Bagdad
afin de ne pas être dans le point de mire de Washington.
C’est donc en signe de gage envers les États-Unis que le
régime décida d’établir des relations avec Israël en octobre
1999, relations établies officiellement à Washington. Le
ministère israélien des Affaires étrangères estima à l’époque
que « le gouvernement américain et le gouvernement
israélien voient dans cet accord un aiguillon pour la poursuite
de la normalisation, considérée aux yeux de tous comme
la finalité du processus de paix depuis son lancement à la
Conférence de Madrid »[50]. Mais en réalité, cette relation
avec Israël est une des raisons principales du rapprochement
entre les nationalistes arabes et les islamistes mauritaniens.
Et c’est bien à cause de cette réalité que le Council
on Foreign Relations (« Conseil sur les relations étrangères »)
a prévenu, faisant référence aux tentatives de coups d’État,
qu’il ne fallait pas confondre les revendications légitimes
de l’opposition d’un côté et les terroristes et les putschistes
de l’autre. « Les États-Unis doivent faire particulièrement
attention à ce que nous ne soyons pas associés à un processus
politique qui pousserait les gens à rejoindre les rangs
d’extrémistes islamiques »[51]. En revanche, le régime du
colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, renversé au mois d’août
2005, se sentait menacé et c’est donc indirectement pour
le soutenir que Washington était intervenu.
Le même constat peut aisément être noté au sujet d’autres partenaires
des États-Unis[52]. Les experts du Center for
Civil-Military Relations (CCMR, « Centre des relations
civils-militaires ») se sont déjà illustrés dans des
pays tels que l’Angola, le Botswana, le Tchad, les Comores,
le Congo, le Ghana, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique,
le Nigeria, la Guinée, le Sénégal et l’Afrique du Sud[53]. À long terme, le Pentagone
vise l’obtention d’un accès à des bases au Mali et en Algérie,
la conclusion d’accords avec le Sénégal et l’Ouganda pour
réapprovisionner ses avions en carburant et enfin l’institution
de programmes d’assistance et de formation. La mise en
place de bases dans la région du Maghreb et du Sahel permettrait
des interventions sur tout le continent africain et une
maîtrise de « l’arc d’instabilité », qui va de l’Afghanistan
au golfe de Guinée en passant par les principaux champs
pétrolifères de la planète. Lors de sa tournée en Afrique
en 2001, Colin Powell a réaffirmé la volonté de son pays
d’installer une base militaire américaine à Tessalit dans
le Nord du Mali, très exactement à cheval sur la frontière
avec l’Algérie[54].
Au Maghreb,
le Maroc et la Tunisie bénéficient eux aussi d’une assistance conséquente
de la part des États-Unis. Le Maroc profite des programmes
du département d’État, tels que l’Anti-Terrorism Assistance (ATA, « Aide
anti-terrorisme ») et le Terrorist Interdiction
Program (TIP, « Programme d’interdiction du terrorisme »).
En 2004, les États-Unis avaient déjà octroyé au Maroc 6,5
millions de dollars pour la formation des Marocains dans
la lutte et l’expertise antiterroriste. Le programme TIP
devait être renforcé en 2005 afin d’aider les Marocains
dans les domaines de la sécurité et de la protection des
ports, aéroports, frontières terrestres et frontières poreuses[55].
La coopération avec l’Algérie
demeure l’un des aspects les plus importants des relations
bilatérales, surtout depuis le 11 septembre, comme nous
l’avons vu. Cette coopération s’articule autour du renseignement,
de la collaboration dans les domaines militaires et de
la surveillance des mouvements de fonds. Il est toutefois
difficile de confirmer ou d’affirmer que les États-Unis
ont établi une base d’écoute de la NSA dans le désert algérien,
même si aussi bien les Américains que les Algériens insistent
qu’une telle base n’existe pas à l’heure actuelle.
CONCLUSION
Le 11
septembre a changé la donne au Maghreb car il a non seulement favorisé un
rapprochement entre les États maghrébins et les États-Unis
mais il a aussi permis à ces derniers de s’intéresser étroitement à la
région. Il faut souligner toutefois que l’empressement
des gouvernements maghrébins à s’intégrer dans une coalition
internationale de lutte contre le terrorisme, qui leur
a permis aussi de justifier leur répression et leurs violations
des droits humains au nom de cette même lutte, n’a fait
qu’accroître un anti-américanisme latent dans la région[56].
