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L’IRAN, LA CHINE ET LA CRISE DU NUCLÉAIRE
Mohammad-Reza Djalili*
et Thierry Kellner**
Au
cours des deux dernières décennies, et plus encore depuis le tournant
du siècle, les relations sino-iraniennes se sont considérablement
développées. Le facteur soviétique à l’époque du Shah
et durant la guerre d’Afghanistan, la nécessité pour
la République islamique de réduire son isolement international,
puis les intérêts économiques, les nouvelles possibilités
offertes par la disparition de l’URSS, les inquiétudes
de Pékin et de Téhéran face à certains aspects de la
politique américaine depuis la fin des années 1990 et
enfin, plus récemment, les intérêts pétroliers croissants
de la Chine, ont constitué autant de facteurs de rapprochement
entre les deux pays. La République populaire est aujourd’hui
devenue un partenaire économique majeur de l’Iran. Le
soutien qu’elle lui a apporté a permis à Téhéran d’élargir
sa marge de manœuvre diplomatique et de mieux résister
aux pressions américaines. Avec le développement de la
question nucléaire, le rapprochement sino-iranien a cependant
atteint une limite difficilement franchissable malgré les
intérêts des deux partenaires.
ARRIÈRE-PLAN
HISTORIQUE
Historiquement,
les contacts entre la Chine et l’Iran ont été fort
nombreux. Durant des siècles, les deux vieux empires asiatiques
ont échangé des hommes, des marchandises, mais aussi des
techniques et des idées. Dans le domaine culturel, leurs
relations ont été extrêmement riches et complexes[1]. À l’époque
contemporaine, les rapports politiques entre l’Iran et
la République populaire de Chine ont cependant mal débuté[2].
L’alliance idéologique et politique formée en 1950 entre
le nouvel État chinois et l’Union soviétique est en effet
mal perçue par le Shah d’Iran, qui la considère comme contraire
aux intérêts nationaux et à la sécurité de son pays. Le
monarque iranien décide donc de différer la reconnaissance
diplomatique de la République populaire. Cette position
lui vaut l’hostilité de Pékin. Aussi, cette dernière accorde
son soutien au gouvernement de Mohammad Mossadegh dans
le bras de fer qui l’oppose au Shah en 1951. L’anti-impérialisme
amène également les autorités communistes chinoises à soutenir
la politique de nationalisation de l’industrie pétrolière
menée par le premier ministre iranien au détriment de l’Anglo-Iranian
Oil Company. Dans ces conditions, l’éviction de Mohammad
Mossadegh en 1953 et le retour du Shah, avec l’appui de
l’administration américaine, constituent un véritable revers
diplomatique pour Pékin.
Par
la suite, les autorités
chinoises n’hésitent pas à critiquer les liens entre Washington
et Téhéran et à vilipender le régime du Shah, qu’elles
présentent comme réactionnaire mais aussi comme un instrument
de l’impérialisme américain au Moyen-Orient. Pékin dénoncera également
en 1955 l’adhésion de Téhéran au pacte de Bagdad. De son
côté, l’Iran décide d’établir des relations diplomatiques
avec Taipeh en 1956. Ce choix, nouveau revers pour la République
populaire, est condamné par les autorités chinoises. Face
au Shah, le régime chinois apportera son soutien idéologique
et politique à la faction maoïste des mouvements communistes
iraniens qui prône le renversement du régime monarchique
par la lutte armée. Pourtant, la dégradation des relations
avec l’URSS à la fin des années 1950 puis la montée en
puissance de l’influence soviétique en Asie inquiètent
la République populaire. La menace que Moscou fait peser
sur sa sécurité l’amène progressivement à reconsidérer
sa politique étrangère. Désormais en froid à la fois avec
Washington et Moscou, Pékin est isolée sur la scène internationale.
Elle va dès lors chercher à se rapprocher davantage des
pays en développement.
Dans
cette perspective, Pékin
abandonne progressivement ses critiques idéologiques et
tente de renouer des contacts avec le régime iranien, malgré la
proximité de ce dernier avec Washington. Les intérêts de
sécurité communs de la République populaire et de l’Iran
face à l’URSS vont favoriser un rapprochement entre les
deux pays. Ce facteur soviétique continuera ensuite à jouer
un rôle primordial dans les liens sino-iraniens jusqu’à la
fin des années 1980. Du côté du régime iranien, le Shah
pense également pouvoir utiliser ses rapports avec Pékin
pour réduire son opposition communiste interne d’orientation
maoïste[3].
Au début de l’année 1965, Pékin et Téhéran entament ainsi
de discrètes négociations portant sur la possibilité d’établissement
de relations diplomatiques. Parallèlement, les échanges
commerciaux avec la République populaire sont officiellement
autorisés par le régime iranien en 1966.
Les
relations entre les deux pays ne progressent cependant
que lentement. Par exemple,
Téhéran n’apprécie guère le soutien idéologique et matériel
que Pékin apporte à certains mouvements d’inspiration marxiste
actifs dans la région du Golfe Persique, comme le « Front
populaire de libération d’Oman » installé dans la
province omanaise du Dhofar dès 1967[4].
Mais face à l’accroissement de la menace soviétique--la
présence navale de l’URSS s’est accrue dans l’océan Indien
au début de la décennie 1970 et en outre les Britanniques
ont décidé de se retirer du Golfe Persique en 1971, ouvrant
la voie à un possible vide de pouvoir dans cette région--le
rapprochement sino-iranien va s’accélérer à l’initiative
de Téhéran. Deux sœurs du Shah se rendent successivement à Pékin
en avril 1971[5].
Ces visites reçoivent un écho favorable de la part des
autorités chinoises, engagées depuis la fin de l’année
1969 dans un processus de rapprochement avec Washington
qui s’accélère à ce moment (épisode de la « diplomatie
du ping-pong » en avril 1971)[6].
Ce n’est sans doute qu’après avoir reçu l’aval américain--Henry
Kissinger s’est rendu en voyage secret à Pékin en juillet
1971--que le régime du Shah décide enfin d’établir des
relations diplomatiques avec la République populaire en
août 1971.
Rapidement,
les rapports bilatéraux
se développent dans une ambiance cordiale. Téhéran ouvre
ainsi une ambassade à Pékin en mars 1972, à peine un mois
après la visite du président américain Richard Nixon en
Chine, alors que Zhou Enlai se rend en Iran en juin 1973.
Outre l’amplification des échanges commerciaux, les deux
pays mettent en place une liaison aérienne directe entre
leur capitale et ébauchent également des liens dans les
domaines culturels et éducatifs[7].
Face à l’URSS, la République populaire approuve le renforcement
du rôle régional de l’Iran. Elle soutient les initiatives
iraniennes en matière de médiation entre l’Inde et le Pakistan,
ainsi qu’entre le Pakistan et l’Afghanistan, et, par la
voix de son ministre des Affaires étrangères en visite à Téhéran,
avalise également la politique de renforcement des capacités
militaires iraniennes initiée par le Shah. Elle se montre
enfin favorable à l’affermissement du rôle de l’Iran comme
garant de la sécurité dans la région du Golfe Persique[8]. C’est peut-être
fort de ce nouveau soutien que Téhéran décidera quelques
mois plus tard (décembre 1973) d’intervenir militairement
contre la rébellion marxiste du Dhofar (Oman)[9].
La mort de Mao Zedong en 1976 ne remet pas en cause les
liens tissés entre les deux pays. L’accroissement de l’influence
soviétique sur le régime politique afghan à la fin des
années 1970 pousse d’ailleurs Pékin et Téhéran à approfondir
leurs relations.
Lorsque
commence la crise, qui devait aboutir à l’effondrement
de la monarchie iranienne en janvier 1979, les responsables
chinois semblent ne pas évaluer à sa juste mesure l’ampleur
des évènements qui secouent l’Iran. Malgré le
contexte politique difficile, le président chinois
Hua Guofeng, successeur de Mao Zedong, effectue ainsi une
visite à Téhéran à la fin du mois d’août 1978 afin de discuter
des intérêts communs des deux partenaires, notamment au
regard de la situation afghane. Dans ses mémoires, le Shah
interprètera cette rencontre avec Hua Guofeng, dernière
visite qu’un chef de gouvernement lui rend dans sa capitale,
comme un soutien de Pékin à sa politique[10]. Les autorités chinoises essaieront
de soutenir le Shah, du moins moralement, en condamnant
par exemple la manifestation de septembre 1978. Quelques
mois plus tard, quand la révolution triomphe, les dirigeants
chinois sont donc pris de court. Tout en reconnaissant
les causes internes de la révolution, ils mettent aussi
l’accent sur le rôle joué par la rivalité américano-soviétique
dans les événements iraniens et surtout sur le rôle des
Soviétiques dans le développement du processus révolutionnaire[11].
Dans ces conditions, et vu le soutien passé apporté par
Pékin au régime du Shah, il n’y a rien d’étonnant à ce
que la nouvelle République islamique, proclamée en février
1979, soit très réservée à l’égard de la Chine. L’établissement
du nouveau régime constitue donc un important revers pour
la politique étrangère chinoise.
Il
faut attendre juillet 1979, soit cinq mois après l’établissement
de la République islamique,
pour que les relations entre Pékin et le nouveau régime
de Téhéran commencent à prendre une allure plus normale.
La République populaire a en effet exprimé son désir de
rétablir des relations amicales avec Téhéran alors que
la République islamique, par une habile mise en scène,
a de son côté dédouané Pékin de son soutien antérieur au
régime du Shah, ce qui facilite la reprise des relations
bilatérales[12]. Mais la crise des otages de
l’ambassade américaine qui éclate à partir du 4 novembre
1979 complique ce processus. Pékin s’inquiète de l’anti-américanisme
virulent du régime de Téhéran. Elle craint que Moscou ne
tire profit de la dégradation des relations irano-américaines
pour accroître son influence sur le nouveau régime. Prudente,
la Chine conserve donc un profil bas dans la crise des
otages et essaye de ménager à la fois ses relations avec
les États-Unis et avec
le régime islamique[13].
De même, inquiètes des conséquences de la politique américaine
et d’un possible rapprochement entre le nouveau régime
iranien et l’URSS, les autorités chinoises déploreront
l’adoption par Washington de sanctions économiques à l’égard
de Téhéran, ainsi que la tentative avortée de l’armée américaine
pour libérer les otages détenus en Iran[14].
Plus tard, la République populaire s’abstiendra également
de condamner la répression des communistes iraniens de
tendances maoïstes entreprise par le nouveau régime islamique.
En attendant, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS puis
le déclenchement de la guerre entre l’Iran et l’Irak en
septembre 1980 vont offrir à la République islamique et à la
République populaire une occasion de se rapprocher.
LES
ANNEÉS 1980 : RAPPROCHEMENT ET DÉVELOPPEMENT DE LA COOPÉRATION
Après une période de stagnation, les rapports entre Téhéran et la République populaire s’amplifient à partir
de l’été 1982 à l’initiative, semble-t-il, de la République
islamique, avec l’envoi en juillet d’une importante délégation à Pékin.
Elle sera suivie par le déplacement du ministre iranien des
Affaires étrangères dans la capitale chinoise en septembre
1983. Les échanges diplomatiques à haut niveau se multiplient
ensuite. Outre l’importante visite de Hachémi Rafsandjani,
alors président du Parlement, et d’une forte délégation
iranienne à Pékin en juillet 1985, le ministre iranien
des Affaires étrangères fera le déplacement dans la capitale
chinoise en août 1988, bientôt suivi du président iranien
Ali Khamene’i en mai 1989. La reprise de contacts diplomatiques à haut
niveau entre les deux régimes s’explique par une série
d’éléments, à commencer par le facteur soviétique
qui joue un rôle non négligeable dans ce développement.
Comme la République islamique, Pékin s’inquiète de l’invasion
soviétique en Afghanistan. Cette dernière rapproche dangereusement
Moscou du Golfe Persique et menace l’allié pakistanais
de la Chine.
Outre
ce facteur stratégique, le rapprochement
est également facilité par l’adoption d’une nouvelle orientation
idéologique par les deux régimes en place. Sous l’impulsion
de l’ayatollah Khomeini, la République islamique entend
se démarquer à la fois de l’URSS et des États-Unis (une politique symbolisée par le slogan « ni
Est, ni Ouest »). Cette ligne politique trouve un écho à Pékin.
En effet, au début des années 1980, la République
populaire décide également de poursuivre une politique étrangère
indépendante des deux superpuissances, plus pragmatique
et plus active. Il s’agit pour Pékin de renforcer ses liens
avec les États situés dans sa périphérie, afin de consolider
sa sécurité, d’assurer un environnement régional favorable à son
développement économique et d’étendre
son influence régionale. La taille et l’importance stratégique
de l’Iran, en font un partenaire que Pékin peut difficilement
négliger dans ce contexte. Malgré les différences idéologiques
profondes des deux régimes, un rapprochement est donc possible.
De
son côté, le régime iranien
est également dangereusement isolé à ce moment sur la scène
internationale. Téhéran est en effet en conflit avec les États-Unis
depuis la crise des otages de novembre 1979, confronté à la
présence militaire soviétique sur sa frontière orientale
depuis l’invasion de l’Afghanistan en décembre 1979 et
au soutien de Moscou au parti communiste iranien, et enfin
victime d’une agression irakienne sur sa frontière occidentale
depuis le mois de septembre 1980. Le développement de relations
avec la République populaire apparaît dans ces conditions
aux yeux de Téhéran comme un moyen de réduire quelque peu
son isolement diplomatique dangereux pour sa sécurité,
d’autant que les relations avec l’URSS se sont dégradées
au début de 1983[15].
De plus, le développement de liens avec Pékin lui ouvre la possibilité de limiter la coopération qui existe entre la République populaire et l’Irak et aussi d’acquérir les équipements militaires qui lui font défaut face à l’armée irakienne. La République populaire apparaît en effet rapidement comme un fournisseur d’armes possible pour Téhéran, confronté à l’hostilité des Occidentaux et aux réticences soviétiques. Vu du côté chinois, les besoins en armement de la République islamique constituent une opportunité commerciale non négligeable dont Pékin
va profiter[16].
Dès 1982, Téhéran commence à bénéficier
discrètement de ventes d’armements chinois. Dans les années 1984-1985,
des quantités substantielles d’armes et d’équipements militaires
chinois sont vendues à l’Iran via la Corée du Nord[17].
Les exportations chinoises d’armements en direction de la République
islamique s’étendent progressivement au-delà des armes
conventionnelles pour inclure également une coopération
dans le domaine des missiles balistiques, des missiles
de croisière[18] et
probablement dans les secteurs de l’armement chimique et
biologique[19]. Dans les années
1990, les ventes d’armes chinoises à Téhéran ralentiront.
Toutefois, selon le Stockholm International Peace
Research Institute (SIPRI),
entre 1994 et 2004 Pékin reste néanmoins le second fournisseur
d’armement conventionnel de l’Iran, loin cependant derrière
la Fédération de Russie[20]. La République populaire
continue aussi de fournir à la République islamique des
technologies sensibles ainsi qu’une assistance scientifique
dont l’ampleur est difficile à évaluer[21].