Il ne faut donc pas oublier la division qui existe entre
gouvernants et gouvernés en ce qui concerne la perception
des États-Unis. Par exemple, alors que le gouvernement
marocain avait condamné fermement les attaques du 11 septembre,
la réaction populaire était toute autre : bien qu’elle
ait été horrifiée par ces attaques, l’opinion publique
marocaine a blâmé les États-Unis à cause de leur politique
au Moyen-Orient, notamment leur soutien sans réserve à Israël,
contre les Palestiniens, ainsi que l’embargo et les attaques
répétées contre l’Irak[57].
La guerre en Irak n’a fait
qu’accentuer cet anti-américanisme dans la région ;
et les événements de juillet 2006 au Liban et à Gaza vont
sûrement, non seulement renforcer l’anti-américanisme et
affermir l’idéologie jihadiste, mais aussi creuser davantage
le fossé qui existe entre gouvernants et gouvernés au Maghreb.
L’intention déclarée du gouvernement américain de propager la démocratie
dans le monde arabe à travers le plan du « Grand Moyen-Orient » est
perçue dans la région comme une volonté d’imposer une « démocratie
clé en main », qui, en réalité, selon cette même opinion,
dissimule un seul objectif : l’assujettissement des
peuples arabes et musulmans à l’hégémonie américaine et
israélienne. De plus, le soutien apporté à des régimes
dont les pratiques sont loin d’être inspirées des principes
démocratiques ne fait qu’accroître les frustrations des
populations maghrébines, qui estiment que la région souffre
d’un déficit de justice, de développement social et d’éducation,
conditions nécessaires à la légitimité des gouvernements.
Le Rapport 2004 sur le développement humain
dans le monde arabe, publié au
mois d’avril 2005, confirme cette constatation[58].
Il est
indéniable que les relations algéro-américaines, en particulier,
ont connu un développement considérable ces dernières années.
Cependant, malgré l’importance stratégique, économique
et politique de l’Algérie pour la politique américaine
au Maghreb, les États-Unis demeurent encore beaucoup plus
sensibles aux intérêts marocains qu’à ceux de l’Algérie.
Ceci s’explique par des raisons historiques, idéologiques,
politiques et militaires. Le soutien des États-Unis à la
France coloniale a continué à influencer les relations
entre les deux pays bien longtemps après l’indépendance
de l’Algérie en 1962. Les malentendus et désaccords qui
ont marqué les relations algéro-américaines pendant près
de 30 ans ont créé une méfiance mutuelle entre les décideurs
des deux pays, méfiance qui n’a commencé à se dissiper
que récemment. Des éléments comme le soutien de l’Algérie
aux mouvements de libération nationale ou les divergences
sur les conflits en Palestine et au Sahara occidental ont
empêché le développement de relations étroites entre les
deux pays et expliquent en partie une certaine hésitation
quant à un solide rapprochement. Nonobstant le nouveau
pragmatisme de la politique étrangère algérienne[59],
les positions de l’Algérie
vont souvent à contre-courant de la politique américaine,
surtout en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien
ou celui au Sahara occidental, non seulement à cause de
l’expérience historique du nationalisme algérien, mais
aussi pour des raisons de sécurité nationale (en ce qui
concerne le Sahara occidental). Ceci dit, il existe un
respect mutuel entre l’Algérie et les États-Unis, quels
que soient leurs différends. Rappelons-nous du rôle joué par
l’Algérie dans la libération, en 1981, des otages américains
détenus en Iran. Plus récemment, en avril 2005, l’Algérie
tenta de servir de médiateur entre les États-Unis et l’Iran
pour résoudre les divergences de ces derniers sur la question
du nucléaire iranien[60].