Cette assistance technique et scientifique chinoise, mise
en place à partir du milieu de la décennie 1980, s’est
ainsi prolongée jusqu’à présent. Elle a notamment permis à Téhéran
d’accroître ses capacités de production militaire indigènes,
particulièrement dans le secteur des missiles.
En
plus de l’armement, à partir
du milieu des années 1980, Téhéran et Pékin développent également
une discrète coopération dans le domaine nucléaire. Face à l’utilisation
d’armes chimiques par l’Irak contre les troupes iraniennes,
il semble que l’ayatollah Khomeini ait cherché à réactiver
le programme nucléaire iranien lancé par le Shah et qu’il
ait envisagé de doter la République islamique de l’arme
nucléaire[22]. Mais Téhéran n’a
pas la capacité de développer elle-même cette technologie
et est en outre isolée sur la scène internationale. La
République populaire apparaît donc à ce moment aux yeux
du régime islamique iranien comme un fournisseur possible
de savoir-faire et de technologies nucléaires. De leur
côté, les autorités chinoises voient sans doute une occasion
de tirer de nouveaux bénéfices économiques de leurs relations
avec l’Iran. Étant donné cette conjonction d’intérêts,
Pékin devient naturellement le plus important fournisseur
de technologies nucléaires de Téhéran dans les années 1980[23].
Dès 1984, la République populaire
aide le régime islamique à mettre en place un centre de
recherche nucléaire à Ispahan. L’Isfahan Nuclear Technology Center sera
inauguré en
1990. Pékin fournira à l’Iran divers équipements et plusieurs réacteurs
de recherche, notamment en 1985 et 1991[24].
Des techniciens chinois assistent la République islamique
dans le secteur de l’exploration et de l’exploitation minière
de l’uranium mais aussi de la fabrication et du traitement
du carburant nucléaire[25].
La République populaire forme également des techniciens
iraniens spécialisés dans ces domaines en vertu de divers
accords de coopération nucléaire signés entre les deux
pays[26].
Elle aide Téhéran à mettre en place près d’Ispahan une
usine destinée à produire de l’hexafluorure d’uranium (une
coopération interrompue en 1997) et fournit de l’uranium à la
République islamique. L’Iran a en effet révélé en 2003
qu’il avait importé de l’uranium chinois en 1991, sans
le signaler à l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA)[27].
En février 1993, les deux pays signeront un accord pour
la mise en place de deux réacteurs nucléaires de 300 mégawatts à Ahvaz. Cet accord sera cependant
suspendu en septembre 1995 et annulé en 1997. Entre-temps,
en mai 1996, la Chine s’engage auprès des États-Unis à n’assister aucun pays dans la
mise en place d’installations nucléaires qui ne seraient
pas contrôlées internationalement[28].
Sous la pression américaine, la coopération nucléaire sino-iranienne,
de même que les ventes de missiles chinois à la République
islamique, prennent officiellement fin en octobre 1997,
au moment où le régime chinois donne des garanties écrites
aux États-Unis[29].
Officiellement, cette coopération nucléaire sino-iranienne,
mise en place à partir des années 1980, est cantonnée au
domaine du nucléaire civil, conformément aux positions
adoptées par la République populaire en matière de non-prolifération
nucléaire depuis le milieu des années 1980. Comme l’avait
rappelé Li Peng, alors premier ministre, lors d’une visite à Téhéran
en 1991, si la Chine « ne soutient pas, n’encourage
pas ou ne s’engage pas dans la prolifération nucléaire
[…] elle n’est pas opposée à la coopération internationale
dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie
nucléaire »[30].
Pourtant,
le caractère dual
de certaines technologies sème le doute. Étant donné le
manque de transparence concernant le programme nucléaire
iranien, ainsi que la dissimulation des autorités iraniennes
face à l’AIEA entre 1985 et 2003--année où les agissements
de Téhéran ont été exposés par des inspecteurs des Nations
Unies--de nombreux analystes s’interrogent sur cette coopération
et craignent qu’une partie de cette assistance chinoise
ait pu être utilisée par Téhéran pour faciliter la réalisation
d’un programme nucléaire militaire clandestin, dont l’objectif
final est de lui permettre de se doter de l’arme nucléaire[31]. Cette hypothèse
est rejetée catégoriquement par Pékin qui la qualifie,
peut-être un peu vite, de « sans fondement ».
On notera également que, malgré ses promesses et sa participation
croissante au régime international de non-prolifération
depuis le début de la décennie 1990 (accession au Traité de
non-prolifération (TNP) nucléaire en mars 1992[32],
participation au Comité Zangger à partir de 1997[33], renforcement des
mesures nationales de contrôle des exportations de matériel
nucléaire en septembre 1997, renforcement de la législation
sur le contrôle des matériels à utilisation duale en 1998,
adoption d’une nouvelle législation réglementant les exportations
de matériels sensibles en 2002[34],
publication d’un livre blanc sur la non-prolifération en
2003[35], adhésion en juin
2004 au Nuclear Suppliers Group (NSG)[36],
demande d’adhésion au régime de contrôle de la technologie
des missiles (Missile Technology Control Regime,
MTCR) en septembre 2004[37], etc.[38]), le régime chinois
a également rencontré certaines difficultés en matière
de transfert de technologies sensibles vers la République
islamique[39]. Les États-Unis
ont ainsi sanctionné à plusieurs reprises des firmes chinoises
entre 1997 et 2005[40],
en raison de la poursuite de ventes de matériels sensibles à l’Iran
dans le secteur des missiles. De même, en matière nucléaire,
sept firmes chinoises ont encore été sanctionnées en janvier
2005 par le gouvernement américain pour avoir vendu des
technologies nucléaires à Téhéran[41].
La
poursuite de ces relations entre l’Iran et la République populaire s’explique en grande
partie par les intérêts économiques des sociétés chinoises
désormais « privatisées ». Mais le doute subsiste
dans l’esprit de certains observateurs quant à de possibles
arrière-pensées chinoises en raison du fait que certaines
de ces sociétés, comme la Zhongguo Beifang gongye gongsi (Norinco)
ou la Zhongguo jingmi jixie jinchukou gongsi (China
Precision Machinery Import-Export Corporation, CPMIEC),
restent tout de même très proches des autorités chinoises
et qu’en outre Pékin ne semble pas toujours avoir été très
pressée de limiter ce type d’activités[42].
Quoi qu’il en soit, manque de volonté, corruption ou incapacité des
autorités chinoises à contrôler les activités de leurs
sociétés, vu du côté du régime iranien en tout cas, les
liens avec la République populaire ont offert des bénéfices
importants dans le domaine de l’armement et du nucléaire.
Malgré les pressions américaines continues et les mesures
adoptées par les autorités chinoises en matière de non-prolifération
et de contrôle des exportations de matériels sensibles,
l’Iran a semble-t-il réussi à maintenir des relations de
proximité avec certains de ses fournisseurs chinois. Il
pourrait ainsi continuer à bénéficier--peut-être à l’encontre
du souhait des autorités chinoises--de transferts de technologies
dans des domaines sensibles[43].
LE
BOULEVERSEMENT GÉOPOLITIQUE DES ANNÉES
1990
À la fin des années 1980 et au début des
années 1990, les relations entre la République islamique
et la République populaire franchissent une nouvelle étape. L’ayatollah
Ali Khamene’i, alors président de la République islamique
avant d’en devenir le Guide suprême, se rend dans la capitale
chinoise en mai 1989, juste avant les événements du Printemps
de Pékin. Cette visite, la première d’un chef d’État iranien
depuis l’avènement de la révolution islamique, couronne
l’essor des relations bilatérales dans la décennie 1980.
Selon les observateurs occidentaux, à ce moment, la République
populaire est devenue le sixième partenaire économique
de l’Iran grâce notamment à ses ventes d’armes[44].
Peu
après cette visite, les
relations entre la République populaire et les Occidentaux se tendent en raison
des événements de Tian An Men de juin 1989. Cette dégradation
des relations sino-occidentales ainsi que le contexte d’effondrement
des régimes communistes en Europe de l’Est inquiètent Pékin.
Rapidement, la République populaire cherche à réduire son
isolement sur la scène internationale. Les rencontres sino-iraniennes à haut
niveau vont dès lors se multiplier au début de la décennie
1990. Après la visite historique du président iranien, le premier
ministre chinois, Li Peng, se rend à son tour à Téhéran
en juillet 1991, bientôt suivi par le président chinois
Yang Shangkun en octobre de la même année. C’est à l’occasion
de cette dernière visite que Pékin sera invitée par Téhéran à participer à la
mise en place du métro de la capitale iranienne, un des
plus importants projets économiques développés par Pékin
en République islamique. La négociation d’un premier contrat
estimé à 293 millions de dollars prendra cependant plusieurs
années. Il ne sera finalisé qu’en mars 1995 entre la China
International Trust and Investment Corporation (CITIC)
et la Tehran Outskirts Subway Company pour la mise
en place des lignes numéros un et deux[45]. Plus tard, la coopération
sino-iranienne dans ce domaine va s’accélérer. Enfin, le
président Rafsandjani fait à son tour le déplacement dans
la capitale chinoise en septembre 1992. À l’occasion de
cette dernière visite, les deux pays signent un important
accord portant sur la livraison à l’Iran de deux centrales
nucléaires d’une puissance de 300 mégawatts. C’est cet accord qui sera
gelé en 1995 et annulé en 1997.
Après
cette période d’intenses échanges
diplomatiques, les visites à haut niveau
se raréfient pendant le reste des années 1990. Plusieurs
facteurs expliquent ce relâchement relatif des contacts
diplomatiques sino-iraniens pendant cette période. Le rapprochement
sino-soviétique à partir de la fin des années 1980 puis
le retrait soviétique d’Afghanistan en 1989 ont pour effet
d’éliminer un important facteur d’entente entre les deux
pays. La dissolution de l’URSS crée ensuite un nouvel environnement
régional aux potentialités certes importantes mais dont
l’équilibre est incertain. Dans ce contexte, Pékin s’inquiète
des ambitions régionales de l’Iran en Asie centrale. Certains
auteurs chinois mettent ainsi en garde contre l’offensive
diplomatique lancée par Téhéran en direction des républiques
centre-asiatiques[46]. Selon eux, l’objectif iranien
serait d’établir une sphère d’influence islamique regroupant
l’Asie centrale et le Moyen-Orient, une ambition que les
autorités chinoises peuvent difficilement avaliser, étant
donné la menace qu’un tel ensemble pourrait faire peser
sur sa région autonome du Xinjiang, peuplée de Ouïgours
(turcophones de confession musulmane). Le projet plus modeste évoqué par
le ministre des Affaires étrangères de la République islamique
en juin 1993, concernant la possibilité de mettre en place
un ensemble persanophone s’étendant de l’Iran à l’ouest
de la Chine via le Tadjikistan et le nord de l’Afghanistan[47], ne semble pas non
plus avoir rencontré un écho très favorable à Pékin. De
même, le soutien iranien aux « islamo-démocrates » tadjikes
au début de la guerre civile ne sera guère apprécié par
les autorités chinoises. En Afghanistan, Pékin et Téhéran
n’ont pas non plus la même opinion à propos des Talibans.
Après 1998, ces derniers sont considérés à Pékin comme
un mouvement avec lequel il est possible de trouver des
accommodements, une position inacceptable pour Téhéran étant
donné le caractère anti-chi’ite de ce mouvement[48].
Vu du côté iranien, au grand déplaisir de Téhéran, Pékin
va sacrifier certains de ses engagements à ses relations
avec les États-Unis. Suite aux pressions américaines, la
République
populaire renoncera à livrer les centrales nucléaires commandées
par Téhéran en 1992. En 1997, Pékin mettra également officiellement
fin à ses ventes de missiles et à sa coopération nucléaire
avec l’Iran pour préserver ses relations avec les États-Unis,
ce que le régime iranien ne peut bien entendu que regretter.
Cet ensemble de facteurs contribue ainsi à éloigner quelque
peu les deux États.
Pendant
cette période, Téhéran
et Pékin renforcent néanmoins leurs relations énergétiques
et économiques. Dans
le domaine pétrolier, en raison de son développement économique
et de la stagnation de sa production pétrolière interne,
la République populaire de Chine est devenue dès
1993 importateur net de produits pétroliers et en 1996
importateur net de pétrole brut. À partir de ce moment,
ses besoins en hydrocarbures n’ont pas cessé de croître.
C’est dans ce contexte que des relations pétrolières se
sont mises en place entre les deux pays. Alors qu’au début
des années 1990, les importations pétrolières chinoises
provenaient essentiellement d’Asie du Sud-Est (Indonésie,
Malaisie, Papouasie Nouvelle Guinée) et de certains pays
du Golfe Persique (Oman, Yémen) en raison de la similarité du
pétrole produit dans ces pays avec les productions chinoises,
la place de l’Iran comme fournisseur pétrolier de la République
populaire va progressivement se renforcer pendant la décennie
1990. En 1991, les exportations pétrolières iraniennes
en direction de la Chine s’élèvent à peine à 0,05 million
de tonnes (Mt) de pétrole brut. Elles atteindront 3,95
Mt en 1999[49],
Téhéran devenant ainsi au tournant de la décennie un des
plus importants fournisseurs pétroliers de Pékin.
Dans
le domaine économique, la fin de l’URSS
et la naissance de cinq républiques indépendantes en Asie
centrale offrent également de nouvelles possibilités à la
Chine et à l’Iran. Une liaison directe par voie terrestre
entre les deux pays peut désormais être envisagée via l’ex-Asie
centrale soviétique. Cette possibilité intéresse d’autant
plus Pékin qu’elle a décidé en 1985 d’ouvrir la région
autonome ouïgoure du Xinjiang sur le monde extérieur--notamment
sur l’Asie centrale et le Moyen-Orient--et qu’elle a accentué cette
politique d’ouverture économique à partir de 1992. Du côté iranien,
les autorités commencent également à se rendre compte de
cette potentialité et de la nécessité, pour en tirer profit,
d’investir dans la mise en place d’infrastructures de communication.
Ce type de projets demande cependant des investissements
conséquents et du temps.
Une
première avancée est réalisée en 1996
avec l’ouverture d’une ligne de chemin de fer de 250 kilomètres
(km) reliant la ville de Mashhad au nord-est de l’Iran à la
ville de Sarakhs située à la frontière du Turkménistan.
Cette nouvelle ligne permet d’interconnecter les réseaux
ferroviaires iraniens et centre-asiatiques. Avec l’entrée
en service en mai 1996 de ce tronçon Mashhad-Sarakhs-Tejen,
des marchandises chinoises peuvent désormais théoriquement
circuler depuis le territoire de la République populaire
jusqu’en Iran et potentiellement jusqu’au Golfe Persique,
via les infrastructures mises en place par la Chine dans
la région du Xinjiang et les chemins de fer de l’Asie centrale
ex-soviétique[50]. Cette possibilité, aux importantes
potentialités commerciales pour Pékin et Téhéran, reste
cependant sous-exploitée en raison de nombreuses difficultés
rencontrées sur le terrain, notamment en Asie centrale[51].
Selon les statistiques du Fonds monétaire international
(FMI), le commerce bilatéral entre les deux pays atteindra
néanmoins en 1999, 1 348 milliards de dollars (663 millions de dollars d’exportations
chinoises vers l’Iran et 685 millions de dollars d’importations
iraniennes vers la Chine)[52],
ce qui représente un peu moins de quatre pour cent du commerce
total de la République islamique[53].