L’intérêt croissant des États-Unis au Maghreb a eu des conséquences pour
l’Europe mais aussi pour les États maghrébins, qui peuvent à présent
tenter d’utiliser les États-Unis comme contrepoids dans
leurs relations avec l’Union européenne et la France en
particulier. Toutefois, les pays européens, surtout la
France et l’Allemagne, ont tout de même gagné des points
au Maghreb--du moins au niveau de l’opinion publique--grâce à leur
opposition à la guerre en Irak car, malgré l’excellence
des relations des régimes maghrébins avec les États-Unis,
il n’en est pas de même pour les populations maghrébines,
dont l’anti-américanisme ne fait aucun doute. Il est peu
probable que les relations étatiques puissent engendrer
des sentiments similaires au sein des opinions maghrébines,
et ce malgré la campagne de relations publiques entamée
par le Pentagone depuis février 2005 afin d’influencer
l’opinion publique maghrébine en projetant une image positive
de la politique américaine[61]. Si l’administration de Bush
décide de lancer une autre guerre contre un pays arabe
ou musulman, il est certain que l’image des États-Unis
dans la région en pâtirait encore davantage et que les
Européens en tireraient un certain profit. Il est indéniable
que le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël dans
la campagne militaire de celui-ci au Liban et à Gaza en
juillet 2006 ternira encore davantage la position des États-Unis
dans la région. De plus, les relations économiques, politiques
et culturelles entre les pays du Maghreb et l’Union européenne
sont beaucoup plus étroites que celles avec les États-Unis.
*
Une version modifiée et plus détaillée de
cet article est disponible en anglais et en espagnol
sur le site web du centre de recherche Real Instituto Elcano à Madrid
(Espagne) : http://www.r-i-elcano.org/documentos/250.asp.
**
Yahia H. Zoubir est professeur en relations internationales
et
en management international à Euromed Marseille, école
de management en France. Il est l’auteur de nombreux
articles et chapitres d’ouvrages sur la région du Maghreb
et sur la politique étrangère américaine. Il prépare
actuellement (avec Haizam Amirah-Fernandez) un ouvrage
collectif intitulé North Africa in Motion: Politics, Region and the Limits of Transformation (L’Afrique
du Nord en mouvement : politique, région et les
limites du changement), Routledge, à paraître.
NOTES
[1] Cécile Jolly, « Ambitions américaines
en Méditerranée », Arabies, septembre 1999.
L’auteur affirmait, il y a déjà sept ans, que nous avançons
peut-être vers un « Maghreb américain » et que « les
Américains font tout pour écarter du Maghreb les Européens,
partenaires traditionnels de cette région ».
[2] Les exemples abondent dans la presse maghrébine,
qui soutient la même thèse. Voir notamment Hamida Ben Salah, « Le
Maghreb suscite l’intérêt grandissant des États-Unis », Le
Quotidien d’Oran, 3 février 2004 ; Sarah Raouf, « Maghreb :
les regards identiques de Paris et Washington », Le
Quotidien d’Oran, 8 décembre 2003 ; et Moussa
Hormat-Allah, « Les américains et le Sahara :
les dessous des cartes », L’Opinion (Maroc),
janvier 2003.
[3] Voir
Yahia H. Zoubir, « Les États-Unis
dans l’espace euro-méditerranéen : complémentarité,
rivalité et réajustement d’influence », Géoéconomie (Paris),
no. 35 (automne 2005), pp. 65-83.
[4] Yahia
H. Zoubir et Stephen Zunes, « United
States Policy in the Maghreb » [« La politique
des États-Unis au Maghreb »), in Yahia H. Zoubir (dir.), North
Africa in Transition: State, Society, and Economic Transformation
in the 1990s, University Press of Florida, Floride, 1999,
pp. 227-243.
[5] Yahia H. Zoubir, « Algerian-Moroccan Relations
and their Impact on Maghrebi Integration » [« Les
relations algéro-marocaines et leurs répercussions sur
l’intégration maghrébine »], Journal of North African
Studies, vol. 5, no. 3 (automne 2001), pp. 43-74.
[6] The White House, U.S. National Security
Strategy Document [Document sur la stratégie de
sécurité nationale des États-Unis], Washington, DC,
7 février 2000.