Les produits principaux que Pékin exporte vers l’Iran à ce
moment sont les appareils électriques et mécaniques ainsi
que les produits chimiques. Elle importe principalement
d’Iran du pétrole brut, mais aussi des minerais de chrome,
du coton brut, du caoutchouc synthétique et des produits
alimentaires comme les raisins secs et les pistaches[54].
Malgré les lenteurs et les obstacles, la
République populaire et la République islamique continuent
de travailler au renforcement des infrastructures de transport
et de communication. Dans le cadre de sa politique de développement
du « Grand Ouest » (Xibu Dakaifa)
lancée depuis 2000, Pékin a ainsi mis l’accent sur le renforcement
de ses infrastructures de transports, notamment au Xinjiang
et en direction de l’Asie centrale[55].
De son côté, Téhéran a également développé son réseau ferroviaire
interne. En moyenne, 500 km de nouvelles voies ferrées
ont ainsi été construites en Iran depuis l’année 2000[56]. Une
importante ligne ferroviaire reliant Mashhad et Bafgh (1
000 km), inaugurée en mai 2005, complète désormais la ligne
Tejen-Sarakhs-Mashhad et permet d’envisager un transport
plus rapide (900 km en moins) pour les marchandises traversant
le territoire iranien en direction de l’océan Indien. Pékin
et Téhéran ont également poursuivi leurs consultations
dans le domaine des transports. La République islamique
s’intéresse ainsi à la possibilité de développer le réseau
routier entre son territoire et la Chine via l’Afghanistan
et le Tadjikistan[57].
Parallèlement, à l’occasion de la visite en Chine du ministre
iranien des Transports, Ahmad
Khorram, en novembre 2003, le régime iranien a proposé à son
partenaire chinois la mise en place d’un chemin de fer
entre leurs deux territoires via l’Afghanistan, l’Ouzbékistan
et le Tadjikistan[58]. Téhéran a par ailleurs annoncé en
novembre 2004 qu’elle allait investir deux milliards de
dollars pour renforcer les infrastructures de transports
reliant son territoire à l’Afghanistan[59]. Pékin, dont les compagnies
sont actives dans le secteur afghan des infrastructures
de communications, notamment dans la construction des axes
routiers majeurs du pays[60], a
de son côté proposé au début 2005 la création d’un
groupe commun, réunissant la République islamique et l’Afghanistan,
pour étudier la possibilité de relier dans l’avenir le
réseau ferroviaire iranien au territoire chinois[61].
Dans le cadre de la reconstruction de l’Afghanistan, la
République populaire insiste également sur la priorité qui
doit être donnée selon elle au renforcement des voies de
transport entre l’Afghanistan et ses voisins[62]. La construction d’infrastructures
ferroviaires et routières pourrait faciliter et stimuler
les échanges entre la République islamique et la République
populaire, voire créer une nouvelle dynamique régionale.
Il faut cependant rester prudent quant à ces perspectives
car les difficultés à surmonter sont nombreuses dans ce
domaine, à commencer par la question du financement de
ces infrastructures. Les problèmes rencontrés en Asie centrale
dans le secteur des transports et du transit de marchandises,
mais aussi l’insécurité persistante en Afghanistan, invitent également à la
circonspection[63].
LE TOURNANT DE 2000
Au
début de l’année 2000, on
assiste à une nouvelle phase de rapprochement entre les
régimes chinois et iranien. Ce phénomène s’explique par les inquiétudes
de la République populaire face au contexte international
marqué par l’intervention militaire de l’OTAN (Organisation
du Traité de l’Atlantique Nord) au Kosovo, considérée par
Pékin comme une démonstration des tendances hégémoniques
de la politique étrangère des États-Unis. Pékin, qui semble
craindre que ce type d’intervention humanitaire ne puisse être
utilisé un jour contre elle--au regard de la situation
du Tibet ou du Xinjiang par exemple--décide en effet de
lancer une offensive diplomatique destinée à contrebalancer
l’influence américaine sur la scène internationale. Téhéran
apparaît dans ce contexte comme un partenaire naturel face à Washington.
Cette relance des relations bilatérales est bien accueillie
par le régime iranien, dirigé depuis son élection en 1997
par le « réformiste » Mohammad Khatami. Téhéran,
soumise à une politique de sanctions américaines depuis
1979--politique renforcée par l’administration Clinton
en 1995 et 1996[64]--y voit l’occasion
d’élargir sa marge de manœuvre diplomatique grâce au soutien
chinois et d’engranger également des bénéfices économiques.
Le
ministre chinois des Affaires étrangères,
Tang Jiaxuan se rend dans la capitale iranienne en février
2000 à l’occasion de l’inauguration de la première branche
du métro de Téhéran construit par des compagnies chinoises[65].
Au cours de cette visite, il s’entretient des possibilités
de renforcement de la coopération bilatérale avec de nombreux
hauts dirigeants iraniens, dont le ministre du Pétrole
et le président Khatami, qu’il invite par ailleurs officiellement à venir
en République populaire. À cette occasion, les ministres
chinois et iranien des Affaires étrangères s’accordent
pour mettre en place un mécanisme régulier de consultations
politiques entre leurs deux pays, inaugurant ainsi un nouveau
stade des relations bilatérales. Ces consultations se multiplient
semble-t-il rapidement puisque, dès le mois de mai suivant,
le vice-ministre iranien des Affaires étrangères en charge
de la zone Asie Pacifique se rend à Pékin pour y rencontrer
le ministre chinois des Affaires étrangères. Cette visite
est suivie par celle qu’effectue le président iranien Khatami
en juin, à l’invitation du président Jiang Zemin[66]. L’importance numérique
de la délégation iranienne démontre l’intérêt que le régime
islamique porte à ce déplacement en République populaire.
Le président Khatami est accompagné de plusieurs dizaines
de personnes, dont le ministre des Affaires étrangères,
le ministre de la Défense, le ministre des Mines et des
métaux, le ministre de la Culture et un certain nombre
de parlementaires[67]. Comme la composition
de la délégation le laisse supposer, les objectifs de cette
visite de cinq jours sont à la fois politiques, économiques,
culturels et peut-être militaires, bien que les deux parties
soient très discrètes sur ce point.
Sur
le plan politique, les deux pays partagent un certain nombre
d’intérêts communs
en matière de sécurité. Ces derniers sont discutés à l’occasion
des entretiens entre Khatami et Jiang Zemin. Ils sont repris
dans la déclaration conjointe signée à l’issue du déplacement
du président iranien. Téhéran et Pékin s’accordent par
exemple sur la condamnation du terrorisme sous toutes ses
formes et s’inquiètent du trafic illicite de la drogue,
dont une partie importante provient d’Afghanistan. Mais
le plus intéressant concerne leur position commune sur
certains aspects de la politique étrangère américaine.
Pékin et Téhéran condamnent en effet les interventions
humanitaires et le droit d’ingérence, les tendances hégémoniques
de Washington ainsi que ses interférences dans la région
du Golfe Persique[68]. Les deux présidents
souligneront que la sécurité et la stabilité de cette zone
devraient être sauvegardées par les pays de la région,
en-dehors de toute interférence extérieure[69].
La République populaire et la République islamique mettent également
en avant le rôle des Nations Unies dans le maintien de
la paix et de la sécurité internationale, et se déclarent
en faveur d’un monde « multipolaire »[70]. Du côté chinois,
la visite de la délégation iranienne est aussi mise à profit
par Pékin pour promouvoir son image dans le monde musulman
et contrer les critiques, notamment occidentales, concernant
sa politique à l’égard des minorités ethniques musulmanes,
dont les Ouïgours--qui sont des turcophones sunnites--de
la région autonome du Xinjiang. Le président Khatami
rencontre ainsi les représentants de l’Association islamique
de Chine et de l’Association islamique du Xinjiang, et
visite la célèbre mosquée de Niujie à Pékin, avant de se
rendre dans la région autonome du Xinjiang, successivement à Urumqi,
la capitale provinciale, puis à la grande mosquée de Kachgar.
Par sa présence, il cautionne ainsi la politique menée
par le régime chinois à l’égard des musulmans en général
et des allogènes turcophones Ouïgours en particulier.
Dans
le domaine militaire, le ministre de la Défense iranien rencontre son homologue
chinois en tête-à-tête. On ignore la nature exacte de leur
entretien. Le ministre chinois de la Défense, Chi Haotian, indiquera à l’issue
de ces discussions que l’opposition commune de l’Iran et
de la Chine à la « politique de puissance » et à l’« hégémonie » crée
une base de coopération entre les deux pays[71],
alors que le ministre iranien de la Défense décrira en
décembre 2000 la visite du président Khatami en Chine comme
un « tournant »--sans toutefois en préciser la
nature exacte--dans les relations sino-iraniennes[72].
Les discussions sino-iraniennes semblent donc avoir été fructueuses
sans que l’on puisse pourtant y voir l’amorce d’une quelconque
alliance militaire entre les deux pays. Après cette rencontre,
une délégation menée par Liu Jibin, le président de la Commission des sciences, des
techniques et de l’industrie pour la défense nationale
(COSTIND[73]), se rendra dans
la capitale iranienne en décembre 2000. Les deux pays exprimeront à cette
occasion leur intention de poursuivre leur coopération
dans le domaine de l’industrie de la défense et d’augmenter
le niveau des échanges scientifiques et éducatifs dans
ce secteur[74].
Le niveau de coopération bilatéral dans le domaine militaire,
s’il n’est pas négligeable, reste toutefois relativement
modeste. Il sera néanmoins maintenu dans la période post-11
septembre. Le commandant de la force de mobilisation des Gardiens de la
révolution s’est par exemple rendu à Pékin en octobre
2003 et en novembre 2004, et l’Iran et la Chine ont signé un protocole d’accord portant
sur le renforcement de la coopération dans le secteur des
technologies de l’aérospatiale et des satellites--une technologie
duale qui pourrait, selon certains observateurs, être employée
dans le cadre du programme iranien de développement de
missiles à longue portée[75].
Sur
le plan économique, la
visite du président Khatami à Pékin a aussi ouvert un nouveau
chapitre des relations bilatérales sino-iraniennes. Au
cours de ses entretiens avec Khatami, Jiang Zemin a indiqué que
la Chine considérait l’Iran comme un partenaire commercial
de première importance dans le Golfe Persique, ajoutant
que les deux pays partageaient une complémentarité forte
dans les domaines économiques et commerciaux. L’Iran dispose
en effet de matières premières--dont les hydrocarbures
et les ressources minérales--utiles pour alimenter le développement économique
de la Chine, alors que Pékin peut fournir à Téhéran les
biens de consommation et d’équipement qui font défaut à l’Iran.
Du côté iranien, le voyage de Khatami donne l’occasion à certains
de vanter le « modèle chinois » de développement économique,
jugé plus efficace que le « modèle iranien ». À travers
la presse officielle, des commentateurs appelleront ainsi
les autorités iraniennes à s’en inspirer, non seulement
dans le domaine économique mais aussi en matière de régulation
des naissances[76]. Lors de son déplacement,
le président iranien, qui reconnaît également la forte
complémentarité économique entre les deux pays, invite
pour sa part les entrepreneurs chinois à explorer le marché iranien[77]. Lors de son séjour
au Xinjiang, il manifestera également l’intérêt de l’Iran
pour le développement de liens économiques avec cette région[78]. La déclaration
commune sino-iranienne du 22 juin 2000 traduit l’intérêt
partagé des deux pays dans le domaine économique. Elle
stipule que la Chine et l’Iran se sont accordés pour renforcer
leur coopération dans les domaines de l’énergie, du transport,
des télécommunications, de la banque, de la science et
de la technologie, de l’industrie, du tourisme, de l’agriculture
et autres domaines. Malgré la politique de sanctions de
l’administration Clinton, destinée à empêcher les investissements
américains et étrangers dans le secteur iranien des hydrocarbures,
les deux gouvernements encouragent également leurs compagnies à explorer
les possibilités de coopération dans les domaines stratégiques
pour les deux pays du pétrole et du gaz naturel[79].
Cette
déclaration d’intention
n’est pas purement rhétorique. Elle est suivie d’effets
puisqu’en janvier 2001, en dépit du risque de sanctions
américaines, la compagnie pétrolière chinoise Sinopec signe
un contrat avec la Compagnie nationale
du pétrole iranien (National Iranian Oil Company,
NIOC) pour l’exploration conjointe d’une zone pétrolifère
située dans la région de Kashan[80]. Le président de
Sinopec indique à cette occasion son intérêt pour une coopération à long
terme avec son partenaire iranien dans les domaines de
l’exploration, de la production, du raffinage et de la
commercialisation du pétrole[81]. La compagnie chinoise
et la NIOC concluent également un autre contrat pour la
modernisation et l’expansion par Sinopec des raffineries
de Tabriz et de Téhéran, ainsi que des installations du
port caspien de Neka, afin d’accroître les possibilités
de swap (« échange ») entre l’Iran et
les producteurs de la Caspienne[82].
Malgré son ampleur limitée et ses débuts prudents, cette
coopération dans le domaine stratégique des hydrocarbures
constitue néanmoins un signe de l’intérêt grandissant de
Pékin pour les ressources énergétiques de l’Iran. Elle
va contribuer à rapprocher davantage les deux pays.
En
plus de la déclaration conjointe sino-iranienne, cinq
accords portant sur la promotion et la protection des
investissements
et la coopération dans les domaines de l’énergie, du
tourisme, des minéraux et de l’industrie métallurgique,
sont également
signés à l’occasion de la visite du président iranien.
Quelques mois plus tard, en janvier 2001, une délégation
menée par Hu Jintao, alors vice-président de la République
populaire, et composée notamment du vice-ministre des
Affaires étrangères,
du vice-ministre responsable de la Commission du plan
et du vice-ministre du Commerce extérieur et de la coopération économique,
se rendra à Téhéran pour examiner les moyens de mettre
en œuvre plus rapidement cette coopération politique
et économique
discutée lors de la visite du président Khatami[83]. Hu Jintao loue à cette
occasion la visite du président iranien en Chine, affirmant
qu’elle a bâti la « fondation d’une coopération stable
et à long terme entre les deux pays pour le nouveau siècle »[84].
Le vice-président chinois déclare également que le renforcement
de la coopération avec Téhéran est une « constante
de la politique de la République populaire »[85].
Peu après, en février 2001, Pékin réitère cette position
par la voix de Li Peng à l’occasion de la visite à Pékin
d’une délégation parlementaire iranienne[86].
LA PÉRIODE POST-11
SEPTEMBRE
Les
attentats de septembre 2001, le lancement de la guerre
contre le terrorisme, la
relance des relations sino-américaines dans le cadre de
cette guerre, puis, en janvier 2002, la désignation par
George W. Bush de l’Iran comme un des trois États membres
de l’« axe du mal », la guerre contre l’Irak
en mars 2003 et l’élection, en juin 2005, de l’ultraconservateur
Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique,
n’ont pas remis en cause l’essor des relations sino-iraniennes
constaté depuis 2000. Au contraire, la période post-11
septembre est marquée par la poursuite du rapprochement
entre les deux pays.
Ce
phénomène s’explique par
une série de facteurs, à commencer par le renforcement
des intérêts pétroliers de Pékin en Iran. Dans le domaine
pétrolier, les volumes d’importations originaires d’Iran
se sont accrus depuis le milieu des années 1990 avec une
nouvelle accélération dans la période post-11 septembre.
Estimées à un
million de tonnes en 1993, les exportations iraniennes
de pétrole à destination
de la Chine ont ainsi atteint en 2003 plus de 13 Mt, soit
13,6 pour cent des importations pétrolières globales de
la République populaire. Cette
croissance, surtout perceptible après 1996, est liée notamment à l’action
de la compagnie chinoise Sinopec, le plus grand raffineur
de Chine, qui a modernisé une partie de ses installations
situées à l’est et au sud du territoire chinois pour leur
permettre de traiter des bruts riches en soufre du Moyen-Orient,
dont des bruts iraniens. Téhéran occupe désormais la première
ou la seconde place parmi les fournisseurs pétroliers de
Pékin. La République populaire est pour sa part devenue
le second marché en importance pour le pétrole iranien,
derrière le Japon, avec 10,4 pour cent du total des exportations
iraniennes de brut en 2003, contre 22,4 pour cent pour
Tokyo.
Conscient
des avantages que l’essor de ces relations pétrolières avec la Chine lui
offre en termes de rentrées financières--les revenus pétroliers
assurent une bonne part du budget de l’État iranien--et
de soutien politique, le régime islamique a décidé de les
intensifier. Il a ainsi déclaré en novembre 2004, par la
voix de son ministre du Pétrole, qu’il entendait faire
de Pékin son premier client avant le Japon[87]. C’est donc pour
resserrer les liens avec la Chine qu’un mois plus tôt,
en octobre 2004, la société chinoise Sinopec a été invitée
par les autorités iraniennes à préparer un programme-cadre
pour le développement du gisement iranien géant de Yadavaran[88]. Ce champ pourrait
produire jusqu’à 300 000 barils/jour (b/j) de pétrole,
ainsi que du gaz naturel. En échange de sa participation
majoritaire (51 pour cent) dans ce champ, Sinopec se serait
engagée à acheter 10 Mt de gaz naturel liquéfié (GNL) iranien
par an pendant 25 ans[89].
Ce contrat, estimé entre 70 et 100 milliards de dollars,
est le plus important signé par l’Iran depuis 1996. Dans
le cadre de cet accord, la NIOC s’est par ailleurs engagée à exporter
vers la République populaire 150 000 b/j de pétrole brut
par an, une fois que Sinopec aura développé le champ de
Yadavaran[90]. Outre Sinopec,
selon la presse chinoise, d’autres sociétés chinoises spécialisées
dans le domaine de l’énergie, comme la China National
Petroleum Corporation (CNPC), la Sinochem, la China
National Offshore Oil Corporation (CNOOC), Zhuhai Zhengrong
et le Citic Group, envisageaient également à ce moment
d’investir dans le secteur iranien des hydrocarbures, en
partenariat avec des compagnies locales, ainsi que dans
le secteur du raffinage et de la pétrochimie[91]. Même si le projet
concernant Yadavaran n’a guère avancé depuis 2004, Pékin
n’a pas abandonné l’idée de le mettre en œuvre, malgré le
contexte international difficile en raison des tensions
croissantes autour de la question du programme nucléaire
iranien.
La
nécessité d’assurer son approvisionnement énergétique
pour alimenter sa croissance économique, désormais seule
base de la légitimité pour le Parti communiste chinois,
a en effet pris une importance majeure aux yeux de Pékin.
Une délégation chinoise s’est rendue à Téhéran pour discuter
du projet de Yadavaran en décembre 2005[92]. Les deux parties ont décidé à cette
occasion de mettre en place trois groupes de travail pour
négocier des accords
définitifs concernant le développement du gisement de Yadavaran,
les livraisons de gaz naturel liquéfié à la Chine et des
projets pétrochimiques en Iran, auxquels Pékin pourrait être
invitée à participer[93]. En février 2006,
certains médias annonçaient par ailleurs que Pékin et Téhéran étaient
sur le point de finaliser le contrat concernant Yadavaran.
Peut-être Pékin essaye-t-elle de profiter du contexte international
de pressions croissantes sur la République islamique pour
négocier aux meilleures conditions cet accord. Certains
observateurs pensent également que la Chine envoie parallèlement
un message aux Occidentaux--notamment aux Américains--destiné à leur
montrer que d’éventuelles sanctions adoptées par le Conseil
de sécurité des Nations Unies contre l’Iran ne devraient
pas concerner le secteur pétrolier iranien, où ses intérêts
sont importants[94].
De son côté, Téhéran, qui essaye de diviser les membres
du Conseil de sécurité des Nations Unies pour éviter l’adoption
de sanctions contre elle, instrumentalise bien évidemment
les intérêts pétroliers chinois. Certains en Iran interprètent
d’ailleurs l’empressement de Pékin à conclure cet accord
comme un signe de l’innocuité des menaces occidentales à l’égard
de la République islamique dans le dossier nucléaire[95],
une interprétation peut-être imprudente.
On
relèvera de manière générale
que les intérêts pétroliers de Pékin en Iran auront, dans
le contexte de la crise nucléaire iranienne, des conséquences
importantes, puisqu’ils risquent de limiter fortement les
possibilités de pressions de la communauté internationale
en écartant le secteur pétrolier du domaine d’application
des sanctions éventuellement décidées par le Conseil de
sécurité. Dans ces conditions, le régime islamique continuera
pour sa part à bénéficier de sa plus importante source
de revenus. En outre, les investissements chinois dans
le secteur des hydrocarbures, s’ils se matérialisent
finalement, pourraient avoir pour conséquences non seulement
d’affaiblir considérablement la politique unilatérale de
sanctions économiques menées par les États-Unis à l’encontre
du régime de Téhéran mais aussi d’inciter d’autres acteurs
internationaux (notamment les compagnies européennes, japonaises,
russes et indiennes) à pénétrer également plus avant le
secteur iranien des hydrocarbures. Le plus grand
bénéficiaire
de ces investissements sera finalement la République islamique,
qui n’a pas les moyens de les réaliser lui-même. Elle pourra
ainsi tirer des revenus supplémentaires des quantités de
pétrole mises sur le marché et renforcer sa puissance et
son influence régionales.
La
croissance des exportations pétrolières iraniennes en direction
du marché chinois a également dopé les chiffres du commerce
bilatéral sino-iranien. Alors qu’en 1999, les échanges
bilatéraux s’élevaient à 1,3 milliards de dollars, ils
sont passés à 3,3 milliards de dollars en 2001, 3,74 milliards
de dollars en 2002, 5,6 milliards de dollars en 2003[96],
7 milliards de dollars en 2004[97] et
9,5 milliards de dollars en 2005. Les exportations pétrolières
représentent environ la moitié de ces échanges. Cependant,
les relations économiques sino-iraniennes ont été progressivement étendues
au-delà du pétrole. Elles couvrent désormais un plus large éventail.
Plus de 100 sociétés chinoises sont actives en Iran dans
le secteur des infrastructures (développement de ports,
constructions de jetées, de barrages, d’aéroports, etc.),
le secteur des mines, la construction de bâtiments, les
aciéries, la construction navale, les transports, etc.
Ces activités ont transformé la Chine, un des plus importants
investisseurs étrangers en République islamique. Pékin
est également devenue un fournisseur de technologies et
de savoir-faire pour le secteur pétrolier iranien. Ainsi,
fin janvier 2006, une compagnie chinoise, la China
Oilfield Services Ltd. (COS) a conclu un accord dans
le domaine pétrolier avec la North
Drilling Company (NDC) en Iran. Les apports technologiques
chinois devraient permettre à cette compagnie iranienne
d’entreprendre des campagnes d’exploration en mer dans
le sud de la Caspienne[98]. Parallèlement, des compagnies iraniennes explorent également
le marché chinois. Le constructeur automobile iranien Khodro
a ainsi signé un contrat avec la Chine pour la mise en
place d’une entreprise commune dans le secteur de la construction
automobile. L’investissement initial est estimé à 60 millions
de dollars[99].
Comme le développement de ces liens économiques consolide
parallèlement les relations politiques entre les deux pays,
Téhéran favorise particulièrement les compagnies chinoises.
Elle a ainsi attribué en mai 2004 la mise en place d’une
nouvelle ligne de métro à la firme chinoise Norinco pour
un montant de 836 millions de dollars[100].
Elle a également attribué à une compagnie chinoise un contrat
d’environ un milliard de dollars pour la construction d’une
usine d’aluminium dans la région de Bandar Abbas[101] et
s’intéresse à l’achat d’avions en Chine[102].
Outre
leur aspect politique, ces relations commerciales sont
bien entendu importantes sur le plan économique pour Téhéran. La République populaire représente ainsi en 2004 environ dix pour cent du total du commerce extérieur iranien. Le marché iranien et ses 68 millions de consommateurs ne sont pas non plus négligeables pour Pékin. Cette dernière y bénéficie en effet de conditions économiques très favorables puisque la concurrence des firmes occidentales y est faible et qu’en outre Téhéran favorise ses compagnies pour cimenter les relations politiques bilatérales. L’Iran serait ainsi le marché étranger le plus important pour la Chine en terme de grands projets et d’exportation de main-d’oeuvre. Environ 120 projets impliquant des sociétés chinoises, pour un total de 6 milliards de dollars, sont actuellement en cours en Iran, alors que des centaines d’autres,
portant sur des dizaines de milliards de dollars, seraient
en discussion[103]. L’importance des relations économiques entre les deux pays est par ailleurs partiellement sous-évaluée puisqu’une partie des exportations chinoises en direction du marché iranien échappe aux statistiques officielles de Téhéran. Des quantités substantielles de marchandises chinoises destinées in
fine à l’Iran transitent en effet par Dubaï avant d’être ensuite réexportées
vers le territoire iranien[104].
La République populaire est ainsi le premier partenaire commercial de Dubaï, alors que l’Iran est le premier marché de réexportation
de ce dernier.
Ceci
dit, les échanges avec l’Iran ne jouent qu’un rôle mineur
dans le commerce extérieur chinois, sans rapport avec les
volumes d’échanges qui lient la Chine et l’Union européenne
(174 milliards d’euros en 2004), la Chine et les États-Unis
(170 milliards de dollars en 2004) ou la Chine et le Japon
(168 milliards de dollars en 2004). D’un point de vue commercial,
Pékin est aujourd’hui plus important pour Téhéran que Téhéran
ne l’est pour Pékin. Pour l’avenir, l’accroissement des
exportations d’hydrocarbures iraniens vers le marché chinois
pourrait pourtant accroître l’importance de ce pays pour
la République populaire, ce qui en retour augmenterait
la capacité du régime iranien à obtenir le soutien et la
coopération de la Chine, non seulement en matière diplomatique
mais aussi peut-être dans des domaines sensibles (le secteur
militaire par exemple). Pour alimenter les besoins de son économie,
la République populaire devrait aussi s’intéresser de manière
croissante aux ressources minérales de l’Iran (au cuivre
par exemple, dont ce pays possède les secondes réserves
en Asie, derrière celles de l’Indonésie), créant ainsi
de nouvelles aires de coopération économique et renforçant
le rôle de Téhéran comme fournisseur de matières premières
pour le marché chinois. La multiplication des échanges
avec Pékin devrait permettre au régime islamique de Téhéran
d’améliorer la situation économique du pays et de renforcer
ses moyens d’actions grâce notamment à la rente pétrolière.
Enfin, le « modèle chinois » de développement économique,
qui combine croissance économique et absence de réformes
politiques, fait l’objet de l’attention du régime iranien,
qui cherche à s’en inspirer pour accélérer la modernisation
de son économie, qui en a un très grand besoin[105].
Au-delà de ces intérêts pétroliers
et économiques, l’unité de vue que partagent les deux pays
sur l’idée d’un monde multipolaire, leur rejet de l’unilatéralisme
américain et leurs craintes géopolitiques face aux États-Unis
constituent autant de facteurs supplémentaires de rapprochement.
Tant Pékin que Téhéran se méfient de la pénétration militaire
américaine et de l’OTAN en Afghanistan et en Asie centrale
dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Ce déploiement,
même s’il est en priorité tourné contre le réseau ben Laden,
est en effet perçu comme une menace potentielle pour la
sécurité des deux pays, car il contribue à renforcer leur
encerclement militaire par les États-Unis. Ce contexte
les a donc invité à poursuivre leur rapprochement dans
la période post-11 septembre. En mars 2002, s’est ainsi
tenue à Téhéran la 11ème rencontre de la commission économique
conjointe sino-iranienne. Des experts des deux parties
y ont examiné les possibilités de coopération dans les
domaines économiques, politiques et scientifiques. Cette
réunion s’est doublée de la visite dans la capitale iranienne
de Wu Yi, membre du Conseil des affaires de l’État, venue
participer à l’inauguration d’une nouvelle branche du métro
de Téhéran, mise en place par des compagnies chinoises.
Cette dernière en a profité pour réaffirmer les liens de
la République populaire avec Téhéran dans le contexte des
déclarations du président américain concernant l’« axe
du mal »[106], une qualification
rejetée par Pékin[107].
Selon ces déclarations, la Chine entend poursuivre ses
consultations politiques avec l’Iran en ce qui concerne
la campagne contre le terrorisme, la nouvelle situation
de l’Afghanistan et la promotion d’un nouvel ordre mondial
basé sur le respect mutuel. Pékin envisage également d’amplifier
le niveau de la coopération culturelle, scientifique, économique
et technique avec Téhéran, et est également intéressée
par une coopération dans le domaine de l’énergie, de l’industrie
pétrochimique et de la construction[108].
Lors de ses rencontres avec les dirigeants iraniens, Wu
Yi souligne l’opposition de la Chine à l’imposition de
la volonté des grandes puissances sur d’autres nations
et rappelle le rôle régional important joué par l’Iran.
Cette dernière idée est reprise et explicitée un mois plus
tard par Li Peng. Il déclare à une délégation parlementaire
iranienne en visite en Chine que l’Iran joue un rôle régional
essentiel en sauvegardant la paix et la sécurité au Moyen-Orient
et dans la région du Golfe[109].
La
République populaire reconnaît
donc un rôle régional stabilisateur majeur à l’Iran, contrairement
aux Américains qui accusent Téhéran de soutenir le terrorisme
international et de s’opposer au processus de paix israélo-palestinien.
La visite du président chinois Jiang Zemin en Iran en avril
2002 conforte les relations sino-iraniennes et offre l’occasion
aux deux pays de confronter leur position sur une série
de questions. Sont ainsi abordées la situation du Golfe,
de l’Irak, de l’Asie centrale, le conflit israélo-palestinien
et la reconstruction de l’Afghanistan[110]. Au cours de ce
déplacement, le président chinois dénonce l’idée de l’installation
de bases militaires américaines permanentes en Asie centrale[111], une position que
partage les autorités iraniennes. À l’issue de cette visite,
les deux parties afficheront leur satisfaction car, selon
Jiang Zemin, leurs vues concordent sur de nombreux problèmes
régionaux et internationaux. Le président chinois déclare
en outre que la Chine est prête à intensifier sa coordination
et sa coopération avec l’Iran dans les affaires régionales
et internationales. Son homologue iranien soulignera pour
sa part que l’Iran attache une grande importance au rôle
croissant de la République populaire dans les affaires
régionales et internationales[112].