[7] Stuart
Eizenstat, entretien avec Doris McMillon sur WorldNet « Dialogue »,
8 juin 1999, in United States Information Agency, 16 juin
1999. Voir aussi Stuart E. Eizenstat, Third
Annual Les Aspin Memorial Lecture, The Washington
Institute for Near East Policy, Washington, DC, 8 mars 1999.
[8] Lors
de son passage au Maghreb en septembre 2002, le secrétaire adjoint au Commerce Sam Bodman ne laissa
aucun doute quant à la volonté des États-Unis d’intégrer
l’Égypte et le Maghreb dans l’économie mondiale. En effet,
il déclara que l’initiative de sa visite était « la
preuve de l’engagement de l’administration Bush à un partenariat
commercial fort et à l’investissement dans la région, et
de la réalisation de l’objectif d’intégrer l’Égypte et
le Maghreb à l’économie mondiale ». Voir « U.S.
Commerce Deputy Secretary to Promote Trade and Economic
Relations During Trip to Egypt, Tunisia, Algeria and Morocco
the Week of September 21-28 » [« Le secrétaire
adjoint au Commerce va promouvoir les relations commerciales
et économiques lors d’un voyage en Égypte, en Tunisie,
en Algérie et au Maroc pendant la semaine du 21-28 septembre »],
U.S. Department of Commerce Newsroom, 20 septembre 2002,
http://www.commerce.gov/opa/press/Secretary_Evans/2002_Releases/Sept_20_Bodman_trip.htm.
Cette volonté de créer un Maghreb intégré économiquement
fut réitérée lors du passage de Karen Zens, haut officiel
du ministère américain du Commerce. Voir aussi Fayçal Métaoui, « États-Unis :
la théorie Burns », El Watan, 26 octobre 2003.
[9] Yahia H. Zoubir, « Algeria and U.S. Interests:
Containing Radical Islamism and Promoting Democracy » [« L’Algérie
et les intérêts américains : endiguer l’islamisme
radical et promouvoir la démocratie »], Middle
East Policy, vol. 9, 1er mars 2002, pp. 64-81.
[10] Voir Mourad Saouli, « Algérie : fuite des cerveaux », Arabies,
octobre 2003. Même si le terrorisme islamiste était en
grande partie responsable de cet exode, il ne faut pas
non plus oublier les phénomènes endogènes tels que la corruption,
la dégradation du niveau de vie de la classe moyenne, le
favoritisme, la bureaucratie et le népotisme, qui enveniment
la société algérienne ainsi que les autres pays du Maghreb.
[11] Voir
sur ce point Zoubir, « Algeria and
U.S. Interests: Containing Radical Islamism and Promoting
Democracy », op. cit.
[13] Associated Press, 20 novembre 2003.
[14] Ces
chiffres ont été calculés sur la base des
documents du « Congressional Budget Justification
for Foreign Operations » [« Justification du
budget du Congrès pour les opérations étrangères »],
U.S. Department of State, années fiscales 2004-2005.
[15] Voir
la lettre de Robert B. Zelnick, député au
Commerce, au député Joseph R. Pitts, 20 juillet 2004.
[16] Voir Jean-Pierre Plancade, « Projet
de loi autorisant l’approbation de la convention d’établissement
entre le gouvernement de la République française et le
gouvernement de la République du Sénégal », Rapport
no. 298 (2001-2002), Commission des affaires étrangères,
de la défense et des forces armées, Sénat, 15 mai 2002, http://www.senat.fr/rap/l01-298/l01-298_mono.html.
[17] Entretiens
de l’auteur avec de nombreux hauts
officiels américains à Washington, DC (en 1996, 2000, 2001,
2004 et 2006).
[18] Pour
plus de détails, voir Hani Rabah, « Algérie
- États-Unis : le patron du FBI chez Bouteflika », Jeune
indépendant (Algérie), 25 mars 2001. Des officiels
aussi bien algériens qu’américains ont révélé à l’auteur
que les services secrets des deux pays échangeaient des
renseignements sur les réseaux terroristes durant les années
1990.
[19] Voir
Richard Boucher, porte-parole du ministère
des Affaires étrangères américain, Daily Press Briefing,
Washington, DC, 11 décembre 2002 ; et Steven R. Weisman, « U.S.
to Sell Military Gear to Algeria to Help It Fight Militants » [« Les États-Unis vont
vendre du matériel militaire à l’Algérie pour l’aider à combattre
les militants »], New York Times, 10 décembre
2002.