Pékin est en effet perçue à Téhéran comme un important
contrepoids face à l’influence mondiale de Washington.
Les deux États partagent en outre un intérêt commun à limiter
l’influence américaine dans les régions du Golfe Persique
et d’Asie centrale.
Dans
le contexte de la montée
des tensions entre le régime de Saddam Hussein et les États-Unis,
puis du déclenchement de la guerre en Irak en mars 2003,
Pékin et Téhéran ont maintenu leurs consultations politiques.
Le ministre chinois des Affaires étrangères s’est ainsi
entretenu avec son homologue iranien de la situation générale
au Moyen-Orient mais aussi plus particulièrement de l’Afghanistan
et de l’Irak en avril et en août 2003[113].
La politique américaine constitue une nouvelle fois un élément
de rapprochement entre les deux pays. Pour Téhéran, l’intervention
militaire de Washington en Irak renforce la menace potentielle
sur sa sécurité nationale puisqu’elle complète l’encerclement
militaire du pays, même si elle le débarrasse en même temps
du régime de Saddam Hussein. Du côté chinois, Pékin s’inquiète
pour son approvisionnement énergétique et son économie.
Les opérations militaires américaines pourraient en effet
déstabiliser la région du Golfe Persique, ce qui pourrait
avoir des répercussions non seulement sur l’approvisionnement
pétrolier du marché chinois, puisqu’une partie importante de ses
importations provient de cette région, mais
aussi sur l’économie de la République populaire. La hausse
des prix pourrait en effet porter atteinte à l’essor économique
chinois, avec toutes les conséquences politiques que cette
situation entraînerait à son tour pour le pouvoir chinois.
La République populaire craint par ailleurs le renforcement
de la présence et de l’influence américaines dans cette
zone stratégique du fait de ces opérations militaires.
La région du Golfe Persique a pris une importance grandissante
pour la Chine depuis le milieu des années 1990 en raison
de l’approfondissement de sa dépendance pétrolière[114]. Depuis 1993, Pékin
est devenue un importateur net de produits pétroliers et
en 1996 un importateur net de pétrole brut. Depuis cette
date, ces importations pétrolières n’ont cessé de progresser
avec une forte accélération depuis le tournant du siècle.
Selon la revue statistique de BP, elles ont atteint en
2004 122 Mt (2,45 millions de barils par jour) de pétrole
brut. Les importations couvrent aujourd’hui plus de 40
pour cent de la consommation chinoise de brut. Or, entre
1998 et 2004, le pétrole brut originaire du Golfe a représenté environ
50 pour cent du total des importations chinoises (45 pour
cent en 2004). Si le régime chinois a essayé de promouvoir la
diversification géographique de son approvisionnement,
ses efforts ont rencontré un succès mitigé. À l’heure actuelle
et sans doute dans l’avenir, l’approvisionnement pétrolier
de Pékin risque de provenir en grande partie de la région
du Golfe Persique. Cette dernière regroupe en effet les
plus importantes réserves pétrolières prouvées de la planète ;
le pétrole qui y est extrait est également le moins cher à produire
au monde et son coût de transport reste bon marché. À la
seule exception du pétrole produit en Asie du Sud-Est,
c’est le pétrole le moins cher à transporter vers le marché chinois.
De nombreux experts estiment donc que cette région continuera à assurer
l’approvisionnement de la Chine dans l’avenir. Selon l’U.S.
Energy Information Agency, 92 pour cent des importations
pétrolières chinoises pourraient provenir de sept États
du Golfe en 2020[115].
Dans ces conditions, Pékin s’inquiète d’un renforcement
de la présence militaire américaine dans cette zone par
où transite une part importante de son approvisionnement
pétrolier et craint également la consolidation de l’influence
américaine sur les gouvernements locaux. Pour garantir la
sécurité de son approvisionnement pétrolier, Pékin favorise
la stabilité de cette région et entend également maintenir
et renforcer ses liens et sa coopération avec les producteurs
pétroliers régionaux, parmi lesquels l’Iran. Téhéran est
en effet le second producteur du Golfe, après l’Arabie
saoudite, avec qui Pékin a également resserré ses liens
depuis la fin des années 1990.
À partir de l’année 2004, la montée des tensions internationales autour du programme nucléaire iranien retient de manière croissante l’attention des deux partenaires lors des discussions entre hauts représentants. Ce sujet est au cœur des discussions bilatérales sino-iraniennes à l’occasion de la visite à Téhéran du ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, en novembre 2004, du déplacement du vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Gholamali Khoshroo, à Pékin en août 2005 et du voyage du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, dans la capitale chinoise en octobre suivant. Malgré son importance, cette question ne les empêche pourtant pas de poursuivre leurs consultations politiques sur d’autres problèmes internationaux d’intérêts communs, comme les développements de la situation en Afghanistan et en Irak, la question des droits de l’Homme, le conflit israélo-palestinien ou la question de la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’élection en juin 2005 du nouveau président iranien, le conservateur Mahmoud Ahmadinejad, ne remet pas non plus en cause les liens tissés entre Pékin et Téhéran. Lors de sa première conférence de presse après son élection, le nouveau président iranien exprime en effet son souhait de renforcer les liens de l’Iran avec la République
populaire[116].
De son côté, Pékin l’a officiellement félicité pour son élection[117]. Elle a également conservé un profil bas face aux déclarations controversées du président iranien concernant Israël. Le pragmatisme de la politique étrangère chinoise, qui laisse de côté les considérations idéologiques, ainsi que ses intérêts économiques et énergétiques
expliquent cette attitude.
La
poursuite du rapprochement sino-iranien s’est également traduite au cours de l’année 2005 par le soutien de Pékin à la participation de l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Cette organisation, dont le secrétariat se trouve à Pékin, a été créée en 2001 à l’initiative de la République populaire pour renforcer le rôle régional de la Chine et assurer ses intérêts en Asie centrale, mais aussi pour contrebalancer l’influence américaine dans cette zone. Outre la Chine, elle réunit la Russie, le Kazakhstan, la République kirghize, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan[118].
La République islamique apprécie particulièrement ce développement. Comme l’a déclaré le premier vice-président iranien, Mohammad-Reza Aref, à l’occasion de son déplacement à Astana au sommet de l’OCS en juin 2005, l’ambition de Téhéran est de servir de pont entre les membres de l’OCS et les États du Golfe Persique, voire l’Europe[120]. Cette perspective pourrait placer l’Iran dans une position stratégique clé en Eurasie et lui ouvrir des opportunités politiques et économiques substantielles, par exemple en tant que pays de transit pour les marchandises en provenance de Chine ou des États d’Asie centrale en direction des marchés du Golfe Persique ou de l’Europe. Téhéran s’efforce d’ailleurs--en tout cas sur le plan de la rhétorique, à défaut de prendre les mesures nécessaires
sur le terrain[121]--de promouvoir cette idée dans ses relations avec les républiques d’Asie
centrale[122].
Du
point de vue chinois, il s’agit d’associer davantage la
République islamique aux
dynamiques régionales en Asie centrale. Les deux pays partagent
dans cette région des intérêts communs et il existe d’importantes
aires de coopération possibles entre eux (relations économiques,
projets énergétiques--l’organisation a par exemple fait
part récemment de son intention de mettre en place un « groupe
de travail sur l’énergie » afin d’explorer les possibilités
de coopération dans ce domaine[123]--, coopération en
matière de transports, coopération politique pour la limitation
de l’influence occidentale, coopération dans le domaine
de la sécurité, par exemple dans la lutte contre le fondamentalisme
islamique sunnite ou contre le trafic de la drogue, etc.). À travers
l’Asie centrale puis le territoire iranien, Pékin pourrait également
atteindre la région du Golfe Persique, ce qui n’est évidemment
pas sans intérêts pour la Chine, ni sans conséquences sur
le plan géopolitique. L’importance de l’OCS pour le développement
des liens sino-iraniens a d’ailleurs été réitérée par les
autorités
chinoises en octobre 2005. À l’occasion de la visite du
ministre des Affaires étrangères iranien à Pékin, son homologue
chinois a qualifié les
relations bilatérales sino-iraniennes de « stratégiques ».
Après avoir déclaré que les deux pays partageaient
des vues communes sur de nombreux problèmes internationaux--notamment
la question irakienne--il a appelé à un
renforcement des contacts et des échanges de vues entre
les deux pays, ainsi qu’à un accroissement de leur coopération
dans le cadre de l’OCS.
De son côté, le ministre iranien a déclaré que cette organisation était « appropriée
pour la collaboration régionale bilatérale »[124].
Le rapprochement sino-iranien pourrait donc se traduire
dans l’avenir par un renforcement de leur coopération en
Asie centrale.
LA
CRISE DU NUCLÉAIRE IRANIEN : AUX LIMITES
DU RAPPROCHEMENT SINO-IRANIEN?
La
position de la République
populaire de Chine sur le dossier nucléaire iranien reflète
une série d’intérêts hétérogènes et parfois contradictoires[125].
Pékin souhaite protéger ses intérêts énergétiques mais
aussi les liens économiques et politiques privilégiés qu’elle
a tissés avec l’Iran depuis deux décennies. À cela s’ajoutent
des facteurs d’ordre psychologique et touchant à son image.
Pour des raisons historiques, la Chine est en effet très
sensible aux questions d’indépendance et de souveraineté nationale
ainsi qu’aux ingérences étrangères dans les affaires intérieures
des États. Pékin se considère et se présente également
comme un État solidaire avec les pays du « Sud »,
ce qui l’incite généralement à éviter de choisir des positions
trop proches de celles des Occidentaux. Elle n’est pas
non plus très favorable à l’adoption de sanctions en matière
internationale. Enfin, la question du nucléaire iranien
lui offre une possibilité de renforcer et d’asseoir sa
crédibilité et son rôle international. Certains analystes
en sont ainsi venus à considérer que la « clé de la
crise iranienne » se trouve « à Pékin »,
pour reprendre une formule de François Heisbourg[126].
Cet ensemble de facteurs l’incite donc à faire preuve de « compréhension »--en
tout cas jusqu’à un certain point--à l’égard des ambitions
nucléaires de Téhéran et à la soutenir dans le domaine
du nucléaire civil, malgré l’existence de risques de prolifération
liés à ce type de programme et la dissimulation des autorités
iraniennes pendant presque deux décennies.
D’un autre côté, la République
populaire a besoin d’un environnement international stable
pour assurer la poursuite de son développement économique.
Vu l’accroissement de sa dépendance pétrolière à l’égard
du Golfe Persique, elle doit également être attentive aux
risques de déstabilisation de cette région liée aux ambitions
nucléaires iraniennes. Elle doit en outre prendre en considération
les relations énergétiques, politiques et économiques qu’elle
a tissées avec les autres producteurs du Golfe puisque
nombre d’entre eux s’inquiètent des ambitions régionales
iraniennes, à commencer par l’Arabie saoudite, qui est,
il faut s’en souvenir, un des premiers fournisseurs pétroliers
de la République populaire avec l’Iran. Étant donné sa
montée en puissance et ses ambitions internationales, la
Chine, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité,
partageant à ce titre des responsabilités internationales
importantes avec les quatre autres membres, doit également
protéger l’image positive qu’elle entend donner d’elle-même.
Elle désire en effet être vue comme une puissance responsable
du système international, afin de rassurer les autres acteurs
de ce système face à sa montée en puissance liée à son
essor économique.
La
République populaire a également
un intérêt essentiel à éviter les frictions tant avec les
Américains qu’avec les Européens. Ces derniers sont en
effet ses principaux partenaires dans les domaines économiques
et commerciaux, mais aussi techniques et scientifiques.
En outre, en tant que pays adhérant au Traité sur la non-prolifération,
elle est obligée de soutenir la non-prolifération des armes
nucléaires. Comme elle l’a répété à de nombreuses reprises,
elle s’oppose donc officiellement à la prolifération des
armes de destruction massive et des armes nucléaires sous
toutes leurs formes. Elle soutient officiellement le protocole
additionnel du système de sauvegarde de l’AIEA, qu’elle
est la première à avoir ratifié en 2002, et invite les
autres pays, en particulier les pays qui ont des activités
nucléaires significatives, à le signer, le ratifier et
le mettre en application dans les plus brefs délais. Pékin
a de toute façon intérêt au maintien du TNP--un traité qui,
pour reprendre une formule de Jean-François Daguzan, sécurise plus qu’il ne déstabilise[127]. L’effondrement
du système international de non-prolifération ouvrirait
en effet la porte à des développements contraires à ses
intérêts vitaux. Ainsi, une possible course aux armements
nucléaires dans le Golfe Persique pourrait menacer directement
son approvisionnement pétrolier. De même, une décision
de pays comme le Japon, la Corée du Sud ou même Taiwan
de se doter de l’arme nucléaire pourrait quant à elle radicalement
transformer son environnement régional et modifier les
rapports de forces régionaux.
Confrontée à des intérêts contradictoires,
Pékin a choisi de soutenir officiellement le droit de Téhéran à développer
un secteur nucléaire civil tout en essayant de décourager
le régime iranien de se doter d’armes nucléaires. Dans
le cadre de la montée des tensions autour du problème du
nucléaire iranien, elle a essayé de favoriser un règlement
pragmatique et prudent de cette question, à travers le
dialogue, la consultation, la coopération et la négociation
dans le cadre de l’AIEA, une position qu’elle a répétée
de nombreuses fois entre 2003 et 2005[128]. À plusieurs reprises,
Pékin s’est aussi déclarée opposée au renvoi de la question
du nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité des
Nations Unies, où l’Iran pourrait faire l’objet de sanctions[129].
La République populaire souhaite éviter cette éventualité pour
ne pas avoir à se prononcer officiellement sur cette question épineuse
et pour préserver à la fois les liens mis en place avec
Téhéran et ses relations avec les Occidentaux. Pékin craint
aussi les conséquences de l’adoption de mesures de sanctions
contre la République islamique. Ces dernières pourraient
en effet porter directement atteinte à ses intérêts économiques
et énergétiques en Iran. Un retrait de Téhéran du TNP en
réaction à l’adoption de sanctions ébranlerait quant à lui
le système international de non-prolifération au grand
dam de la Chine. Les tensions internationales liées à un éventuel
retrait de Téhéran du processus de négociation en raison
de l’adoption de mesures de sanctions pourraient quant à elles
provoquer un renchérissement des prix du pétrole, touchant
de plein fouet l’économie chinoise. En cas de radicalisation
du régime iranien et de déclenchement d’un conflit dans
le Golfe, une part importante de son approvisionnement
pétrolier pourrait enfin être menacé, voire interrompu.
Pour éviter un tel développement,
Pékin encourage officiellement la République islamique à coopérer
pleinement avec l’AIEA. Elle incite aussi l’Iran à rendre
ses activités nucléaires transparentes et à signer et ratifier
rapidement le protocole additionnel à l’accord de sauvegarde
de l’AIEA[130]. En novembre 2003,
les autorités chinoises ont accueilli avec satisfaction
la décision de l’Iran de coopérer avec l’AIEA[131],
de même que la signature par Téhéran en décembre de cette
année du protocole additionnel au Traité de non-prolifération
nucléaire autorisant l’agence viennoise à effectuer des
contrôles inopinés et poussés de toutes les installations
nucléaires du pays. Face à la recrudescence des tensions à l’été et
l’automne 2004, Pékin a continué à favoriser la recherche
d’une solution pacifique dans le cadre de l’AIEA. Elle
a soutenu l’initiative européenne et a parallèlement pressé l’Iran
de coopérer pleinement avec l’AIEA, de respecter ses engagements,
d’éclaircir les problèmes non résolus et de ratifier dans
le plus bref délai le protocole additionnel au TNP afin
d’éliminer les suspicions qui continuent de peser sur ses
intentions nucléaires[132]. Elle s’est également
officiellement réjouie de la décision de Téhéran de suspendre
ses activités d’enrichissement d’uranium en novembre 2004[133]. À l’occasion de
sa visite dans la capitale iranienne en novembre 2004,
le ministre chinois des Affaires étrangères a clairement
déclaré que la République populaire était opposée aux efforts
des États-Unis visant à renvoyer le dossier nucléaire iranien
devant le Conseil de sécurité. Pour lui, « cela ne
ferait que compliquer la question et rendre plus difficile
sa résolution »[134]. Pékin a donc offert à ce
moment une sorte de « parapluie diplomatique » à Téhéran.
Cette protection diplomatique s’explique, en partie du
moins, par le souci chinois de protéger les relations énergétiques
déjà existantes avec la République islamique[135].
Mais il s’agissait aussi de tirer des bénéfices supplémentaires
dans ce domaine, par exemple sous forme de nouvelles possibilités
d’investissements dans le secteur des hydrocarbures ou
de négociations de contrats de livraison à long terme.
Malgré la reconnaissance par
Téhéran en mars 2005 de la poursuite d’un programme nucléaire
secret[136]--un aveu que Pékin
s’est abstenue de commenter--la République populaire a
maintenu sa position tout en restant très attentive aux
développements de ce dossier[137]. À l’été 2005,
les autorités chinoises ont eu des consultations avec le
vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Gholamali
Khoshroo, en déplacement à Pékin. Elles ont répété à l’occasion
de cette visite que la Chine favorisait la poursuite du
processus de négociations et de discussions dans le dossier
du nucléaire iranien et qu’elle espérait « voir toutes
les parties concernées faire preuve de patience et résoudre
rapidement le différend de façon appropriée, à travers
une coopération positive dans le cadre de l’AIEA »[138]. À plusieurs reprises,
l’ambassadeur chinois auprès des Nations Unies a rappelé que
la République populaire n’était pas favorable au renvoi
de l’Iran devant le Conseil de sécurité[139]. Parallèlement à ces
prises de position, Pékin s’est néanmoins associée le 7 janvier 2006
aux autres membres du Conseil de sécurité des Nations Unies
pour mettre en garde Téhéran et l’inciter à renoncer aux
activités de recherche dans le domaine du nucléaire militaire[140]. À la
suite de la reprise par Téhéran de ses activités de recherches
nucléaires le 10 janvier 2006, les autorités chinoises
ont reçu le chef négociateur iranien, Ali Larijani, à Pékin,
un jour après la visite du secrétaire d’État américain,
Robert Zoellick. Elles ont appelé à cette occasion les
différentes parties à faire preuve de patience et de retenue
et à déployer davantage d’efforts diplomatiques pour créer
les conditions favorables à une reprise des négociations[141].
Pékin s’est par ailleurs déclarée favorable à la proposition
de compromis russe, prévoyant que l’uranium destiné à l’Iran
soit enrichi sur le sol russe--une proposition que la République
islamique a finalement repoussée--et a réitéré son hostilité à l’adoption
de sanctions à l’égard de Téhéran. Les autorités chinoises
ont aussi fait part de leurs craintes face aux risques
d’escalade dans le dossier du nucléaire, un scénario qu’elles
tiennent absolument à éviter[142]. Pékin s’est par
ailleurs associée aux quatre autres membres permanents
du Conseil de sécurité et à l’Allemagne le 30 janvier 2006,
pour que le dossier du nucléaire iranien puisse être transmis
par la réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs
de l’AIEA au Conseil de sécurité[143].
Le Conseil des gouverneurs de l’AIEA a ensuite adopté le
4 février 2006 une résolution permettant de saisir le Conseil
de sécurité de l’ONU. Pékin a voté en sa faveur. De son
côté, Téhéran a décidé de suspendre les inspections inopinées
des inspecteurs de l’AIEA et de poursuivre ses activités
liées à l’enrichissement de l’uranium. La République populaire
a pour sa part appelé Téhéran à les suspendre[144].
Face à la possibilité désormais
ouverte d’adoption de mesures de sanctions contre Téhéran
au Conseil de sécurité, Pékin continue à appeler au dialogue
et presse les différentes parties à poursuivre les négociations
en vue de résoudre le conflit. Mais cette position risque
de devenir indéfendable si les autorités iraniennes, peut-être
trop optimistes quant au soutien dont elle jouissent à Pékin
et à Moscou, maintiennent une attitude peu flexible, multiplient
les rodomontades et jouent trop la carte du nationalisme
dans le dossier nucléaire, sans avancer une véritable proposition
pour une sortie de crise. Vu du côté du régime iranien,
le soutien chinois a jusqu’ici élargi sa marge de manœuvre
et compliqué les efforts de la communauté internationale
en limitant ses moyens de contraintes. Cependant, au cas
où le Conseil de sécurité aurait à se prononcer sur des
sanctions à l’égard de Téhéran, les choses pourraient se
compliquer rapidement. Dans ce cas de figure, la Chine
aurait en effet à évaluer précisément les conséquences
d’éventuelles sanctions pour ses intérêts en Iran. D’un
autre côté, elle devrait également tenir compte des implications
pour elle d’un veto ou d’une non-participation au vote.
Bien entendu, nous n’en sommes pas encore là et Pékin fera
tout ce qu’il est possible de faire pour éviter une telle
situation. La bonne volonté chinoise à l’égard de la République
islamique a cependant des limites qu’il serait prudent
pour Téhéran de ne pas ignorer. Le raidissement des autorités
iraniennes, leurs manœuvres dilatoires et leur absence
de volonté quant à la recherche d’une solution véritable
dans le dossier du nucléaire pourraient finir par leur
aliéner le soutien chinois, au grand dam de… Pékin.
*
Mohammad-Reza Djalili est professeur à l’Institut universitaire de Hautes études
internationales (Genève, Suisse). Il a récemment publié Géopolitique de l’Iran,
Bruxelles, Complexe, 2005 ; Géopolitique de la nouvelle
Asie centrale : de la fin de l’URSS à l’après-11
septembre, Paris, PUF, 4e édition, 2006,
(en collaboration avec Thierry Kellner) ; et Iran
: l’illusion réformiste, Paris, Presses de sciences
po, 2001.
**
Thierry Kellner est docteur en relations internationales
de l’Institut universitaire
de Hautes études internationales (Genève, Suisse). Il
enseigne à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université de
Genève. Outre Géopolitique de la nouvelle
Asie centrale : de la fin de l’URSS à l’après-11
septembre, Paris, PUF, 4e édition, 2006,
(en collaboration avec Mohammad-Reza Djalili), il a récemment
publié « La Chine et le pétrole : perceptions sécuritaires
et démarche stratégique » dans La Dépendance
pétrolière : mythes et réalités d’un enjeu stratégique,
sous la direction de Gérard Chaliand et Annie Jafalian,
Paris, Encyclopaedia Universalis, Le tour du sujet, avril
2005, pp. 71-90.
NOTES
[1]
Concernant les
anciens contacts entre ces deux empires asiatiques, voir
par exemple Laufer Berthold, Sino-Iranica: Chinese contributions
to the history of civilization in ancient Iran : with special
reference to the history of cultivated plants and products [Sino-Iranica
: Les contributions de la Chine à l’histoire de la civilisation
de l’Iran ancien : avec une référence spéciale à l’histoire
des plantes et produits cultivés], Cheng-Wen Pub. Co.,
Taipei, 1978, pp. 185-630, ainsi que les articles consacrés à la
Chine dans l’Encyclopaedia Iranica.
[2] Sur
les relations contemporaines entre les deux pays, voir
Aqil Hyder Hasan Abidi, China, Iran, and the Persian
Gulf [Chine, Iran et le Golfe Persique], Radiant,
New Delhi, 1982.
[3] Détails dans Hafizullah Emadi, « China’s Ideological Influence and Trade
Relations with Iran, 1960-1990 » [« L’influence idéologique
de la Chine et ses relations commerciales avec l’Iran,
1960-1990 »], Internationales Asienforum,
vol. 26, n°2, 1995, pp. 148-149.
[4] Voir sur cette question,
Mohammad-Reza Djalili, Le Golfe Persique : problèmes
et perspectives, Dalloz, Paris, 1978, pp. 113-115.
[5] Hafizullah
Emadi, « China’s Ideological Influence and Trade Relations
with Iran, 1960-1990 » [« L’influence idéologique de la
Chine et ses relations commerciales avec l’Iran, 1960-1990 »],
op. cit., pp. 145-146.
[6] Détails sur le rapprochement
sino-américain qui a débuté en 1969 dans Jian Chen, Mao’s
China and the Cold War [La Chine de Mao et la guerre
froide], The University of North Carolina Press, Chapel
Hill, 2001, pp. 238-276 (épisode de la « diplomatie
du ping pong » à partir du 4 avril 1971, voir pp.
257 et ss.)
[7] Voir Hafizullah Emadi, « China’s Ideological Influence and Trade
Relations with Iran, 1960-1990 » [« L’influence idéologique
de la Chine et ses relations commerciales avec l’Iran,
1960-1990 »], op. cit., pp. 146-147.
[8] Voir Pekin Information,
25 juin 1973.
[9] Cette rébellion d’inspiration
marxiste sera totalement écrasée par les troupes iraniennes
en 1975. Voir sur cette intervention militaire Noël Jeandet, Un
golfe pour trois rêves. Le triangle de crise, Iran, Irak,
Arabie : réflexions géostratégiques sur un quart de
siècle de rapports de forces, L’Harmattan, Paris, 1993,
pp. 65 et ss.
[10] Dans Mohammad-Reza Shah
Pahlavi, Réponse à l’histoire, Albin Michel, Paris,
1979, p. 190.
[11] Voir Beijing Information,
16 avril 1979.
[12] Pour l’épisode inventé des « regrets » de
Hua Guofeng, pour sa visite au Shah et le « pardon » subséquent
accordé par la République islamique, voir Mohammad-Reza
Djalili, Diplomatie islamique : stratégie internationale
du khomeynisme, Presses Universitaires de France (PUF),
Paris, 1989, pp. 150-151.
[13] Détails de la position
chinoise, cf. supra, pp. 151-152.
[14] Voir Beijing information,
5 mai 1980.
[15] Le secrétaire général du parti communiste iranien Toudeh,
soutenu par Moscou, a été arrêté en février 1983. En mai,
18 diplomates soviétiques sont expulsés d’Iran pour espionnage
et intervention dans les affaires intérieures de la République
islamique.
[16] Officiellement, au moment du déclenchement de la guerre Iran -
Irak, la Chine n’a pris position pour aucun des deux belligérants
et a appelé à la résolution du conflit tout en mettant
en garde contre les ingérences extérieures. Cette neutralité affichée
ne l’a pas empêchée de protéger ses intérêts commerciaux
et de livrer des armes aux deux parties. Plus tard, à la fin des années 1980, la République populaire
jouera néanmoins les intermédiaires entre Téhéran et Bagdad,
accueillant des délégations des deux pays pour tenter de
les rapprocher.
[17] Mohammad-Reza
Djalili, H. Kapur, « Pékin
- Téhéran : les paradoxes d’une alliance », Politique
internationale, n°28, été 1985, pp. 251-264.
[19] Voir Anthony H. Cordesman, Khalid R. Al-Rodhan, Iranian
Nuclear Weapons? The Threat from Iran’s WMD and Missile
Programs [Les armes nucléaires de l’Iran ? La
menace des programmes iraniens d’armes de destruction
massive et de missiles], Center for Strategic and
International Studies, 21 février 2006, Washington, DC,
pp. 24-25, 43 (http://www.csis.org).
[21] Voir détails sur les
transferts d’armements chinois à l’Iran dans Bates
Gill, « Chinese arms exports to Iran » [« Les
exports d’armes de la Chine à l’Iran »], MERIA
Journal, vol. 2, n° 2, mai 1998.
[22] Voir détails dans Anthony H. Cordesman,
Khalid R. Al-Rodhan, Iranian Nuclear Weapons? The Threat
from Iran’s WMD and Missile Programs [Les armes
nucléaires de l’Iran ? La menace des
programmes iraniens d’armes de destruction massive et de
missiles], op. cit., pp.
62 et ss.
[24] Liste des équipements
et des divers réacteurs de recherche fournis à l’Iran dans « China’s Nuclear Exports and Assistance to Iran » [« Les
exports nucléaires et l’aide de la Chine a l’Iran »] dans
http://www.nti.org/db/china/niranpos.htm.
[25] Anthony H. Cordesman,
Khalid R. Al-Rodhan, Iranian Nuclear Weapons? The Threat
from Iran’s WMD and Missile Programs [Les armes
nucléaires de l’Iran ? La menace des
programmes iraniens d’armes de destruction massive et de
missiles], op. cit., p. 64 et p. 110 ; et
David Isenberg, « Nukes: Is Pandora Chinese? Part 1: The ‘arch-proliferator’ » [« Nucléaire
: Pandore est-elle chinoise ? 1ère partie
: le ‘proliférateur numéro un’ »], Asia Times,
23 juin 2004.
[26] Voir les différents
accords conclus entre Pékin et Téhéran entre 1985 et 1993
dans « Nuclear Cooperation Agreements » [« Les
accords de coopération nucléaire »], Nuclear Threat
Initiative
(http://www.nti.org/db/china/nca.htm).
[27] Voir Frantz Douglas, « Iran closes in on ability
to make atomic bomb » [« L’Iran se rapproche de
la possibilité de construire la bombe atomique »], Los
Angeles Times, 19 juin 2003.
[28] Anthony H. Cordesman,
Khalid R. Al-Rodhan, Iranian Nuclear Weapons? The Threat
from Iran’s WMD and Missile Programs [Les armes
nucléaires de l’Iran ? La menace des
programmes iraniens d’armes de destruction massive et de
missiles], op. cit., p.
68.
[29] La Chine a promis
en 1997 de ne s’engager dans aucune nouvelle coopération
nucléaire avec l’Iran mais a ajouté qu’elle complèterait
les programmes de coopération déjà engagés, en l’occurrence
la mise ne place d’un petit réacteur
de recherches scientifiques et d’une usine de production
de zirconium à Ispahan. D’après
cf. supra, p. 124.
[31] Jusqu’à présent,
aucune preuve définitive de l’existence d’un tel programme
militaire n’a pu être présentée, mais un faisceau d’indices
convergents laisse planer un très sérieux doute sur la
nature « civile » du programme nucléaire de Téhéran.