[20] À ce sujet, voir le chapitre de Daniel Volman, « Foreign
Arms Sales and the Military Balance in the Maghreb » [« Ventes
d’armes étrangères et l’équilibre militaire au Maghreb »],
in Zoubir, North Africa in Transition, op. cit.,
pp. 220-221.
[21] « Country Profile: Algeria » [« Profil
du pays : Algérie »], PolitInfo.com, mai 2004, http://us.politinfo.com/Information/Country_Profiles/country_profile_197.html.
Selon les chiffres du ministère du Commerce américain en
2002, cet investissement représentait 88,6 pour cent de
l’investissement total américain au Maghreb et 13,6 pour
cent de l’investissement total américain dans la région
du Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les échanges commerciaux
entre l’Algérie et les États-Unis s’élevaient à 3,5 milliards
de dollars, soit 72 pour cent des échanges totaux des États-Unis avec
le Maghreb. Voir le discours du président Abdelaziz Bouteflika
lors de la réception de l’U.S. - Algeria Business Council (« Conseil d’affaires algéro-américain »),
New York, 23 septembre 2003, http://www.algeria-us.org/President%20Speech/President%20Speech.htm.
[24] « Les États-Unis, premier client de l’Algérie
au premier trimestre 2005 », Agence France Presse,
24 avril 2005.
[25] Pour plus de détails sur la coopération législative,
voir Ghada Hamrouche, « Les Américains contribuent à moderniser
le processus législatif algérien », La Tribune (Alger),
22 janvier 2006 ; et R. N., « Les
délégations américaines se succèdent à Alger », Le
Quotidien d’Oran, 15 janvier 2006.
[26] L’ambassadeur américain à Tunis de l’époque,
Peter Sebastian, révéla à l’auteur en 1987 que le président
Habib Bourguiba, pourtant proche des Américains, était
sur le point de rompre les relations diplomatiques avec
les États-Unis : « J’ai dû utiliser tout mon talent
de diplomate pour l’en dissuader ».
[27] Yahia
H. Zoubir, « Libya in U.S. Foreign
Policy: From Rogue State to Good Fellow? » [« La Libye
dans la politique étrangère des États-Unis :
de l’État voyou à l’État respectable ?»], Third
World Quarterly, vol. 23, no. 1 (février 2002), pp.
31-53 ; et Ronald Bruce St John, Libya and the United
States: Two Centuries of Strife [La Libye et les États-Unis
: deux siècles de lutte], University of Pennsylvania
Press, Philadelphie, 2002.
[28] Entretien
de l’auteur avec un officiel au département
d’État, Washington, DC, juin 2004.
[29] Voir
Yahia H. Zoubir, « Libye : islamisme
radical et lutte antiterroriste », Revue Maghreb
- Machrek, no. 184 (été 2005), pp. 53-66.
[31] Voir
Yahia H. Zoubir, « The United States
and Libya: From Confrontation to Normalization » [« Les États-Unis
et la Libye: de la confrontation à la libéralisation »], Middle
East Policy, vol. 13, no. 2 (été 2006), pp. 48-70.
[32] Cité par
l’Agence France Presse (Tripoli),
31 août 2002.
[33] Voir
Ronald Bruce St John, « ‘Libya is
not Iraq’: Preemptive Strikes, WMD and Diplomacy » [« ‘La
Libye n’est pas l’Irak’ : attaques préventives, armes
de destruction massives et diplomatie »], Middle
East Journal, vol. 58, no. 3 (été 2004), pp. 391-92.
L’auteur démontre de manière irréfutable que « le
rôle de l’administration actuelle [G.W. Bush] est d’exécuter
avec succès des démarches débattues depuis plus d’une décennie
et finalement initiées dans les derniers jours de l’administration
Clinton », p. 386.
[34] Colin
L. Powell, « Diplomacy Properly
Understood » [« La diplomatie comprise correctement »], State
Magazine, mai 2004, p. 2, http://www.state.gov/documents/organization/32314.pdf.