Bruno Tertrais a écrit à ce propos récemment dans Le
Monde qu’il existe un « ensemble
d’indices parfaitement convergents qui nous permet de dire
que l’Iran a un programme nucléaire à vocation militaire.
Il ne s’agit pas de préjugés, mais d’éléments techniques
extrêmement précis qui résultent de trois ans d’inspection
de l’ONU sur place. Ce travail minutieux a permis notamment
de révéler les points suivants : l’Iran a dissimulé de
nombreuses installations et des activités nucléaires qui
n’ont de sens que dans le cadre d’un programme à vocation
militaire. Pour ne donner que deux exemples parmi d’autres
: le développement d’un programme d’enrichissement par
laser, ou la fabrication de polonium-210. Les rapports
de l’AIEA sont disponibles sur Internet et tout expert
nucléaire ayant lu ces rapports ne peut qu’en conclure
que le programme iranien, contrairement à ce qu’affirme
Téhéran, n’est certainement pas à vocation exclusivement
civile ». Voir Bruno Tertrais, « Iran : quelle menace
nucléaire ? », Le Monde, 12 janvier 2006.
[32] Voir Monterey
Institute’s Center for Nonproliferation Studies, « China’s
Instrument of Accession to the Nonproliferation Treaty
(NPT) » [« L’instrument d’accession au
Traité de non-prolifération de la Chine »], 11 mars
1992
(http://www.nti.org/db/china/engdocs/nptdec.htm).
[34] Voir « Regulations
of the People’s Republic of China on Export Control of
Missiles and Missile-related Items and Technologies, 25
August 2002 » [« Régulations de la République
populaire de Chine sur le contrôle des exports de missiles
et autres objets et technologies en rapport avec les missiles,
25 août 2002 »], Nuclear Threat
Initiative
(http://www.nti.org/db/china/engdocs/expreg_0802.htm).
[35] Voir Monterey
Institute’s Center for Nonproliferation Studies, « White
Paper on China’s Non-Proliferation Policy » [« Livre
blanc sur la politique de non-proliferation de la Chine »],
3 décembre 2003 (http://www.nti.org/db/china/engdocs/nprolwp_03.htm).
Commentaires dans Stéphanie Lieggi, « China’s
White Paper on Nonproliferation : Export Controls Hit the
Big Time » [« Le livre blanc de la Chine sur
la non-prolifération : les contrôles des exportations atteignent
le premier rang »], Monterey Institute of International
Studies, décembre 2003
(http://www.nti.org/e_research/e3_36a.html).
[36] Voir Sean Lucas, « China
Enters the Nuclear Suppliers Group: Positive Steps in the
Global Campaign against Nuclear Weapons Proliferation » [« La
Chine entre dans le Groupe des fournisseurs nucléaires
: Avancées dans la campagne globale contre la prolifération
des armes nucléaires »], Monterey Institute of International
Studies, 24 novembre 2004 (http://www.nti.org/e_research/e3_57a.html).
Détails sur le NSG dans
http://www.nuclearsuppliersgroup.org.
[38] Voir détails
dans Genxin Li, « China
Strives to Curb Nuclear Proliferation » [« La
Chine s’efforce de freiner la prolifération nucléaire »], China
Daily, 9 février 2006.
[39] Voir détails dans David
Isenberg, « Nukes: Is Pandora Chinese? Part
2: All the right noises » [« Nucléaire
: Pandore est-elle chinoise ? 2ème partie :
tous les bons sons »], Asia Times, 24 juin
2004.
[40] Voir les sanctions
prises par Washington contre différentes compagnies chinoises
entre 1997 et 2005 pour exportation de matériels sensibles
dans « US Arms Control / Nonproliferation Sanctions
Against China » [« Les sanctions des États-Unis
contre la Chine pour le contrôle des armes et la non-proliferation »],
Nuclear Threat Initiative, 31 juillet 2003 (http://www.nti.org/db/china/sanclist.htm)
; Guy Dinmore, « US Imposes New Sanctions on China » [« Les États-Unis
imposent de nouvelles sanctions à la Chine »], Financial
Times, 22 mai 2003 ;
P.C. Saunders, Stéphanie Lieggi, « What’s Behind U.S. Nonproliferation
Sanctions Against Norinco? » [« Qu’y a-t-il derrière
les sanctions des États-Unis contre Norinco ? »],
Monterey Institute for International Studies, 30 mai 2003
(http://cns.miis.edu/pubs/week/030530.htm)
; et « U.S. Catches China Transferring WMD Tech to Iran » [« Les États-Unis
surprennent la Chine en train de transférer des technologies
d’armes de destruction massive à l’Iran », World
Tribune.com, 15 mars 2005.
[41] « Chinese firms punished over Iran » [« Firmes chinoises punies à cause de l’Iran »], BBC
News, 18 janvier 2005.
[43] La CIA relève
ainsi dans un rapport au Congrès que les compagnies chinoises « ont
aidé l’Iran à progresser dans son objectif de devenir autosuffisant
dans le domaine de la production des missiles balistiques ».
Cité dans Chietigj Bajpaee, « China fuels energy cold war » [« La
Chine alimente la guerre froide de l’énergie »], Asia
Times, 2 mars 2005.
[44] « Le président Khamene’i à Pékin », Le Monde, 11
mai 1989.
[45] « Iran’s New Subway Section Constructed by China Open to Traffic » [« La
nouvelle section du métro iranien, construit par la Chine,
ouvre au public »], People’s
Daily, 19 mars 2002.
[46] Voir par exemple Guangcheng
Xing, « Zhongguo he Zhongya geguo : xinde guanxi » [« La
Chine et les Républiques d’Asie centrale : les nouvelles
relations »], Dong Ou Zhong Ya Yanjiu [Études
est-européennes, russes et centre-asiatiques], n°1,
1996, pp. 58-64 (en chinois).
[47] Mohammad-Reza Djalili
et Frédéric Grare (dir.), Le Tadjikistan à l’épreuve
de l’indépendance, Publications de l’IUHEI, Genève,
1995, p. 131.
[48] Voir sur les
relations entre la Chine et les Talibans, Valérie Niquet, « La
Chine face aux défis stratégiques de l’après 11 septembre », Perspectives
chinoises, n° 67, septembre - octobre 2001. Et Thierry
Kellner, « La Chine, les Talibans et le Xinjiang »,
20 novembre 2001 (http://www.diploweb.com/p5kell1.htm).
[49] Chiffres tirés
de Xiaojie Xu, « China and the Middle East: Cross-Investment
in the Energy Sector » [« La Chine et le Moyen-Orient :
investissement croisé dans le secteur énergétique »], Middle
East Policy Journal, vol. vii, n°3, juin 2000
(http://www.mepc.org/journal_vol7/0006_xu.asp).
[50] Voir Bruce Pannier, « ‘Junction
for Planet’ opens on Turkmen-Iranian Border » [« ‘Jonction
pour la planète’ ouvre sur la frontière Turkmen – Iran »], OMRI
Daily Digest, vol. 2, n°92, 13 mai 1996, p. 3 ; et « Iran
opens ‘Silk Route’ rail link » [« L’Iran ouvre
la ‘route ferroviaire de la soie’ »], China Daily,
vol. 16, n°4806, 15 mai 1996, p. 6.
[51] Voir J. Le Roy, « La
route ferroviaire de la soie. Un pont terrestre eurasiatique
par l’Asie centrale ? », dans Thomas Juneau, Gérard
Hervouet, Frédéric Lasserre (dir.), Asie centrale et
Caucase : une sécurité mondialisée, Les Presses de
l’Université Laval, Sainte-Foy, 2004, pp. 219-239.
[52] D’après les chiffres
du commerce extérieur chinois cités dans International
Monetary Fund, Direction of Trade Statistics Yearbook
2004, p. 133.
[53] Calculé d’après les chiffres
du commerce extérieur de l’Iran cités dans cf. supra, p.
254.
[54] Cité dans « Iran’s New Subway Section Constructed by China Open to Traffic » [« La
nouvelle section du métro iranien, construit par la Chine,
ouvre au public »], op. cit.
[55] « Xinjiang
Becomes Bridgehead for Trade Ties with Central Asia » [« Xinjiang
devient la personne clé pour les relations commerciales
avec l’Asie centrale »], Xinhua News Agency,
23 septembre 2005.
[56] Chiffre cité dans Hooman
Peimani, « Iran stakes a
claim to the Silk Road » [« L’Iran revendique
la route de la soie »], Asia Times, 14 août
2003.
[57] Antoine Blua, « Iran: Tehran takes a keen interest in regional road
building » [« Iran : Téhéran s’intéresse de
près à la construction des routes régionales »], RFE/RL,
8 août 2003.
[58] « Iron rail road breathes new life into ‘Silk Road’ » [« La
route ferroviaire en fer fait revivre la ‘route de la
soie’ »], Mehr News Agency, 16 novembre 2003.
[59] « Iran, Afghanistan
to invest 2 billion dollars in transportation sector » [« L’Iran
et l’Afghanistan sur le point d’investir 2 milliards de
dollars dans le secteur des transports »], Payvand’s
Iran News, 21 novembre 2004.
[60] C’est ainsi qu’en juin
2004, une douzaine d’ouvriers chinois travaillant pour
la Société nationale de construction du chemin de fer de Chine à la
construction d’une route dans la région de Kunduz
ont été abattu par des hommes armés. Voir « China
workers die in Afghan raid » [« Ouvriers
chinois meurent lors d’un raid afghan »], BBC News,
10 juin 2004.
[61] Voir « Iran, China to be connected by railroad » [« L’Iran
et la Chine vont être reliés par un chemin de fer »], MNA,
23 février 2005.
[62] « China
pledges 80 million Yuan in aid to Afghanistan in 2006 » [« La
Chine s’engage à donner 80 millions de yuan en aide à l’Afghanistan
en 2006 »], Xinhua News Agency,
1er février 2006.
[63] Voir à ce propos Gaël
Raballand, L’Asie centrale ou la fatalité de l’enclavement
?, L’Harmattan, Paris, 2005.
[64] Depuis 1979, les États-Unis
ont adopté diverses formes de sanctions économiques à l’égard
de l’Iran. En mars et mai 1995, le président Clinton a
signé deux executive order [« ordres exécutifs »]
interdisant aux compagnies américaines et à leurs filiales étrangères
de conduire des affaires avec l’Iran. L’executive order 12957
interdit ainsi spécifiquement tout « contrat pour
le financement du développement des ressources pétrolières
situées en Iran ». En août 1996, la Loi de sanctions
Iran - Libye (Iran Libya Sanctions Act, ILSA)
a été passée à l’unanimité par le Congrès des États-Unis
et transformée en loi par la signature du président Clinton.
L’ILSA prévoit l’imposition des sanctions à l’encontre
de toute compagnie--indépendamment de sa nationalité--qui
investit plus de 20 millions de dollars annuellement dans
les secteurs des hydrocarbures iraniens. En août 1997,
le plafond a été abaissé à 40 millions de dollars. L’objectif
de cette législation est de dissuader les investissements étrangers
importants dans le secteur pétrolier de la République islamique.
L’ILSA a été adopté à l’origine pour une durée de cinq
ans. Il devait expirer en août 2001. Cependant, en juillet
2001, le Congrès a voté son renouvellement pour cinq années
supplémentaires. La signature du président Bush l’a à nouveau
fait passer dans la loi. En outre, en mars 2003, le président
américain a prolongé pour un an les sanctions économiques
imposées à l’Iran dans le cadre de l’executive order de
1995, officiellement en raison de l’appui de Téhéran au
terrorisme et de ses tentatives d’acquisitions d’armes
de destruction massives.
[65] D’autres branches du
métro de Téhéran, construites par des compagnies chinoises,
seront inaugurées en août 2001 et en mars 2002.
[66] « Iran’s
Khatami Visits China to Build on Already Strong Ties » [« Khatami
visite la Chine pour renforcer des liens déjà forts », People’s
Daily, 20 juin 2000.
[67] Un très important
accord d’échanges culturels sera signé à l’occasion de
ce déplacement. Voir détails sur les échanges culturels
sino-iraniens dans « China-Iran relations at a glance » [« Les
relations entre la Chine et l’Iran en bref »], Farhang
va Pazhuhesh, n°146, 7 avril 2004, pp. 16-18.
[69] « Iran and China
Call For Multi-Polar World Versus Unipolar » [« L’Iran
et la Chine invoquent un monde multipolaire au lieu d’un
monde unipolaire »], Iran Press Service, 22
juin 2000.
[70] Voir « Joint
Communiqué Between the People’s Republic of China and the
Islamic Republic of Iran » [« Communiqué conjoint de la République populaire de Chine et de la République
islamique d’Iran »], op. cit.
[71] « Defense
Minister Meets Iranian Counterpart » [« Ministre
de la Défense rencontre son homologue iranien »], People’s
Daily, 24 juin 2000.
[72] « New China-Iran
Pact Enhances Military Cooperation » [« Nouveau
pacte entre la Chine et l’Iran améliore la coopération
militaire »], China Reform Monitor, n°352,
3 janvier 2001.
[73] La COSTIND est responsable du secteur de la recherche
et du développement militaire ainsi que de la production de
matériel militaire. Elle a autorité sur les dix sociétés
industrielles militaires de la Chine (jungong qiye).
Voir détails dans : « Commission of Science, Technology,
and Industry for National Defense (COSTIND) » [« Comission
des sciences, des technologies et de l’industrie pour
la défense nationale », Nuclear Threat
Initiative, 7 novembre 2003 (http://www.nti.org/db/china/costind.htm).
[74] « New China-Iran
Pact Enhances Military Cooperation » [« Nouveau
pacte entre la Chine et l’Iran améliore la coopération
militaire »], op. cit.
[75] « Iran Signs Aerospace & Satellite
Technology Accord with China » [« L’Iran signe
l’Accord sur la technologie aérospatiale et satellitaire avec
la Chine »], The Persian Journal, 5 décembre 2004.
[77] « Chinese, Iranian Presidents Hold Talks » [« Les
présidents chinois et iranien dialoguent »], People’s
Daily, 23 juin 2000.
[78] « President
Khatami back home, satisfied with his China visit » [« Le
président Khatami de retour dans son pays, satisfait de
sa visite en Chine »], Irna, 27 juin 2000.
[79] On notera que
des discussions initiées par Téhéran avec la CNPC et Sinopec
pour la mise en place d’un oléoduc entre Neka et Téhéran
avaient échouées au début de l’année 2000, peut-être en
partie en raison des menaces américaines de sanctions contre
les entreprises qui participeraient à ce projet. Voir « CNPC
and Iran fail to strike a deal on Caspian oil swap pipeline » [« La
CNPC et l’Iran échouent dans l’élaboration d’un accord
sur l’oléoduc caspien »], NewsBase, 21 février
2000 ; et « US may impose ILSA sanctions on builders
of Iranian swap pipeline » [« Les États-Unis
pourraient imposer l’Acte de sanctions Iran - Libye aux
constructeurs d’oléoducs iraniens »], NewsBase,
21 février 2000.
[80] « Sinopec
and NIOC to explore oil in Iran » [« Sinopec
et NIOC vont explorer le pétrole en Iran »], Irna, 13 janvier 2001.
[81] « Overseas Oil to Ease Reliance on Imports » [« Le
pétrole d’outre-mer allégera la dépendance aux imports »], China
Daily, 20 janvier 2001.
[82] « Sinopec’s
Caspian oil trade plan may trigger US trade sanctions » [« Le
plan commercial de Sinopec quant au pétrole caspien pourrait
déclencher une série de sanctions des États-Unis »], Dow
Jones, 17 janvier 2001 ; et « Iranian National
Oil and Sinopec to increase refinery production » [« La
Compagnie nationale de pétrole iranien et Sinopec vont
augmenter la production de raffinerie »], The Times
of Central Asia, 11 juin 2001.
[83] « Iranian
President Praises Partnership With China » [« Le
président iranien fait l’éloge du partenariat avec la Chine »], Xinhua,
8 janvier 2001.
[84] « La Chine et l’Iran
souhaitent renforcer leur coopération », Le Quotidien
du Peuple, 9 janvier 2001.
[86] « China Wishes to Expand Ties With Iran » [« La
Chine veut élargir ses liens avec l’Iran »], Xinhua,
23 février 2001.
[87] « Iran wants China
to be its top oil importer » [« L’Iran veut que
la Chine soit son premier importateur de pétrole »], China
Daily, 7 novembre 2004.
[88] « Energy
Cooperation Strengthens » [« La coopération sur
l’énergie se renforce »], China
Daily, 3 novembre
2004.
[89] « China,
Iran Sign Biggest Oil & Gas Deal » [« La
Chine et l’Iran signent le plus gros accord sur le pétrole
et le gaz »], CRI, 31 octobre 2004 ; et « China
to Buy More Gas, Oil from Iran » [« La Chine compte acheter
plus de gaz et de pétrole à l’Iran »], China Daily,
8 novembre 2004.
[90] « China
to develop Iran oil field » [« La Chine compte
développer un champ de pétrole en Iran »], BBC,
1er novembre 2004.
[91] « Energy Cooperation
Strengthens » [« La coopération sur l’énergie
se renforce »], China Daily, 3 novembre 2004.
[92] « China bids
to revive mega Iran energy deal » [« La Chine
souhaite raviver un accord majeur sur l’énergie avec l’Iran »], AFP,
17 décembre 2005.
[93] « Three Working
Groups will study Sino-Iran Oil Deals » [« Trois
groupes de travail vont étudier des accords sino-iraniens
sur le pétrole »], Iran Daily, 22 décembre 2005.
[94] Breffni O’Rourke, « Iran-China
Oil Deal Reflects Geostrategic Realities » [« L’accord
sur le pétrole entre l’Iran et la Chine reflète des réalités
géostratégiques », RFE/RL, 22 février 2006 ; et
Peter S. Goodman, [« China Rushes Toward Oil Pact
With Iran » [« La Chine s’empresse vers un pacte
sur le pétrole avec l’Iran »], The Washington Post,
18 février 2006.
[95] « Emptiness of West’s
threats proved by China’s rush to finalize deal with Iran:
paper », [« Le vide des menaces de l’Occident
démontré par l’empressement de la Chine de finaliser un
accord avec l’Iran »], Irna, 19 février 2006.
[96] Chiffres pour 1999, 2001,
2002 et 2003 tirés des chiffres du commerce extérieur chinois
dans International Monetary Fund, Direction of Trade
Statistics Yearbook 2004, p. 133.
[97] « Iran-China
trade exchanges top 7 billion dollars: Chinese ambassador » [Les échanges
entre l’Iran et la Chine atteignent les 7 milliards de
dollars : ambassadeur chinois »], Irna,
19 janvier 2005.
[98] Voir Taleh Ziyadov, « Iran
and China sign agreement to explore oil in the Caspian
Sea » [« L’Iran et la Chine signent un accord
pour explorer le pétrole dans la mer Caspienne »], Eurasia
Daily Monitor, 1er février 2006.
[99] « Samand
Plans China Venture » [« Samand planifie une
entreprise avec la Chine »], Iran Daily, 24
avril 2005.
[100] Voir « Iran, China
sign contract on 4th Tehran metro line » [« L’Iran
et la Chine signent un contrat pour la 4ème ligne
de métro de Téhéran »], Payvand News, 15 mai
2004 ; Zhengzheng Gong, « Massive metroline deal inked
with Iran » [« Contrat de métro important signé avec
l’Iran »], China Daily, 17 mai 2004 ; et Yinghuang
Zhu, Wang Hao, « ‘Made-in-China’ subway fulfills Iranian
dream » [« Métro ‘fabriqué en Chine’ réalise
un rêve iranien »], China Daily, 12 juin 2004.
[101] « Iran, China to
sign contract to build aluminum mill in Bandar Abbas » [« L’Iran
et la Chine vont signer un contrat pour construire une
usine d’aluminium à Bandar Abbas », Mehrnews,
15 october 2005.
[102] « Iran to Buy Airplanes
from China » [« L’Iran compte acheter des avions
de la Chine »], Iran Daily, 30
décembre 2005.
[103] D’après Dingli Shen, « Iran’s
nuclear ambitions test China’s wisdom » [« Les
ambitions nucléaires de l’Iran testent la sagesse de la
Chine »], The Washington Quarterly, vol. 29,
n°2, printemps 2006, p. 61.
[104] « Iran, Biggest
Market for Dubai’s Reexport » [« L’Iran : le
plus gros marché pour le réexport de Dubai »], Iran
International, n°33, janvier 2005.
[105] Voir « L’inexorable
fascination du modèle chinois », Courrier international,
n° 693, 12 février 2004.
[106] « Iran, China to Further Develop Friendship » [« L’Iran
et la Chine continuent de développer leur amitié »], Xinhua News Agency,
18 mars 2002.
[107] « China slams Bush
statements on ‘axis of evil’ » [« La Chine critique
les propos de Bush sur ‘l’axe du mal’ »], China
Daily, 1er février 2002.
[108] « Iran, China Ready
to Expand Cooperation » [« L’Iran et la Chine
prêts à élargir leur coopération »], People’s Daily,
19 mars 2002.
[109] « Li Peng Meets
Iraqi, Saudi Arabian, Kuwaiti, Iranian Parliamentary Leaders » [« Li
Peng rencontre les dirigeants parlementaires d’Irak, d’Arabie
saoudite, du Kuwait et d’Iran »], People’s Daily, 19
avril 2002.
[110] « Chinese President
Arrives in Shiraz for State Visit to Iran » [« Le
président chinois arrive à Shiraz pour une visite officielle
en Iran »], People’s Daily, 19 avril 2002.
[111] « Zemin, Rafsanjani
hold talks » [« Zemin et Rafsandjani dialoguent »], Irna,
20 avril 2002.
[112] « Chinese and Iranian
Leaders Discuss Issues of Gulf Region » [« Les
dirigeants chinois et iraniens discutent des problèmes
de la région du Golfe »], China Daily, 22 avril
2002.
[113] « Foreign Ministers
Exchange Views on Iraqi Issue » [« Les ministres
des Affaires étrangères échangent leurs opinions sur l’Irak »], Xinhua
News Agency,
20 avril 2003 ; et « Chinese, Iranian FMs Hold Talks » [« Les
ministres des Affaires étrangères chinois et iranien dialoguent »], People’s
Daily, 27 août 2003.
[114] Voir Liangxiang Jin, « Energy
First: China and the Middle East » [« L’énergie
d’abord : la Chine et le Moyen-Orient »], The Middle
East Quarterly, vol. xii, n°2, printemps 2005
(http://www.meforum.org/article/694).
[115] Chiffre cité dans Erica
Strecker Downs, China’s Energy Security [L’énergie,
la sécurité et la Chine], dissertation présentée à la
faculté de l’université de Princeton en candidature pour
un doctorat en philosophie, janvier 2004, p. 107.
[116] « Ahmadinejad Expresses
Willingness to Develop Ties with China » [« Ahmadinejad
exprime son empressement de développer les liens avec la
Chine »], Xinhua News Agency, 27 juin 2005.
[117] « China Congratulates
Iranian President-elect » [« La Chine félicite
le président iranien élu », Xinhua News Agency,
28 juin 2005.
[118] « Pakistan, Iran
want to join SCO » [« Le Pakistan et l’Iran veulent
entrer dans l’OCS », Interfax-Kazakhstan, 25
février 2005.
[119] « China Welcomes Iran as SCO Observer Member » [« La Chine
accueille l’Iran en tant que membre observateur de l’OCS »], Irna,
7 juin 2005.
[120] « Aref: Iran ready to cooperate with
SCO » [« Aref : L’Iran prêt à coopérer avec l’OCS »], Irna,
5 juillet 2005. Et « VP:
Iran links SCO to PG states, Europe » [« VP :
L’Iran fait le lien entre l’OCS et les États du GP »], Irna,
5 juillet 2005.
[121] Voir la réalité du terrain
en matière de transport à travers l’Iran (faiblesse des
infrastructures portuaires à Bandar Abbas, frais de port élevés,
coûts excessifs du transport, lourdeur administrative,
lenteurs des transports, etc.) dans Gaël Raballand, L’Asie
centrale ou la fatalité de l’enclavement ?, op. cit,
pp. 280 et ss.
[122] « Iran, Kazakhstan
stress trade, investment ties » [« L’Iran et
le Kazakhstan mettent l’accent sur les liens commerciaux
et d’investissement »], Irna, 16 février 2006.
[123] E. Marat, « Iran,
Tajikistan strengthen cooperation in the energy sector » [« L’Iran
et le Tadjikistan renforcent la coopération dans le secteur énergétique »], Eurasia
Daily Monitor, 1er février 2006.
[124] « China, Iran keen
on expansion of multifaceted ties » [« La Chine
et l’Iran tiennent à l’expansion des liens sur de multiples
aspects »], Irna, 13 octobre 2005.
[125] Voir détails dans Dingli
Shen, « Iran’s nuclear ambitions test China’s Wisdom » [« Les
ambitions nucléaires de l’Iran testent la sagesse de la
Chine »], op. cit., pp. 55-66.
[126] François Heisbourg, « La
clé de la crise iranienne est à Pékin », Le Monde,
1er septembre 2005.
[127] Voir Jean-François Daguzan, « Nucléaire
: les paradoxes indispensables du TNP », Libération,
9 mars 2006.
[128] « China Appeals
for Handling Iranian Nuke Issue in Prudent Manner » [« La
Chine appelle à un maniement prudent de la question du
nucléaire en Iran »], Xinhua News Agency,
19 juin 2003 ; « IAEA Backed to Solve Iran’s Nuclear
Issue » [« L’AIEA est soutenue pour résoudre
la question du nucléaire en Iran »], Xinhua News
Agency, 20 juin 2003 ; « China: Solve Nuclear
Issues Through Dialogue and Negotiation » [« Chine
: Résoudre les questions nucléaires grâce au dialogue et à la
négociation »], CRI, 2 novembre 2004 ; « China
holds Iran nuclear issue should be solved within IAEA framework » [« La
Chine considère
que la question nucléaire en Iran doit être résolue dans
le cadre de l’AIEA »], People’s Daily, 4 février
2005 ; et « China hopes Iran nuclear issue could be resolved
within IAEA framework at early date » [« La Chine
espère que la question du nucléaire en Iran pourra être
résolue dans le cadre de l’AIEA au plus tôt »], Xinhua,
2 août 2005.
[129] « China Urges IAEA
Resolution to Iran Nuclear Issue » [« La Chine
pousse à une résolution par l’AIEA de la question du nucléaire
en Iran »], Xinhua News Agency,
23 octobre 2003.
[131] « Iran, China share
close, common stance : Kharrazi » [« L’Iran et
la Chine partagent une attitude proche et commune :
Kharrazi », Irna, 13 novembre 2003.
[132] « China Hopes Iran
Will Fully Cooperate with IAEA: FM » [« La Chine
espère que l’Iran coopérera pleinement avec l’AIEA : ministère
des Affaires étrangères »], Xinhua News Agency,
31 août 2004.
[133] « China welcomes Iran’s suspension of uranium enrichment programs:
FM spokesperson » [« La Chine soutient la suspension
des programmes d’enrichissement d’uranium de l’Iran: porte-parole
du ministère des Affaires étrangères »], People’s
Daily, 23 novembre 2004.
[134] « La Chine soutient
l’Iran dans le dossier du nucléaire », Le Monde,
6 novembre 2004.
[135] Certains auteurs chinois,
comme Ruan Zongze du China Institute of International
Studies à Pékin, considèrent qu’il n’y a pas de liens
forts entre cette politique iranienne de la Chine et ses
besoins pétroliers. Ils n’offrent cependant pas d’arguments
alternatifs. Voir les déclarations de Ruan Zongze dans « China’s
Thirst for oil undercuts U.S. efforts to rein in Iran » [« La
soif du pétrole de la Chine endommage les efforts des États-Unis
pour régner en Iran »], Bloomberg.com, 21 décembre
2004.
[136] « Iran Admits Keeping Nuclear Program
Secret » [« L’Iran admet avoir gardé son programme
nucléaire secret »], China Daily, 7 mars 2005.
[137] « China supports,
keeps close eye on Iran-EU negotiation : FM spokesman » [« La
Chine soutient et surveille de près les négociations Iran
- UE : porte-parole du ministère des Affaires étrangères »], People’s
Daily, 29 juin 2005.
[138] PRC Ministry of Foreign
Affairs, « Vice Foreign Minister Zhang Yesui Has Consultations
with Iranian Deputy Foreign Minister Gholamali Khoshroo
on Iranian Nuclear Issue » [« Vice-ministre des
Affaires étrangères Zhang Yesui concerte le député ministre
des Affaires étrangères Gholamali Khoshroo sur le problème
du nucléaire iranien »], 11 août 2005 ; et « Foreign
Minister Li Zhaoxing Meets Iranian Deputy Foreign Minister
Gholamali Khoshroo » [« Ministre des Affaires étrangères
Li Zhaoxing rencontre le député ministre des Affaires étrangères
Gholamali Khoshroo »], 11 août 2005 (http://www.fmprc.gov.cn/eng).
[139] « China not in favor
of submitting Iranian nuclear issue to UN council » [« La
Chine n’est pas en faveur de soumettre le problème du nucléaire
iranien au Conseil de l’ONU »], People’s Daily,
11 août 2005 ; et J.-P. Perrin, « Nucléaire : la Chine
au secours de l’Iran », Libération, 14 janvier
2006.
[140] Laurent Zecchini, « Les
membres permanents du Conseil de sécurité mettent en garde
Téhéran », Le Monde, 10 janvier 2006.
[142] « Concerns over Escalating Iran Nuke Issue » [« Inquiétudes
au sujet de l’intensification du problème nucléaire en
Iran »], Xinhua News Agency, 27 janvier 2006 ;
et « Larijani
de retour à Téhéran après son entrevue
avec des responsables chinois », Irna, 27
janvier 2006.
[143] « Le Conseil de
sécurité devrait se saisir du nucléaire iranien », Libération,
31 janvier 2006.
[144] Luis Ramirez, « China
Urges Iran to Suspend Uranium Enrichment Activities, Seek
Compromise » [« La Chine encourage l’Iran à suspendre
ses activités d’enrichissement d’uranium et à chercher
un compromis »], Vox of America, 22 février
2006.
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