Powell déclara que « la diplomatie sans force est
une vaine prière » et que « le pouvoir sans diplomatie
est souvent sans effet ».
[35] Voir « Libya: Bright Outlook for Energy
Investment » [« La Libye : bonne perspective
pour l’investissement en énergie »], Oxford Analytical,
27 avril 2005.
[36] Agence France Presse (Tripoli), 24 juillet
2006.
[37] Associated
Press, 20
novembre 2003.
[38] Giles
Tremlett, « U.S. sends special forces
into North Africa » [« Les États-Unis envoient
des forces spéciales en Afrique du Nord »], The
Guardian, 15 mars 2004.
[39] Yahia H. Zoubir, « Changement et continuité de
la politique américaine au Maghreb », Afkar / Idées,
no. 5 (hiver 2005), pp. 55-58.
[40] The White House, « The National Security
Strategy of the United States of America, 2002 » [« Rapport
sur la stratégie de sécurité nationale des États-Unis,
2002 »], septembre 2002.
[42] G. Tremlett, op. cit.
[43] Robert Burns, « General: U.S. Gains From
Ties With Libya » [« Général : les États-Unis
bénéficient d’alliances avec la Lybie »], Associated
Press, 21 avril 2005.
[44] Zine Cherfaoui, « Les Américains réunissent
les chefs des états-majors des armées des pays du Maghreb
et du Sahel », Le Quotidien d’Oran, 25 mars
2004.
[45] William
P. Pope, « Eliminating Terrorist Sanctuaries: The Role of Security
Assistance » [« Éliminer
les sanctuaires terroristes : le role de l’aide sécuritaire »], Testimony Before the House International Relations Committee,
Subcommittee on International Terrorism and Nonproliferation, U.S.
House of Representatives, Washington, DC, 22
mars 2005,
http://www.state.gov/s/ct/rls/rm/43702.htm.
[49] Voir
Jason Beaubien, « The U.S. Military’s Growing Role in
Africa » [« Le rôle grandissant des forces militaires
des États-Unis en Afrique »], programme « All
Things Considered », National Public Radio, 11 octobre 2004, http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=4079474.
Il est évident que cette coopération a été dictée non seulement
par la lutte antiterroriste mais aussi par la protection
des gisements pétroliers dans la région du Maghreb-Sahel.
[52] Louisa
Aït Hamadouche, « Les engagements sécuritaires
américains en Afrique », La
Tribune, 2 mars 2004.
[53] Jim
Fisher-Thompson, « Le poids de l’Afrique
dans la politique de sécurité des États-Unis », Washington
File, 2004.
[54] M. Hormat-Allah, op.cit.
[56] Cette
question est bien traitée dans Abdel
Mahdi Abdallah, « Causes of Anti-Americanism in the
Arab World: A Sociopolitical Perspective » [« Causes
de l’anti-américanisme dans le monde arabe : une perspective
sociopolitique »], Middle East Review of International
Affairs (MERIA), vol. 7, no. 4 (décembre 2003), http://meria.idc.ac.il/journal/2003/issue4/jv7n4a6.html.
En ce qui concerne le Maghreb, voir Yahia H. Zoubir et
Louisa Aït-Hamadouche, « Anti-Americanism in North
Africa: Can State Relations Overcome Popular Resentment? » [« Anti-américanisme
en Afrique du Nord : les relations interétatiques
peuvent-elles surmonter le ressentiment populaire ? »], Journal
of North African Studies, vol. 11, no. 1 (mars 2006),
pp. 39-58.
[57] Voir
Abdellatif Mansour, « Le Maroc à l’épreuve
de la tragédie américaine », Maroc Hebdo International,
21-27 septembre 2001.
[59] Yahia H. Zoubir, « The Dialectics of Algeria’s
Foreign Relations from 1990 to the Present » [« Dialectiques
des relations étrangères de l’Algérie depuis 1990 jusqu’à nos
jours »], in Ahmed Aghrout (dir.), Algeria in Transition-Reforms
and Development Prospects, Routledge, London, 2004,
pp. 151-82.
[60] Amine
Goutali, « Iran - États-Unis :
l’Algérie pour ‘désamorcer’ la crise », L’Expression (Algérie),
5 avril 2005.
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